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La relation franco-africaine, une nouvelle histoire politique et littéraire (1975-2015), colloque 11-12-13 avril 2017

Appel à communication

Colloque international organisé par le Centre d’Étude sur les Représentations : Idées, Esthétique, Littérature (CERIEL) les 11, 12, 13 avril 2017.

Responsables : Corinne Grenouillet, Anthony Mangeon ; axe « Littérature et Histoire » de l’EA 1337 (Configurations littéraires).

 

De nombreux historiens de la colonisation ou de la littérature ont étudié les relations franco-africaines comme une « individualité historique » (Weber 1965 : 171) où l’exercice de la domination se distinguait nettement des autres politiques coloniales européennes. Au colonialisme comme « contrôle exercé par un peuple sur un autre » (Reinhard 1997 : 9), avec son cortège habituel de violences, de guerres, et d’exploitations intensives, s’associaient en effet très régulièrement des formes d’empathie et des « doses de fraternité » (Dozon 2003 : 19) qui ont longtemps lié Français et Africains dans une possible communauté de destin historique, politique ou littéraire. Pétri de contradictions, oscillant constamment entre les logiques antagonistes de l’assimilation et de l’association, et traitant tout à la fois ses colonisés « en frères et en sujets » (Arendt 2010), l’impérialisme français a constitué un cadre complexe au sein duquel les Africains pouvaient paradoxalement imaginer leur émancipation et forger ainsi, de concert avec certains écrivains et hommes politiques français, de nouvelles définitions de la nationalité, de la souveraineté et de la République.

Les années soixante ont marqué la fin de cette forme d’imagination impériale et de ses projections fédéralistes, sans empêcher la résilience d’une certaine mentalité coloniale dans les nouveaux rapports politiques et littéraires entre Français et Africains. Dans les faits, quoique souvent publiées chez les mêmes éditeurs, et mises à la disposition du public dans les mêmes librairies, la littérature française et la littérature africaine francophone restent le plus souvent étudiées de manières cloisonnées dans les universités de l’hexagone, comme si elles demeuraient par nature étrangères l’une à l’autre. Et lorsqu’on envisage des influences ou des filiations, ces dernières sont le plus souvent conçues à sens unique : on peut, à la rigueur, voir en Alain Mabanckou un neveu littéraire de Louis-Ferdinand Céline, mais à rebours on ne présentera jamais un écrivain métropolitain comme le nouveau Kourouma ou comme le Mongo Beti français.

En 2007, le manifeste Pour une littérature-monde en français a certes brouillé les frontières entre écrivains français et francophones, soudain réunis sous la bannière hétéroclite d’une littérature qui parle du monde, tout en venant elle-même « du monde entier » (Le Bris 2007 : 42). Mais s’il a d’une certaine manière ressuscité une forme d’« empire de la littérature », ce mouvement n’est pas encore parvenu à donner corps à son idée de « littérature-monde », c’est-à-dire à l’exhausser au statut d’un véritable patrimoine en partage. Une des raisons en fut sans doute, par-delà sa rhétorique classique de la rupture, son indifférence à l’histoire des relations franco-africaines telles qu’elles se sont construites dans la longue durée, et prolongées ensuite jusqu’en notre XXIe siècle désormais bien avancé.

De William Cohen à Gary Wilder en passant par Frederic Cooper, ou de Jean-Loup Amselle à Bernard Mouralis en passant par Jean-Pierre Dozon, les travaux les plus novateurs sur l’histoire franco-africaine s’inscrivent, aux États-Unis comme en France, dans une démarche continuiste qui montre notamment comment la métropole et ses colonies se sont réciproquement construites et influencées à travers les époques. Les littératures françaises et francophones s’y trouvent de surcroît régulièrement convoquées et commentées pour donner mieux à comprendre ces féconds rapports entre la France et l’Afrique. Mais en s’arrêtant généralement au seuil des indépendances, les recherches historiques et littéraires laissent souvent en suspens les prolongements méconnus et les mutations inédites de ces relations franco-africaines à l’ère postcoloniale. Les travaux de Dominic Thomas permettent en revanche d’apprécier les récents « processus d’intercommunication » et le « bilatéralisme des échanges entre les populations en Afrique et en France » qui président désormais à l’émergence d’une « littérature afro-française » (Thomas 2013 : 25). C’est donc ce que le présent colloque s’attachera à mettre en lumière. Il s’agira notamment d’étudier les manières différentes mais aussi parfois complices, voire complémentaires, dont les écrivains français et les écrivains africains contemporains reviennent fréquemment sur l’histoire de ces relations, depuis l’ancien régime jusqu’à la décolonisation.

