Vous êtes ici : EA 1337 - Configurations littéraires   >   CERIEL   >   Archives du CERIEL   >   Archives 2013-2014

Archives 2013-2014

Séminaire « Littérature et économie »

Après avoir consacré deux années à la question du document et de l'écriture documentaire, dans le cadre de son programme quinquennal « Archives de l'œuvre », le CERIEL a choisi de consacrer son séminaire de l'année 2013-2014 aux relations entre littérature et économie. Le colloque international « Discours de l’économie, du travail, du management : représentation/fiction » porté par Corinne Grenouillet (CERIEL) et Catherine Vuillermot du Laboratoire des Sciences historiques de l'Université de Franche-Comté, a inauguré ce programme de recherche en juin 2013. Centré sur la période contemporaine (1980-2013), il a fait intervenir plusieurs disciplines (histoire, sociologie, géographie, littérature) qui ont tenté d’analyser un fait de notre culture : l’économicisation généralisée des discours sociaux. La littérature du tournant du XXIe siècle a produit (et continue à produire) de nombreux romans d’entreprise, révélant l’individu au sein du monde du travail ou des affaires. Le trader est désormais une figure littéraire tout autant qu’un type social. Des œuvres expérimentales contemporaines importent et déconstruisent le discours économique dominant de la presse et des médias sur un mode satirique et ironique (J.-C. Massera par exemple) ou parviennent à l’utiliser comme matériau poétique (S. Courtoux).

Élargissant la problématique à la littérature des XIXe et de l’ensemble du XXe siècle, le séminaire abordera l'économie dans ses relations avec la littérature à la fois comme un ensemble de discours qui structurent les œuvres en termes de poétique ou qui informent son style, sa langue, et comme un sujet que la littérature prétend décrypter, expliquer – mécanismes secrets de la banque ou de la bourse par exemple, que le roman réaliste cherche à mettre au jour. La mise en fiction de l’économie nous retiendra et non ce qui a trait au développement du commerce de librairie, à l'invention de l'éditeur, ou à ce que Lukacs nomme “la marchandisation de la pensée” à propos des réalités décrites dans Illusions perdues de Balzac. Nous nous attacherons moins à l’étude des nouvelles conditions économiques de la littérature et de ses producteurs, qu’à la manière dont les théories économiques du XIXe au XXIe siècles travaillent la littérature : modèle explicatif du roman réaliste qui prétend montrer l'argent (ou la spéculation, ou l'entreprise) moderne,  impersonnalité et effacement de l'écrivain dans son œuvre qu'on a pu attribuer à la pensée libérale d'un Bastiat, schéma de la division du travail, récurrent, sous des formes variées, chez les hommes du XIXe siècle, représentation de la société de consommation et de ses mécanismes.

« La fiction n'est au fond qu'un moyen de transposition », écrit Quatremère de Quincy dans son Essai sur la nature de l'imitation dans les Beaux-Arts. C'est justement à la dimension critique et herméneutique de la fiction sous toutes ses formes (romanesques, théâtrales ou poétiques) qu'on s'intéressera : comment la fiction explique et transpose les realia économiques ? Comment engage-t-elle à leur propos un discours ? Dans quelle mesure sa nature critique se combine-t-elle avec ce qui relève de la croyance, c’est-à-dire du crédit que le lecteur accorde à ce qu’il lit ?  Les mécanismes de l'illusion économique, qui sont au cœur de la spéculation boursière par exemple, ne reflètent-ils pas le fonctionnement de l'illusion fictionnelle ? Entre ce qui relève du référentiel et ce qui renvoie au fonctionnement même de la fiction, l'économie pose aussi des questions à la littérature.

 

Le séminaire s'ouvrira le 26 septembre 2013 par la séance d'actualité : Dominique Kalifa viendra nous y parler de son dernier livre, Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginaire (Le Seuil, coll. « L’univers historique », 2013). Deux autres manifestations scientifiques indépendantes y prendront place : la conférence que Xavier Bourdenet consacrera au Rouge et le noir dans le cadre de la préparation à l'agrégation et la journée d'études consacrée à la littérature de jeunesse.

