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Didier PHILIPPOT

Professeur de littérature française du XIXe siècle.

dphilippot@unistra.fr

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Titres, diplômes, parcours professionnel

Titres et diplômes

Agrégation de lettres modernes (1992)
Doctorat de littérature française de l’Université de Paris IV-Sorbonne (1996), sous la direction de M. le professeur Michel Crouzet
Habilitation à diriger des recherches (Université Paris-Sorbonne) (2015). Garant : M. le professeur Pierre Glaudes.

Parcours professionnel

Allocataire moniteur à l’Université Paris IV-Sorbonne (1992-1995).
ATER à l’Université Paris IV-Sorbonne (1995-1996, 1997-1998).
Professeur au Collège de Limeil-Brévannes (1996-1997).
Maître de conférences en Littérature française à l’université Sorbonne nouvelle-Paris 3 (1998-2016).

Domaines de recherche

Roman, nouvelle au XIXe siècle (Flaubert, Stendhal, Nodier, Gautier, Hugo, Barbey d’Aurevilly, Maupassant…)

Littérature et philosophie (notamment le bovarysme)

Esthétique et philosophie romantiques (symbole, mythe, ironie, sublime, mélancolie et énergie, Naturphilosophie, etc.)

Conceptions romantiques de l’image et de l’imagination (rêve, vision, hallucination…)

Ontologie des marges du réel (possible, imaginaire, fantastique).

 Résumé des thèmes de recherche :

 « Ce qu’il y a de fantastique dans le fantastique, c’est qu’il n’y a plus de fantastique, il n’y a que du réel », selon la formule paradoxale d’André Breton. C’est autour de la pensée romantique du « réel » (notion infiniment incertaine) que s’est organisé mon travail de recherche durant ces quinze dernières années, dans le souci de faire dialoguer littérature et philosophie, et suivant une double perspective, sémantique : la confrontation du réel et du sens ; et ontologique : le prolongement du réel au-delà de lui-même, vers ses marges, ses franges irréelles ou indéterminées (le possible, l’imaginaire, le fantastique).

I/ Le réel et le sens : autour de Flaubert. C’est l’œuvre de Flaubert qui fut mon point de départ. Point de départ d’autant plus stimulant que Flaubert tend à faire du réalisme une interrogation ironique sur le sens et ne cesse de confronter, comme j’ai essayé de le montrer dans ma thèse, la résistance têtue ou mystérieuse des choses à l’inlassable besoin de sens, à la tentation permanente de la projection anthropocentrique qui définit la bêtise finaliste de l’homme moderne, idolâtre de lui-même. C’est donc d’abord sous l’angle du rapport entre le réel (son idiotie supposée) et le sens que j’ai abordé les romans de Flaubert, en m’efforçant de conjuguer les deux perspectives qu’on ne pouvait dissocier, selon moi, sans dommage : celle de l’étude de la description (et, plus précisément, de la fonction symbolique des objets) et celle de ses fondements métaphysiques.

Cette première étape de mon travail a trouvé dans l’étude de la réception de l’œuvre de Flaubert un complément naturel. L’anthologie d’articles contemporains que j’ai rassemblés pour la collection Mémoire de la critique, aux Presses de la Sorbonne, recoupe certains des enjeux esthétiques abordés dans le livre précédent, mais par le biais de la réception, comme en négatif. Tout en ouvrant l’anthologie au tout-venant journalistique, j’ai choisi de donner la priorité aux dialogues polémiques, sur les cimes de la critique créatrice, susceptibles de faire surgir les nœuds de tension révélateurs de la résistance ironique que l’œuvre de Flaubert, exposée au malentendu, ne pouvait manquer de susciter. La configuration de la réception m’a paru s’organiser ainsi, en dehors des clichés de l’histoire littéraire et des courants en isme, autour de deux pierres d’achoppement complémentaires : l’ironie (le principe d’incertitude) et la question du style (la priorité quasi ontologique accordée à l’art) – la résistance critique, d’abord morale, à l’ironie ayant la même origine que la résistance à l’autonomie de l’art.