En proposant comme balises les années 1975 à 2015, nous ne souhaitons pas simplement revisiter quatre décennies de production littéraire, mais surtout marquer, à partir d’exemples ou de parcours précis, qu’il n’y eut jamais solution de continuité entre la littérature française et les littératures africaines francophones, pas plus qu’entre les écrivains du XXe siècle finissant et ceux du XXIe siècle naissant. Beaucoup d’auteurs nés durant ou après la Seconde Guerre mondiale sont, dans les faits, entrés en littérature à compter des années soixante-dix, et continuent d’écrire encore aujourd’hui à partir d’un rapport privilégié à l’histoire franco-africaine. Une nouvelle génération les a rejoints, et ces « enfants de la postcolonie » (Waberi) se nourrissent également d’autres expériences ou d’autres lectures qu’à l’époque coloniale, mais surtout ils sont issus d’une histoire certes décolonisée – les indépendances ont désormais plus d’un demi-siècle –, sans que sa compréhension soit pour autant décolonialisée – le colonial perdure en effet, et fait même fréquemment retour dans les représentations et les politiques socioculturelles. Pourtant les écrivains africains et les écrivains français se lisent aujourd’hui et par là même, se répondent et s’influencent réciproquement pour certains, dans le même temps qu’ils dialoguent avec les historiens dans un effort commun pour déjouer la prégnance du colonial. On pourrait même noter qu’à certains égards, ils précèdent parfois ces derniers dans leurs relectures ou leurs « redécouvertes » historiques : Ahmadou Kourouma (Monnè, outrages et défis, 1990) devance par exemple Achille Mbembe (De la postcolonie, 2000), de même que Patrice Nganang (La Saison des prunes, 2013) précède quelque peu Éric Jennings (La France libre fut africaine, 2014), ou Paule Constant (C’est fort la France !, 2013) Guillaume Lachenal (Le Médicament qui devait sauver l’Afrique, 2014) sur les vicissitudes des relations franco-africaines, ou au contraire sur les récurrences de leur histoire. Dans tous les cas on observe des convergences entre historiographie et littérature, mais surtout une pluralité des points de vue et, partant, des regards littéraires sur l’histoire, selon que l’on se situe au Nord ou dans le Sud : les zones d’ombre ne seront pas les mêmes, et des tabous ou des problèmes de légitimité (d’une question, d’une parole) resteront propres à chaque champ. Ce sont aussi ces écarts et ces modes de positionnement différents qu’il nous faudra explorer.   

Plusieurs raisons nous motivent à organiser ce colloque en 2017. Si 2016 marque actuellement les 70 ans de l’Union Française et de la départementalisation (Antilles, Guyane, Réunion...), en 2017 viendront aussi les 70 ans des massacres coloniaux à Madagascar, et les quarante ans de l’indépendance de Djibouti : d’un certain point de vue, ce n’est qu’à cette date tardive (1977) que la France est véritablement devenu un État-Nation sans empire. Et cela fera exactement soixante ans qu’elle s’est détournée de sa forme ancienne d’imagination politique (l’empire), pour se lancer dans une autre aventure supranationale – l’Europe du marché commun (1957). Accessoirement, en 2017, ce seront également les 70 ans d’Erik Orsenna (22 mars 1947) et de Patrick Grainville (1er juin 1947) ainsi que les quatre-vingt ans de Henri Lopes (12 septembre 1937). Quant à Jean-Luc Raharimanana, il atteindra cinquante ans (26 juin 1967). Tous ces écrivains méritent qu’on se penche collectivement sur la manière dont leur œuvre a aidé à repenser et faire connaître l’histoire de la relation franco-africaine, dans son indéniable violence, mais aussi dans toute sa complexité. Ce colloque proposera donc plusieurs communications et des tables-rondes spécifiques, en présence si possible de ces auteurs. Il sera aussi l’occasion de dresser un premier bilan rétrospectif, dix ans après le manifeste Pour une littérature-monde en français.

Le comité scientifique souhaite croiser les regards des écrivains africains et des écrivains français sur la relation franco-africaine, ainsi que ceux des critiques et des historiens.  Il propose les orientations suivantes :

- Dans quelle mesure cette relation a-t-elle rempli un rôle de révélateur dans la carrière littéraire, académique, et éventuellement politique, des uns et des autres ?

- Quelle fonction joue-t-elle dans l’économie des textes ?