 

Programme :


Jeudi 26 septembre 2013, 18 h, séance d'actualité : Dominique Kalifa viendra nous parler de son livre : « Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginaire » (Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2013).

Lundi 18 novembre 2012, 18 h, conférence d'agrégation : Xavier Bourdenet (Maître de conférences en Littérature française, IUFM de Paris, Paris-Sorbonne), Conférence sur Le Rouge et le Noir: "Coup de pistolet politique dans le concert romanesque : l'épisode de la "Note secrète""

Vendredi 29 novembre 2013, 14 h : Alexandre Péraud (Maître de conférences en Littérature française à l'Université de Bordeaux III), « Pathologies économiques dans le roman du XIXe siècle ».

Jeudi 30 janvier 2014, 18 h : Claire Pignol (Maître de conférences en Sciences économiques à l'Université de Paris 1 - Panthéon Sorbonne), « Un désir de richesse énigmatique : Perec, Bon, Beinstingel »

Jeudi 6 février 2014, 18 h : Juliette Benamron, « Émergence d'une nouvelle figure romanesque : le Juif » 

Vendredi 14 février 2014, 14 h : Christophe Reffait (Maître de conférences en Littérature française à l'Université d'Amiens) « Le Traité d'économie politique de Jean-Baptiste Say et le roman »

Jeudi 27 mars 2014 : Journée d'études littérature de jeunesse « La fabrique du texte de littérature de jeunesse »

Vendredi 28 mars, 14 h : Anne Kaczmarek (Université d'Opole, Pologne), « Zola et l'économie »

Vendredi 11 avril 2014, 14 h : Christine Baron (Professeur de littérature générale et comparée à l'Université de Poitiers), « Omniprésence de l’économie ». Christine Baron a coordonné le numéro d’Épistemocritique (volume 12) consacré à Littérature et économie

Programme détaillé du séminaire

Jeudi 26 septembre 2013, 18 h, séance d'actualité : Dominique Kalifa présente son livre : « Les Bas-fonds. Histoire d'un imaginaire » (Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2013).

« Gueux, mendiants, misérables, prostituées, criminels, aliénés, détenus, bagnards peuplent de leurs figures hideuses, pour partie réelles et pour partie fantasmées, l'envers ou les dessous de notre société. Ils en sont le repoussoir, la «part maudite», mais aussi l'une des lignes de fuite symbolique et sociale. Car s'ils disent des réalités - la pauvreté, le crime, les transgressions -, ces «bas-fonds» constituent aussi un imaginaire qui traduit tout autant nos inquiétudes et nos anxiétés que certains de nos désirs.

C'est à l'exploration de cet imaginaire que ce livre est consacré. Il montre comment les bas-fonds naissent dans l'Europe bouleversée du XIXe siècle, mais empruntent à une tradition où se mêlent les figures bibliques - Sodome, Babylone -, les mauvais pauvres de la tradition chrétienne et la cour des Miracles. Des «mystères» de Paris à l'underworld victorien, des bas quartiers de New York aux trottoirs de Buenos Aires, il décrypte la fabrique d'un regard qui n'a cessé de nous fasciner. Ces histoires qui hantent nos consciences ont-elles pris fin aujourd'hui ? Les contextes ont changé, mais les débats sur l'underclass, les images du cinéma contemporain ou la culture steampunk montrent que l'ombre des bas-fonds rôde toujours autour de nous. »

- 4e de couverture -

Écouter quatre émissions de France-Culture consacrées à ce livre.

*

*        *

Vendredi 29 novembre 2013, 14 h : Alexandre Péraud (Maître de conférences en Littérature française à l'Université de Bordeaux III), « Pathologies économiques dans le roman du XIXe siècle »

On a coutume de considérer le roman réaliste comme le lieu d’une critique du nouvel ordre économique qui, à partir du XIXe siècle, gouverne les êtres et la société puisque, de fait, de Balzac à Zola, la littérature dresse le procès du cruel usurier, du méchant banquier ou du vil spéculateur… Mais fût-elle explicitement revendiquée par nombre d’auteurs, notamment populaires, cette approche moraliste pourrait masquer la complexité de la critique de l’économie politique à l’œuvre dans le roman réaliste.