II/ Les marges du réel. Après m’être intéressé, à travers Flaubert, au réalisme ironique, au réalisme comme ironie, j’ai été conduit, dans un deuxième temps, à m’occuper de ce qui déborde la réalité – cette fausse évidence – au-delà de ses limites visibles et connaissables, ou de ce qui vient miner, de l’intérieur, sa consistance apparente. 1/ D’une part, en proposant une réflexion sur l’illusion, doublement suscitée par la découverte de la philosophie de Jules de Gaultier, dont j’ai édité la première version du Bovarysme aux éditions du Sandre, en l’accompagnant d’une longue étude ; et par la volonté de cerner, autant que possible, la complémentarité paradoxale, chez Flaubert, du réalisme et de la féerie. Le réalisme flaubertien peut être ainsi considéré, à bon droit, comme un illusionnisme, ou comme la voie d’une réflexion ironique sur le peu de réalité de la « réalité », sur cette blague qu’est, à sa manière, la sous-réalité grotesque du bourgeois : Yvetot ne vaut pas Constantinople. 

2/ D’autre part, en complétant la réflexion sur les mirages du réel par une réflexion sur ses marges (possibles, imaginaires, fantastiques), qui m’a principalement occupé ces dernières années. C’est aux critères exclusifs institués par le triomphe du rationalisme que j’ai été ainsi amené à remonter, pour envisager cette fois la manière dont le récit romantique met en scène le débordement du réel, ou appelle à étendre le champ du réel (le champ des possibles), au-delà des limites qui lui sont assignées par un décret arbitraire de la raison. C’est donc, si l’on veut, tout le territoire du fantastique (entendu au sens large) qui s’est ouvert à ma réflexion –  mais dans la mesure où le fantastique ne fait que prolonger, à sa manière, l’interrogation ironique sur les critères et les frontières du « réel », inhérente au récit ironique dit « réaliste ». Car il convient à mes yeux de les comprendre ensemble dans une pensée romantique du réel, déclinée selon des modalités et des formes différentes, mais disposée à intégrer au réel ce que la morale rationaliste de la vérité tend à rejeter comme son autre : ses marges, ses franges qui, pour être indéterminées, n’en sont pas moins existantes.

Nulle meilleure promotion, sans doute, de ces marges du réel que l’œuvre de Hugo, à laquelle j’ai consacré un ouvrage (Victor Hugo et « la vaste ouverture du possible », Classiques Garnier, à paraître en 2017), en essayant de cerner la notion de possible, élevée à la dignité de philosophème dans les romans et les proses philosophiques de l’exil. La fécondité heuristique de la notion est telle, chez Hugo, qu’elle nous invite à glisser d’une phénoménologie de l’incertitude à une ontologie et à une poétique du possible ; du possible épistémique, lié à la promotion songeuse de la conjecture, au possible ontologique, qui serpente en marge du réel, et dont le propre est peut-être de constituer une dimension intermédiaire entre être et non-être. Le possible ne serait autre que l’état indéterminé, flottant, mais réellement existant, de ce qui n’est pas ou de ce qui n’est pas encore, de ce qui est indéfini, latent ou en puissance. Nulle œuvre n’a mieux célébré que celle de Hugo, en vertu même de la philosophie qui la sous-tend, l’existence de ce qui est censé ne pas exister, la réalité paradoxale de ce qui est considéré, selon les critères de la raison, comme irréel. C’est toute une esthétique de l’image, du songe, de la fiction, entée sur une ontologie de l’impalpable, qui trouve, dans sa proximité avec le possible, une extraordinaire légitimation.