- Cette relation est-elle conçue comme une réalité historique ou, au contraire, comme un fantasme et une reconstruction imaginaire ?

- Quels épisodes, ou quels événements de la relation franco-africaine se voient-ils conférer un rôle charnière par les écrivains ? Y a-t-il convergences ou divergences avec les historiens ? Quels traitements spécifiques les écrivains proposent-ils ?

- Quel discours sur l’histoire politique, et quel discours sur les usages de la langue française les écrivains tiennent-ils lorsqu’ils s’intéressent à la relation franco-africaine ?

- Quelles sont les modalités spatiales de cette relation ?

- Quelles influences précises peut-on identifier, des écrivains français sur les écrivains africains, et des écrivains africains sur les écrivains français ?

- Comment se construisent les imaginaires patrimoniaux respectifs ou communs des écrivains africains et des écrivains français ?

 

Ce colloque international encouragera la participation des doctorants, dans le programme général ou sous la forme d’ateliers spécifiques, selon le nombre des propositions retenues. Au terme de ses travaux, il devrait déboucher sur une vision moins cloisonnée des histoires littéraires et politiques française et africaines. Mais pourquoi, en définitive, l’organiser en Alsace, et tout particulièrement dans son Eurométropole ? Il suffit de rappeler le « Serment de Koufra », par lequel le général Leclerc et ses soldats africains jurèrent « de ne déposer les armes que le jour où nos couleurs, nos belles couleurs flotteront sur la cathédrale de Strasbourg » (2 mars 1941).  Ce « serment » ne marquait donc pas seulement la première victoire de la France libre, mais un temps fort de la relation franco-africaine qui se projetait jusqu’à Strasbourg, dont l’université même se trouvait alors exilée. Cela fait donc particulièrement sens d’organiser dans nos murs ce colloque international sur « la relation franco-africaine, une nouvelle histoire politique et littéraire ».

 

Éléments de bibliographie :

Amselle, Jean-Loup. Vers un multiculturalisme français : l’empire de la coutume. Paris, Aubier, 1996.

Arendt, Hannah. Les Origines du totalitarisme, tome II : L’impérialisme, traduit de l’anglais par Martine Leiris et Hélène Frappat, Paris, Seuil, coll. Points, 2010.

Bancel, Nicolas (dir.). « Le retour du colonial », Cultures Sud, n°165, avril-juin 2007.

Benot, Yves. Les Parlementaires africains à Paris, 1914-1958. Paris, Chaka, 1989.

Benot, Yves. Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des colonies françaises. Paris, La Découverte, 1994.

Bush, Ruth et Ducournau, Claire. « La littérature africaine de langue française, à quel(s) prix ? Histoire d’une instance de légitimation littéraire méconnue (1924-2012) ». Cahiers d’Études Africaines, vol. LV (3), n°219, p.535-568, 2015.

Carré, Nathalie, Mangeon, Anthony, et Parent, Sabrina (dir.). « Retentissements des Guerres mondiales ». Études littéraires Africaines, n°40, Metz, Centre Écritures / Association Pour l’Étude des Littératures Africaines, 2015.

Coquio, Catherine (dir.) : Retours du colonial ? Disculpation et réhabilitation de l’histoire coloniale, Nantes, L’Atalante, 2008.

Cohen, William. Français et Africains : les Noirs dans le regard des Blancs, 1530-1880 [1980].Traduit de l’anglais par Camille Garnier, Paris, Gallimard, 1981.

Cooper, Frederick. L’Afrique depuis 1940 [2002]. Traduit de l’anglais par Christian Jeanmougin, Paris, Payot, 2008.

Cooper, Frederick. Le Colonialisme en question : théorie, connaissance, histoire [2005]. Traduit de l’anglais par Christian Jeanmougin, Paris, Payot, 2010.

Cooper, Frederick. Français et Africains ? Être citoyen au temps de la décolonisation. Traduit de l’anglais par Christian Jeanmougin, Paris, Payot, 2014.

Cooper, Frederick. L’Afrique dans le monde : Capitalisme, Empire, État-Nation. Traduit de l’anglais par Christian Jeanmougin, Paris, Payot, 2015.

Diakité, Tidiane. Louis XIV et l’Afrique noire. Paris, Arléa, 2013.

Delas, Daniel, Chanda, Tirthankar, Le Lay, Maëline et Martin-Granel, Nicolas, « À propos de Congo, une histoire, de David Van Reybrouck », Études Littéraires Africaines, n°35, 2013, p.119-146.