Fidèle à sa posture nosographique, le roman, par-delà le bien et le mal, dresse le tableau de pathologies individuelles et collectives que nous proposons d’analyser moins à l’aune d’impératifs moraux qu’au regard des principes de l’économique libérale qui se développent alors.

L’identification de pathologies implique en effet la référence à une norme, à un état normal ou sain que l’économie ne cessa, tout au long du siècle, de modéliser voire de naturaliser. Ces normes, le roman les convoque de manière plus ou moins implicite en soulevant une série de questions que nous tenterons d’éclairer. Quelles sont les conséquences de la promotion de l’intérêt comme moteur de l’action humaine ? Quel rapport les personnages entretiennent-ils à la monnaie ? Sur quels mécanismes se fonde la création de la valeur ? Face à l’individu rationnel idéal-typique de la science économique, le roman met en jeu la complexité de comportements et d’interactions humains qui, plus que toute critique trop ouvertement idéologique, désigne des pathologies qui pourraient moins être celles de l’economics que de l’economy, montée en généralité qui implique que l’on dépasse les discours auctoriaux rapportés dans le roman pour appréhender le discours économique du récit, c’est-à-dire qu’on analyse la poétique économique du roman réaliste.

Alexandre Péraud est l'auteur de :

Le Crédit dans la poétique balzacienne

Tributaire d'une époque soumise à toutes les formes de dette, La Comédie humaine peut être lue comme une socio-poétique du crédit qui démonte les mécanismes économiques, mais aussi psychiques, au terme desquels les individus intériorisent la nouvelle norme capitaliste. Partant, elle ne témoigne pas seulement d'une réalité, elle offre la possibilité d'expérimenter les virtualités de la monnaie et les mirages de la confiance inhérents à notre modernité économique. (Présentation de l'éditeur)

 

*

*        *

 

Jeudi 30 janvier 2014, 18 h : Claire Pignol (Maître de conférences en économie, Université Paris I), « Un énigmatique désir de richesse : Perec, Bon, Beinstingel »

La naissance et du développement du roman aux XVIIIe et XIXe siècles sont contemporains de l’émergence de la pensée économique moderne. Cette contemporanéité peut s’interpréter comme l’expression d’une interrogation anthropologique commune : économie politique et forme romanesque témoignent de l’émergence d’une société dont les membres se conçoivent comme des individus, libres de suivre leurs désirs, de définir leur intérêt, de décider de ce qui constitue leur bonheur. Si l’intérêt se définit par la satisfaction des désirs, il reste à élucider la nature de ces désirs, et la fiction romanesque comme la théorie économique offrent des représentations des individus dans leurs expériences économiques premières que sont le travail et le désir – désir de richesse et de bonheur.


Ces représentations prennent des formes diverses : l’agent économique ou homo oeconomicus est un être général sur qui l’on peut tenir un discours abstrait qui transcende les singularités. A l’inverse, la fiction romanesque offre des récits de vies singulières, et les personnages qu’elle met en scène diffèrent de l’agent économique abstrait en cela que la définition de leur identité n’est pas énoncée au départ comme une hypothèse mais que l’on y accède à travers un récit, qui altère la perception qu’a le lecteur de l’identité, des désirs et de l’intérêt du personnage.

C’est ici que la littérature peut instruire l’économiste, en faisant apparaître les variations et les ambiguïtés qui accompagnent l’agent dans son désir de richesse. L’économie politique depuis son émergence oppose le désir d’enrichissement – désir d’argent, irrationel – au désir de jouissance – désir des biens du fait de leur utilité. Par là, son discours à la fois légitime la poursuite par chacun de son intérêt particulier et exclut, comme irrationnelles plutôt que comme immorales, les pathologies du désir et en particulier le désir d’enrichissement sans limite, expulsé de la rationalité du consommateur. A l’inverse, des romans de G. Perec (Les Choses, Un homme qui dort), F. Bon (C’était toute une vie, Daewoo) et T. Beinstingel (Ils désertent) font apparaître le caractère énigmatique du désir de richesse, lorsque le désir d’accumulation pénètre la sphère de la consommation et que le bonheur attendu de l’usage des richesses dépend d’abord de la représentation que se font les personnages de la richesse et de leurs propres désirs.