Le second volet de mon travail (Les Marges fantastiques du réel) aborde la question du fantastique, ou plutôt s’efforce de prolonger la même réflexion sur les marges du réel, à travers (et seulement à travers) la notion de fantastique, dont il importe peut-être de contester, dès l’abord, la fausse évidence. Car je ne cache pas ma perplexité nominaliste à l’égard de toute tentative pour isoler une essence généralisable du fantastique en dehors des œuvres qui lui donnent corps. C’est peut-être en considérant d’emblée que la notion ne va pas de soi qu’on peut espérer entrevoir ce qu’elle recouvre. Ce qui requiert, d’une part, de se défaire de la passion rationaliste de la distinction pour envisager, sans trop de scrupules théoriques, l’indétermination terminologique, la relative incertitude qui entourent l’émergence de la notion et scellent l’alliance étroite du fantastique et du romantique. Ce qui suppose, d’autre part, d’englober l’interrogation ouverte sur le fantastique dans une ontologie proprement romantique du réel et de ses marges. Aussi m’a-t-il semblé que le fantastique – sauf à le considérer exclusivement comme un genre, avec sa topique propre, sa généalogie, son processus interne de transmission littéraire – ne pouvait constituer un objet d’étude spécialisé. Pour mieux comprendre le fantastique, j’ai postulé qu’il fallait consentir à sortir des limites du fantastique, en suivant l’exemple des auteurs eux-mêmes (Nodier, Mérimée, Gautier, Maupassant, Villiers) qui ne se sont jamais définis comme des fantastiqueurs spécialisés et exclusifs.

Ce faisant, je n’ai cessé de dialoguer avec les propositions philosophiques de Clément Rosset, qu’il s’agisse d’interroger la réduction du réel à l’idiotie, la dissociation de la présence et du sens chez Flaubert, ou de discuter la séparation puriste, au fond sartrienne, qu’il établit entre le réel et ses doubles, au détriment de ce qui fait, dans la perspective romantique, la texture imaginaire du réel, selon la magnifique formule de Merleau-Ponty, qui m’a servi de fil rouge.

III/ Autour de Stendhal : Énergie et mÉlancolie. Un dernier pan de mes recherches, le plus ancien à vrai dire, s’est cristallisé (au sens amoureux) sur l’œuvre de Stendhal et a rayonné ensuite à partir d’elle. C’est autour de deux pôles principaux que s’est aimantée mon exploration de l’œuvre de Stendhal: celui du romanesque, complété et moqué par l’ironie; et celui de l’énergie, dans sa tension sous-jacente avec la mélancolie. Soit, si l’on veut, deux formes différentes de sublime : celui, romanesque, constitué par l’héroïsme d’une humanité idéale; et celui, tragique, exaltant les forces de vie à proximité d’un précipice, à rebours de la modernité nihiliste et ascétique. Cette double orientation m’a conduit à envisager à la fois les enjeux d’une poétique du récit (roman et nouvelle) et ceux de l’esthétique romantique oscillant entre énergie et mélancolie, à partir de Stendhal, mais aussi au-delà de lui, chez Baudelaire, ou encore chez Barbey d’Aurevilly, dont j’ai étudié la filiation avec la tradition du récit tragique, dans le sillage de la cronaca nera stendhalienne.

Travaux

1/ Dossier d'habilitation à diriger des recherches

La Texture imaginaire du réel. Essais sur l’ontologie romantique : roman et nouvelle aux marges du réel.

Dossier composé de :

-Littérature et philosophie mêlées. Approches de la pensée romantique du réel et de ses marges (Mémoire de synthèse, Volume 1, 124 p.) ;
- Victor Hugo et la « vaste ouverture du possible » (Inédit, Volume 2, 198 p.), à paraître aux éditions Classiques Garnier, dans la série « Hugo » dirigée par Claude Millet, 2017 ;
- Les Marges fantastiques du réel  (Inédit, Volume 3, 487 p.).
- Le Réel et le sens. Autour de Flaubert (Recueil d’articles, Volume 4, 611 p.) ;
- « Être œil, tout bonnement ». Le Voyage en Orient ou le lyrisme de la chair (Annexe volume 4, 133 p.) [ouvrage en cours d’expertise aux Presses universitaires de Rouen et du Havre] ;
- Énergie et mélancolie. Autour de Stendhal (Recueil d’articles, Volume 5, 310 p.).

2/ Publications

Livres, Éditions

Vérité des choses, mensonge de l’homme dans Madame Bovary de Flaubert. De la Nature au Narcisse, Champion, 1997, 466 p.