Delas, Daniel, Mangeon, Anthony et Thomas, Dominic, « À propos de Noirs d’encre », Études Littéraires Africaines n°38, 2014, p.122-145.

Dozon, Jean-Pierre. Frères et sujets, la France et l’Afrique en perspective. Paris, Flammarion, 2003.

Dubreuil, Laurent. L’Empire du langage, colonies et francophonie. Paris, Hermann, 2008.

Fonkoua, Romuald, Mouralis, Bernard, et Piriou, Anne (dir.). Robert Delavignette (1897-1976), savant et politique. Paris, Karthala, 2003.

Fonkoua, Romuald. « Une certaine idée de la République ». Acta Fabula, vol. XIV, n°1, janvier 2013 [http://www.fabula.org/acta/document7478.php].

Grenouillet, Corinne. « Soldats africains et question coloniale dans l’œuvre d’Aragon », Recherches croisées Aragon / Elsa Triolet n° 13, Presses Universitaires de Strasbourg, 2012, p. 59-79.

Jennings, Éric. La France Libre fut africaine. Paris, Perrin / Ministère de la Défense, 2014.

Lachenal, Guillaume. Le Médicament qui devait sauver l’Afrique : un scandale pharmaceutique aux colonies. Paris, La Découverte, 2014.

Lafont, Suzanne. « Migrations patrimoniales : Céline dans quelques fictions francophones contemporaines », Études Littéraires africaines, n°40, 2015.

Le Bris, Michel, Rouaud, Jean (dir.). Manifeste pour une littérature-monde en français, Paris, Gallimard, 2007.

Le Bris, Michel, Rouaud, Jean (dir.). Je est un autre, pour une identité-monde, Paris, Gallimard, 2010.

Mabanckou, Alain. Le Sanglot de l’homme noir, Paris, Fayard, 2012.

Mangeon, Anthony. La Pensée noire et l’Occident, de la bibliothèque coloniale à Barack Obama, Cabris, Sulliver, 2010.

Mangeon, Anthony (dir.). L’Empire de la littérature. Penser l’indiscipline francophone avec Laurent Dubreuil. Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Mbembe, Achille. La Naissance du Maquis dans le Sud-Cameroun, 1920-1960 : naissance des usages de la raison en colonie. Paris, Karthala, 1996.

Mbembe, Achille. De la Postcolonie : essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine, Paris, Karthala, 2000.

Miano, Léonora. Habiter la frontière, Paris, L’Arche, 2012.

Miller, Christopher. Nationalists and Nomads. Essays on Francophone African Literature and Culture, Chicago, Chicago University Press, 1999.

Moudileno, Lydie. « Bodo, roman africain ». Cahiers d’Études Africaines, vol. LV (2), n°218, 2015, p.381-393.

Moudileno, Lydie. « “Il devint un Romaincourtien”. Histoire coloniale et histoire régionale », dans Cécile Van den Avenne (dir.) : Tierno Monénembo, Paris, Classiques Garnier, coll. « Écrivains francophones », 2016 (à paraître).

Mouralis, Bernard. République et colonies, entre histoire et mémoire [1999]. Rééd. Paris, Présence Africaine, 2012.

Parent, Sabrina. Cultural Representations of Massacre. Reinterpretations of the Mutiny of Senegal. New York & Basingstoke, Palgrave & Macmillan, 2014.

Ranaivoson, Dominique. « Madagascar 1947 : le roman ouvre-t-il les pages scellées de l’histoire ? », Études littéraires africaines, n°26, 2008, p.61-69.

Ranaivoson, Dominique. Nour, 1947 de Jean-Luc Raharimanana, étude critique. Paris, Champion, 2015.

Reinhard, Wolfgang. Petite histoire du colonialisme. Paris, Belin Sup « Histoire », 2000.

Thomas, Dominic. Noirs d’encre. Colonialisme, immigration et identité au cœur de la littérature afro-française, Paris, La Découverte, 2013.

Thomas, Martin (dir.). The French Colonial Mind, vol. I : Mental Maps of Empire and Colonial Encounters ; vol. II : Violence, Military Encounters, and Colonialism. Lincoln & London, University of Nebraska Press, 2011.

Waberi, Abdourahman. « Les Enfants de la postcolonie : Esquisse d’une nouvelle génération d’écrivains francophones d’Afrique noire »,  Notre librairie, n°135, septembre-décembre 1998, p. 8-15.

Weber, Max. Essai sur la théorie de la science, Paris, Plon, 1965.