Lire son article en ligne « Usages de la littérature en sciences sociales » (Revue française de Soico-Économie, 2009/1, n° 3, p. 195-197)

*

*        *

Jeudi 6 février 2014, 18 h : Juliette Benamron-Rosner, «  Émergence d'une nouvelle figure romanesque : le Juif »

L'auteur a soutenu une thèse sur « Manette et Moïse ». Poétique du Juif de fiction dans la littérature du XIXe siècle, le 21 novembre 2013, dont elle propose ci-dessous un résumé.

Le Juif littérarisé apparaît comme un personnage relativement nouveau dans la littérature au lendemain de la Révolution Française, et on constate que son émancipation sociale, économique et politique se double d’une promotion littéraire et fictionnelle. Le Juif entre dans la sphère littéraire, auréolé de son altérité, de son étrangeté et de la cohorte de préjugés qui l’accompagnent avec constance. Les représentations traditionnelles et anciennes constituent souvent l’arrière-fond de cette nouvelle figure, mais on découvre assez vite qu’il s’agit d’un personnage bien moins élémentaire qu’il n’y paraît, plus problématique et protéiforme qu’on ne l’imagine à première vue.

Jusqu'alors en effet la figure du Juif n'avait été traitée que de manière principalement monographique (Ketty Kupfer, Les Juifs de Balzac, ou de Juliette Hassine, Marranisme et hébraïsme dans l'œuvre de Proust...). Il s’agit à présent de proposer une synthèse sur un personnage neuf, émergeant au XIXe siècle du fait de son accès à la citoyenneté française, et cette étude d’ensemble est bâtie autour d’un corpus vaste constitué de grands et de « petits » auteurs. L’étude est orientée dans la perspective d'une poétique du personnage, mais aussi dans une approche stylistique des textes, de manière à faire apparaître dans les textes littéraires les échos idéologiques qui les habitent, ceci sans délaisser  la dimension historique du sujet. Plusieurs éléments fondamentaux participent activement de cette sémiologie du personnage. Le nom propre, le portrait mythographique, l’insertion dans le stéréotype, le portrait symbolique, la description par contiguïté, par métaphore, ou par opposition, sont autant de moyens d’activer le signalement d’un personnage nouveau, naissant et promis à une fortune considérable.

Le Juif incarne cette convergence paradoxale entre la tradition historique et le réalisme social, et il est porteur de cette ambivalence (un passé théologique lourd à porter, un peuple instigateur du monothéisme, mais considéré comme « déicide ») et une présence dynamique et hardie, porteuse de progrès, dans la société civile. Ce paradoxe ne peut manquer de questionner des écrivains, qui commencent à percevoir le contraste entre l’image archaïque fantasmatique si pleine de préjugés, et la vérité banalisée du modèle qui, très souvent, donne tort aux clichés. Ceux-ci ne disparaissent pas, loin s’en faut, mais, parmi les auteurs, beaucoup accordent aux personnages juifs de l’épaisseur, et les humanisent. Balzac inaugure le nouveau statut des Juifs dans la littérature en les individualisant, Zola reprend le flambeau, Maupassant, Erckmann-Chatrian, les frères Goncourt, Octave Mirbeau, Paul Bourget, Eugène-Melchior de Vogüé, Jules Verne, Léon Daudet, Proust, mais aussi Albert Londres ou les frères Tharaud, créent des figures de Juifs diversement mémorables, comme l’avaient fait plus tôt dans le siècle Stendhal, George Sand, ou Théophile Gautier.

 Les événements historiques de la fin du XIXe siècle, et ceux qui se dérouleront après 1929, montreront que la littérature n’a certainement pas (assez) joué son rôle de verrou par rapport à la diffusion des idées négatives sur le Juif. Peut-être car les écrivains n’ont décidément pas réussi à s’extraire de ce que Henri Meschonnic appelait leur « schizophrénie idéologique ». La littérature du XIXe siècle se fait l’écho de cette dialectique qui en dit long sur les mentalités des sociétés occidentales.