Wilder, Gary. The French Imperial Nation-State : Negritude and Colonial Humanism between the Two World Wars. Chicago, The University of Chicago Press, 2005.

Wilder Gary. Freedom Time : Negritude, Decolonization, and the Future of the World. Durham & London, Duke University Press, 2015.

 

Comité scientifique international :

Kusum Aggarwal (U. Delhi, Inde).

Claire Ducournau (U. Paul-Valéry Montpellier, France).

Romuald Fonkoua (U. Paris-Sorbonne, France).

Sylvère Mbondobari (U. Omar-Bongo, Gabon).

Lydie Moudileno (U. Penn, États-Unis).

Bernard Mouralis (U. Cergy-Pontoise, France).

Dominique Ranaivoson (U. Lorraine, Metz, France).

Dominic Thomas (UCLA, États-Unis).

 

Modalités :

Envoi des propositions d’intervention : avant le 15 juin 2016.

Les propositions (titre et résumé : 300 mots maximum) et une brève notice biobibliographique de l’auteur (statut, rattachement scientifique, champ de recherche : 70 mots maximum) sont à envoyer aux adresses suivantes :

corinne.grenouillet@unistra.fr

amangeon@unistra.fr

Réponse du comité scientifique : 5 septembre 2016.

Date du colloque : 11-12-13 avril 2017.

Une sélection des contributions au colloque fera l’objet d’une publication collective.

Séminaire 2015-2016 : Mémoires de l'événement

La question de l'événement, de ce qui fait date, est commune à la littérature et à l'histoire. L’événement historique peut être défini comme le surgissement de quelque chose de radicalement nouveau, qui revêt un caractère imprévisible, a la capacité à bouleverser le monde dans lequel il survient, et affecte un grand nombre de personnes. Mais il doit aussi être défini par sa propagation, dans la presse comme dans la littérature au sens large (Michel Winock, « Qu’est-ce qu’un événement ? », L’Histoire, n° 268, 2002). C’est dans la mesure où l’événement retentit dans le présent de multiples sujets et se traduit par des mises en discours (qu’elles soient littéraires ou non) qu’il devient autre chose qu’un simple fait anecdotique. L’Affaire Dreyfus en est un bon exemple, devenue « événement » par sa diffusion dans la presse, puis par ses figurations dans la littérature (chez Zola, Proust ou Aragon), soit dans des transpositions (Vérité de Zola transpose l'Affaire sur fond de guerre scolaire et remplace l'accusation d'espionnage par un crime d'enfants), soit  comme un fait capital de l'entre deux siècles. L’événement est dès lors construit (et peut être appréhendé) par les discours qui sont tenus sur lui, par les traces mémorielles et discursives qu’il laisse, suivant la proximité ou l'éloignement qui détermine des représentations plus ou moins élaborées.

La littérature, au même titre que l’histoire, donne sens à l’événement en le parlant : elle sait aussi voir (et faire voir) l'événement dans un fait passé inaperçu ou jugé sans importance. Elle identifie et pointe, pour le dégager du flux ordinaire du factuel, ce qui fait sens.

Dans le prolongement du séminaire 2014-2015 consacré au savoir historique de la littérature, le séminaire 2015-2016 s'intéressera à la mémoire/aux mémoires de l'événement.

Programme du séminaire

Conférences sur la mémoire de l'événement

• Jeudi 5 novembre 2015, Virginie Brinker, MCF en llittératures francophones à l'Université de Bourgogne, « Entre « style iconique » et « survoyance », place et enjeux de la littérature vis-à-vis de la construction et de la transmission mémorielles, dans une société de l’image. L’exemple des œuvres de fiction sur le génocide des Tutsi au Rwanda. »

Le génocide des Tutsi du Rwanda est devenu, en une vingtaine d’années, un véritable objet de création littéraire et cinématographique, et le centre d’œuvres qui construisent, perpétuent mais aussi questionnent sans fin sa mémoire. En effet, du fait de la forte médiatisation de l’événement au moment même de sa perpétration, une « mémoire de tous », protéiforme et révélatrice d’un certain nombre d’enjeux contemporains a pu se constituer et « pré-former » les cadres collectifs de sa représentation, de sorte que les images mass-médiatiques diffusées dans les journaux télévisés français et, plus largement, occidentaux, à des heures de grande écoute, fonctionnent souvent dans le corpus comme des déclencheurs de l’écriture. Une écriture qui s’insurge parfois contre elles, les représentations médiatiques de l’époque ayant pu être tronquées, partielles, partiales, conduisant les écrivains à pratiquer d’autres formes de représentations, capables de questionner mais aussi de concurrencer les images diffusées, toujours profondément ancrées dans la mémoire du lectorat, en particulier du lectorat occidental. Peut-on dès lors parler d’un « style iconique » contemporain prenant acte des liens indéfectibles entre l’univers de la littérature et celui des images médiatiques, notamment quand il s’agit de dire l’événement aujourd’hui ? À moins que la littérature n’ait davantage affaire avec le fait de « survoir », selon la formule de Bernard Noël, c’est-à-dire, peut-être, de faire voir ce qui ne se voit pas, au sens de « ce qui devrait être montré », mais aussi et surtout, au sens de nous redonner accès à l’invisible, face au tout-visible médiatique.

Virgine Brinker est l'auteur de La Transmission littéraire et cinématographique du génocide des Tutsi au Rwanda (Classiques Garnier, 2014). Questionnant d'un point de vue éthique et esthétique les rapports que peuvent entretenir la littérature consacrée au génocide au Rwanda et les images médiatiques diffusées en 1994, cet ouvrage contribue à forger une théorie littéraire résolument contemporaine de la transmission.

Lire Virginie Brinker, « Pourquoi des fictions rwandaises ? » dans Africultures.com, 25 juin 2014


• Vendredi 4 décembre 2015, 14 h, Catherine Brun, Professeur en littérature français et théâtre, UMR 7172 THALIM, Université de la Sorbonne nouvelle Paris 3 : « Histoire, ignorances, résurgences, oublis : quel(s) savoir(s) pour quelle(s) mémoire(s) de la guerre d’Algérie ? »

À propos de la guerre d’Algérie, persiste l’idée d’un tabou dont la réalité des témoignages, des traces et relais historiographiques ou mémoriels ne parviennent à avoir raison. Si les lieux et non-lieux de mémoire de cette guerre doivent être circonscrits, il convient donc également d’examiner les processus mémoriels et les conditions de possibilité d’une mémoire partageable. Car la mémoire, pas plus que l’événement, n’est indivisible : les investissements et désinvestissements mémoriels varient selon que les porteurs ou relais de mémoire se trouvent d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée, selon qu’ils sont ou pas contemporains des faits, selon leur affiliation à telle ou telle catégories de perdants de l’histoire : anciens combattants, appelés, harkis, Européens d’Algérie, immigrés d’origine algérienne. Mais affirmer que les revendications mémorielles constituent des revanches sur un passé de mémoires « enkystées » ou effacées ne suffit pas. Car ces exigences sont moins relatives à l’importance du préjudice subi, qu’aux solutions de continuité survenues dans la transmission. Il faudrait alors admettre que ce à quoi nous assistons depuis les années 2000 relève moins d’une guerre des mémoires que d’une confrontation des récits, une bataille des fictions. Alors, il serait inutile d’espérer dénouer les conflits et emporter la conviction par la seule accumulation de savoirs historiques. C’est à analyser la bataille des fictions qu’il faudrait s’atteler pour mettre en dialogue les « incommunicables subjectivités » mémorielles et, peut-être, parvenir à articuler des « mémoires compatibles ».


• Jeudi 14 janvier, 18 h, Laurent Dubreuil, Professeur de littérature, rédacteur en chef de la revue Diacritics, Cornell University, New York : « Futurs anachroniques et constructions événementielles»

En prenant comme point d’appui une réflexion sur le temps et la francophonie, l’auteur argumente en faveur d’un “futur” pour les études francophones qui évite à la fois l’ontologie et l’historicisme. Misant sur les vertus conjuguées de l’anachronisme et de l'événement, il propose, face au donné théorique de notre présent (dans la philosophie, la critique et l’historiographie), la construction d’un mode créateur de lecture. L’essentiel de l’exposé consiste ensuite en une interprétation d’un poème de l’écrivain haïtien Coriolan Ardouin (1812-1836). Ce texte est approché en fonction du déplacement américain du romantisme de langue française. Plusieurs des Fleurs du mal fournissent l’occasion d’une compréhension nouvelle, en altération réciproque, d’Ardouin et Baudelaire. Par le choix d’événements poétiques et interprétatifs rompant avec l’agencement linéaire des temps (mais pas avec leur cours), L. Dubreuil dégage un nouvel “effet papillon” qui touche à la constitution de l’expérience et de la signification d’un “insert francophone” à travers images, textes et pratiques sociales.