*

*        *

Vendredi 14 février 2014, 14 h : Christophe Reffait (maître de conférences en littérature à l'Université de Picardie, Amiens), « Le Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say (1803) et le roman »

On pose autrement le rapport entre littérature et économie dès lors qu’on interroge le texte romanesque au regard d’une doctrine économique identifiée, en l’occurrence ici celle de Jean-Baptiste Say. Tous les biais méthodologiques apparaissent grossis : le travail risque de se cantonner à l’étude des sources ; les catégories d’analyse extraites de la théorie économique sont si vastes que l’étude de leur inscription romanesque confine à la pétition de principe. Cette communication ne prétend pas échapper à ces écueils mais entend poser le problème là où il peut être discuté, c’est-à-dire au sein d’un séminaire.

Elle participe bien de l’étude des sources ou des influences puisqu’il s’agit premièrement d’évoquer la lecture par Stendhal en 1810 du Traité d’économie politique (1803) de Say, deuxièmement la lecture par Zola en 1884 d’un manuel d’Yves Guyot (La Science économique, 1881) qui se réclame explicitement du père de l’école libérale française. Cette communication se propose plus avant d’étudier l’expression, dans Le Rouge et le Noir ou bien Germinal, de notions vastes qui sont celle de l’offre (pour Stendhal) et celle de la crise (pour Zola). Peut-on dire que ces concepts, tels que précisés par la loi des débouchés de Say, contribuent à configurer la fiction romanesque ? ou qu’il existe une analogie entre le roman considéré et la doctrine qui va s’imposer au cours du siècle ? Ce sera l’occasion de creuser le rapport entre Stendhal et la figure du producteur, ou bien le rapport entre naturalisme et libéralisme

C. Reffait est l'auteur de La Bourse dans le roman du second XIXe siècle. Discours romanesque et imaginaire social de la spéculation, Honoré Champion, Coll. "Romantisme et modernité" 106, 2007. 

Lire en ligne :

C. Reffait, « La naturalisation de l’économie dans le roman du XIXe siècle », dans la revue Epistemocritique.

 

*

*        *

Vendredi 11 avril 2013, 14 h : Christine Baron, Université de Poitiers, « Omniprésence de l’économie ».

Christine Baron a coordonné le numéro d’Épistemocritique (volume 12) consacré à Littérature et économie.Ce numéro est entièrement en ligne.

 

La littérature de jeunesse des XXe et XXIe siècles

 

Journée d’études 

Jeudi 27 mars 2014, Strasbourg (ESPE, site de la Meinau)

Organisée par Philippe Clermont (ESPE) et Danièle Henky (IUT Robert Schuman)

 

Argument :

Feuilleter le manuscrit d’un écrivain, c’est entrer dans l’intimité de l’auteur. On devine la main courant sur le papier, le regard suit cette coulée d’écriture, ce texte toujours mouvant tant que l’imprimerie ne l’a pas figé. À l’heure du traitement de texte, si l’appréhension des avants-textes d’un auteur paraît moins sensible, la sauvegarde informatisée de différentes versions peut être source d’investigation critique. Si de telles incursions ne lèvent pas totalement le voile sur le mystère de la création, du moins peuvent-elle nous apprendre comment ces écrivains ont construit leur œuvre, quels ont été leur rapport à l’écriture, leurs recherches, leurs réflexions.

De nombreux critiques littéraires se sont intéressés aux œuvres des romanciers, à celles des poètes et des philosophes, mais les travaux de recherches de ce type appliqués aux ouvrages de littérature pour la jeunesse ne sont pas légion. Pourtant le texte et parfois l’image de ces livres ne manquent pas d’être soigneusement élaborés comme le montrent les brouillons manuscrits ou tapuscrits, les esquisses des dessins d’albums, lorsque les auteurs de littérature pour la jeunesse acceptent d’ouvrir leurs archives aux chercheurs.