Livres de Laurent Dubreuil : L'Empire du langage, colonie et francophonies, Hermann, 2008. Lire la table des matières et la préface.

Génération romantique, Gallimard, coll. "L'Arpenteur", 2014.

 

Après-midi d'études : Sony Labou-Tansi (4 mars 2016)

• Vendredi 4 mars, après-midi d'études consacrées à Sony Labou-Tansi, avec Nicolas Martin-Granel, Greta Rodriguez-Antoniotti (sous réserve), et Julie Peghini à propos de leurs éditions de textes de Sony Labou Tansi.

Qui est Sony Labou Tansi ?

Né en 1947, mort prématurément à Brazzaville le 14 juin 1995, Sony Labou Tansi était une figure de proue de la jeune littérature africaine. Il a laissé derrière lui six romans - tous publiés au Seuil - ainsi que des pièces de théâtre, des poèmes, des essais critiques. Relus aujourd'hui, tous ces textes apparaissent d'une actualité plus que jamais brûlante. Lorsqu'il dénonce la "poudrière incontrôlée" qu'est devenue la planète, ou l'avènement du "grand marché de la misère et du dénuement", et son corollaire, la fabrique d'"un réservoir de terroristes et de désespérés", ses propos s'inscrivent dans l'ici et le maintenant. Debout et libre, Labou Tansi se définissait comme un "proscrit idéologique". Le vingtième anniversaire de sa disparition sera l'occasion, pour Le Seuil, de mettre en avant deux de ses romans majeurs - La vie et demie (1979) et L'anté-peuple (1983) - et de faire connaître le mouvement de sa pensée à travers un recueil de textes pour la plupart introuvables ou inédits, réunis par Greta Rodriguez, spécialiste de son oeuvre. Lire un extrait d'Encre, sueur, salive et sang (Seuil, 2015)

Sony Labou Tansi, Encre, sueur, salive et sang, avant-propos de Kossi Efoui, édition établie par Greta Rodriguez-Antoniotti, septembre 2015.

Encre, sueur, salive et sang

 

Sony Labou Tansi, Poèmes, édition critique coordonnée par Claire Riffard et Nicolas Martin-Granel, en collaboration avec Céline Gahungu, éditions CNRS (1 200 pages).

PoèmesNicolas Martin-Granel et Julie Peghini (éd.),  La Chair et l'idée, Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2015.

La chair et l’idée

En savoir plus sur Sony Labou Tansi.

Dieudonné Niangouna participera à la table ronde. Dramaturge et metteur en scène du Kung Fu, il se produit au TNS du 23 février au 6 mars 2016.

Conférences de mars et avril sur la mémoire de l'événement

• Jeudi 10 mars, 2016, 18 h. Corinne Grenouillet, MCF à l'Université de Strasbourg, CERIEL/EA Configurations Littéraires, « La mémoire de l'événement ouvrier dans la littérature contemporaine »

La littérature contemporaine s’intéresse-t-elle à « la mémoire de l’événement ouvrier » ? Les années 2000 constituent un tournant dans la publication de livres relatifs au monde du travail : un changement d’imaginaire se profile dans le roman. Si les « romans d’entreprise » triomphent sur la scène littéraire, les ouvriers d’industrie y sont rarement présents, ces romans privilégiant d’autres secteurs du monde du travail, notamment le tertiaire (informatique, grande distribution, finance, télécommunications, sociétés de conseil, commerce, édition et la presse, multinationales anonymes). Trois genres s’intéressent pourtant encore à un monde ouvrier dévalué et qui, malgré son nombre, a perdu sa centralité dans la société : le récit d’enquête et de collection de la parole ouvrière, le récit de filiation et le roman noir. Certains événements apparaissent alors comme récurrents : la fermeture de l’usine et les mouvements de lutte qui en découlent. Comment la littérature contemporaine s’est-elle emparée de la désindustrialisation qui affecte la France depuis presque quarante ans ? Elle l'interprète moins comme un processus inéluctable que comme une succession d’« événements » qui touchent les individus qui les éprouvent, parce qu’ils ont été licenciés ou tentent de trouver des solutions s'ils vont bientôt l'être. Une partie de la littérature contemporaine entend dès lors se faire le témoin à chaud des fermetures d’usine et des luttes sociales, s’érigeant comme dépositaire – pour l’avenir – de la mémoire des événements ouvriers d’aujourd’hui. La conférence mettra plus particulièrement l’accent sur quelques livres publiés ces dix dernières années :
Bon François, Daewoo, Paris, Minuit, 2004, 295 p.
Castino, Didier, Après le silence, Paris, Liana Lévi, 2015.
Dessaint Pascal, Les Derniers Jours d’un homme, Paris, Rivages/Noir, 2010
Pattieu, Sylvain, Avant de disparaître, chronique de PSA-Aulnay, Plein Jour, 2013, 342 p.
Stibbe Isabelle, Les Maîtres du printemps, Serge Safran éditeur, 2015.