Nous souhaitons à présent examiner cette thématique de recherche au cours d’une journée d’études qui se déroulera le 27 mars 2014. Il s'agira, d’une part, de mettre au jour le travail de documentation mené par l'écrivain et les différentes sources, hiérarchisées ou non, auxquelles il s'alimente. La consultation d'ouvrages historiques, par exemple, dans le cadre de la rédaction d'une fiction historique conduit-elle l'écrivain à hiérarchiser ses sources ? À quel stade la recherche documentaire prend-elle place dans le processus créateur ? Est-elle un déclencheur ? De même, l’usage de cartes géographiques, d’objets du monde de l’enfance, d’ouvrages documentaires à caractère scientifique, etc., peuvent constituer autant d’archives de l’œuvre à recenser, à analyser. On ne se limitera pas à des sources matérielles, mais – aussi bien – le rêve dont une trace a été conservée, le souvenir d’enfance, le récit mythologique, notamment, pourront être considérés comme autant de composants originels de l’œuvre. D’autre part, l’analyse des « avants textes » (textes ou illustrations) dans leurs rapports à l’œuvre éditée, du brouillon rejeté jusqu’au brouillon conservé, seront un axe complémentaire de l’approche de cette fabrique de l’œuvre.

Ce projet s’inscrit dans le programme de recherche « Archives de l’œuvre » du CERIEL. Les travaux de cette journée donneront lieu à une publication.

Les abstracts comportant un titre provisoire, un corpus et un texte de présentation de 1000 signes max. ainsi qu'une biobibliographie des collègues intéressés sont à adresser à Philippe Clermont (philippe.clermont@unistra.fr) et à Danièle Henky (daniele.henky@unistra.fr) pour le 30 novembre 2013, dernier délai.

Programme :

8h45 : Accueil des participants 

9h : Présentation de la thématique et des problématiques de la journée

par Philippe Clermont et Danièle Henky

 

I/ Du document scientifique à la fiction

9h15 - 1/ Écrire l’histoire : Du matériau historiographique à la fiction

Yvon HOUSSAIS (Université de Franche Comté.)

 

9h45 - 2/La fabrique des œuvres de littérature de jeunesse contemporaine et la culture antique

Ida IWASZKO  (Université Toulouse II)

 

10h15 - 3/Aux sources de la Chine de Paul d’Ivoi

Marie PALEWSKA, Paris

 

10h45– pause.

 

II/ La place des cahiers d’enquête et des brouillons dans la fiction romanesque


11h15 - 4/ L’Homme qui plantait des arbres de Giono : histoire de la mystification d’une genèse de texte.

Danièle HENKY (Université de Strasbourg)

11h45 - 5/La genèse d’Ecoland de Christian Grenier, entre documentation scientifique, brouillons et contraintes éditoriales.

Philippe CLERMONT (Université de Strasbourg)

 

12h30 Pause déjeuner


III/ Le jeu et le jouet comme archives de l’œuvre destinée à un lecteur enfant


14h - 1/ Du mythe américain au jeu langagier dans Il était une oie dans l'Ouest de Damien Chavanat

Annie CAMENISCH (Université de Strasbourg)

 

14h30 - 2/Les jouets de la collection Tomi Ungerer : une archive de l’œuvre ?

Evelyne BEDOIN (Université de Strasbourg)

 

15h – pause

III/ Les préliminaires de la réalisation de l’album

 

15h15 - 1/ Olivier Douzou, auteur, illustrateur, directeur de collections : créer son œuvre propre, accompagner l’œuvre de l’autre, interpénétration de deux modes de création. 

Cécile Vergez-Sans (Université d’Aix-Marseille)

15h45 - 2/ Quand l’ouvrage fabrique l’auteur.

Caroline Ziolko / Création, recherche, enseignement 


16h15 - 3/ Conception, évolution, transformation : ontogenèse de la création dans l’œuvre de François Place

Laurent Bazin (Université de Versailles)

 

16h45Conclusions de la journée.

Rechercher

Search & Find

Vient de paraître

Strasbourg, L'Atelier contemporain, 2018.Cliquez ici pour la présentation

L'Institut de littérature comparée de l'Université de Strasbourg et son...

Bénédicte Jarrasse, Les Deux Corps de la danse. Imaginaires et...

Consulter toutes les publications récentes