 

 

Livre de Corinne Grenouillet : Usines en textes, écritures au travail : témoigner du travail au tournant du XXIe siècle, Classiques Garnier, 2015.

Écouter "L'écriture du prolétariat", entretien de Corinne Grenouillet avec Antoine Perraud, Tire ta langue,
26 avril 2015

• Vendredi 1er avril 2016, 14 h. Sylvie Servoise, MCF à l'Université du Maine, Labo 3LAM, « "La révolution n'a pas eu lieu" : sur Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa »

La révolution n’a pas eu lieu

« Nous nous verrons demain et tu me diras alors comment le prince de Salina a supporté la révolution.» « Je vous le dis tout de suite, en deux mots : il dit qu’il n’y a eu aucune révolution et que tout continuera comme avant. » (G. Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, partie V)

Si l’événement se définit traditionnellement comme ce qui fait rupture et s’impose comme tel aux individus, frappés, individuellement et collectivement, par ce que Sartre appelait sa « brutale fraîcheur », force est d’admettre que le Risorgimento tel que G. Tomasi di Lampedusa le représente dans Le Guépard (1958) n’en est pas un. On pourrait même dire que l’écrivain sicilien s’est employé à figurer la succession d’événements qui ont mené à l’unification du royaume d’Italie dans la deuxième moitié du XIXe siècle comme des non événements : représentation elliptique et médiatisée de l’histoire ; focalisation sur un personnage qui résiste au changement ; inscription du temps historique dans une temporalité complexe, où il se heurte au temps naturel cyclique, au temps immobile de la Sicile éternelle et au temps long de la tradition aristocratique ; interventions du narrateur qui multiplie les liens entre le Risorgimento et d’autres révolutions antérieures ou ultérieures, politiques ou non… ce sont là quelques-uns des moyens par lesquels l’auteur semble dénier à cette page légendaire de l’histoire italienne son statut d’événement. Pourtant, dans cette saisie littéraire oblique, quelque chose nous est bien dit, peut-être moins du Risorgimento lui-même, comme événement, que de la manière, ou plus exactement des manières, dont les individus perçoivent le changement historique : loin de s’imposer à eux avec la force de l’évidence, il s’inscrit dans un réseau de temporalités multiples, singulières et/ou partagées, donnant lieu à des appréhensions diverses, parfois divergentes. Le roman de Lampedusa nous montre ainsi que l’événement est moins affaire de rupture que l’enjeu d’une constante reconfiguration narrative et la matière de conflits d’interprétation.

• Vendredi 8 avril 2016,  14h. Xavier Bourdenet, Maître de conférences à l'ESPE de Paris,

« Fixer la trace : la difficile textualisation de l'événement "1830" chez Stendhal »

"La révolution de Juillet 1830 est un tournant décisif pour l'homme Stendhal. Lui qui est "tombé avec Napoléon" en 1814 est enfin remis en selle, au point de devenir fonctionnaire du nouveau régime. Il en fait, sur le moment, une date clé de sa pensée du "XIXe siècle" : relance de l'Histoire, l'événement renoue avec le sublime révolutionnaire. Mais son oeuvre romanesque, pourtant vouée à une écriture de l'actuel, peine à intégrer cet événement fondateur : "chronique de 1830", Le Rouge et le Noir efface paradoxalement l'événement, le relègue à ses marges. Les romans qui suivent (Lucien Leuwen et Lamiel notamment) le textualisent peu à peu, mais dans des configurations qui le vident de l'imaginaire héroïque qui avait accompagné son surgissement : Lucien Leuwen, véritable radiographie de la monarchie de Juillet, interroge la nomination même de l'événement où s'origine le régime et restitue les conflits d'interprétation qu'il suscite, mais sans le mettre directement en scène ; Lamiel le narrativise enfin vraiment, dix ans après, mais dans le cadre d'un scénario comique qui en défait la portée historique. Ce sont les enjeux, tant poétiques qu'idéologiques, de cette mémoire progressive et problématique de "1830" qu'on envisagera chez Stendhal, tout particulièrement dans Le Rouge et le Noir."

 

 

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