Ce livre, tiré de ma thèse, est né d’une interrogation : comment se traduit concrètement dans l’œuvre l’idée, sans cesse affirmée par Flaubert lui-même, que les chefs-d’œuvre véritables font rêver comme la Nature ou comme la Bêtise, par leur profondeur infinie ? Que veut dire, pour l’œuvre flaubertienne : « faire rêver » comme les grands animaux ou les montagnes ? Comment respecter l’exigence flaubertienne d’un décentrement de l’homme et du sens, et arriver à saisir l’effet vertigineux produit par la présence mystérieuse et ironique de la Nature dans l’œuvre, ainsi que l’effet d’ébahissement provoqué par l’œuvre comme totalité naturelle et rêveuse ? C’est cette interrogation qui m’a poussé à conjuguer, dans ce travail, deux perspectives qu’on ne pouvait dissocier, à mon sens, sans dommage : celle de l’étude de la description (et, plus précisément, de la fonction des objets) et celle de ses fondements métaphysiques. Toute l’ambition de cette étude tient dans l’intention de faire coïncider la réflexion sur la poétique des objets avec la réflexion sur la bêtise anthropocentrique et finaliste qui caractérise, aux yeux de Flaubert, le bourgeois dans sa suffisance, ou son autosuffisance autolâtre, le Narcisse moderne qui a toujours déjà conclu, en faveur de lui-même, et selon son intérêt, parfois dissimulé sous le masque de l’humanitarisme philanthropique. Il s’agit,  en d’autres termes,  à la fois de décliner les différentes formes de la Bêtise selon Flaubert, de la Bêtise intelligente, de la bêtise de l’intelligence incarnée exemplairement par M. Homais, jusqu’à la bêtise des cœurs simples (Charles et Félicité) ouverte à la totalité rêveuse de la Nature ; et de faire correspondre au refus flaubertien de conclure, de réduire le sens de l’œuvre, de l’aliéner à une intension expresse de signifier, une poétique de la description respectueuse du langage des chose muettes.

Flaubert, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, coll. Mémoire de la critique, 2006, 935 p.

Cette anthologie rassemble les articles contemporains parus sur l’œuvre de Flaubert, depuis Duranty jusqu’à Proust. Tout en l’ouvrant  au tout-venant journalistique et à ce qu’on pourrait appeler la critique « omnibus », comme il y a selon les Goncourt un « langage omnibus », j’ai choisi de donner la priorité aux dialogues polémiques, sur les cimes de la critique créatrice, susceptibles de faire surgir les nœuds de tension, les points de fixation révélateurs de la résistance ironique que l’œuvre de Flaubert, exposée au malentendu, ne pouvait manquer de susciter, en raison même de sa pente généalogique et ironique à la transmutation des valeurs. De sorte que la configuration de la réception m’a paru s’organiser, en dehors des clichés de l’histoire littéraire et des courants en -isme, autour de deux pierres d’achoppement complémentaires : l’ironie (le principe d’incertitude) et la question du style (la priorité quasi ontologique accordée à l’art) – la résistance critique (d’abord morale) à l’ironie ayant la même origine que la résistance à l’autonomie de l’art. Ce qui se dessinait ainsi, c’était bien toute une esthétique (une mauvaise compréhension en somme du « réalisme » ironique, ou comme ironie, de Flaubert) qui renvoyait à l’œuvre, en esquissait les contours par la méthode à rebours du repoussage.

Jules de Gaultier, Le Bovarysme. La psychologie dans l’œuvre de Flaubert (1892), suivi de neuf études réunies par Per Buvik, Éditions du Sandre, 2007. Présentation (« Les griffes de la Chimère », p. 119-198), annotation (p. 76-109), annexes.

Édition annotée de la première version du Bovarysme selon Jules de Gaultier, accompagnée d’une postface (« Les griffes de la Chimère »).  Il m’est apparu, d’une part, que la notion de bovarysme, figée en cliché, avait été elle-même l’objet d’une déformation bovaryque, au point de devenir autre qu’elle n’était (la reconnaissance la rendait méconnaissable) ; et, d’autre part, que cette obscurité relative par excès de célébrité avait aussi pour effet d’interdire le retour à l’œuvre de Flaubert à partir des postulats ultérieurs du Bovarysme philosophique – sous prétexte que celui-ci relevait d’un contexte schopenhauerien et nietzschéen étranger à Flaubert, et qu’il avait réduit le bovarysme flaubertien à la pure négativité de l’illusion destructrice. Or le grand avantage du détour par le Bovarysme théorisé par Jules de Gaultier est justement de permettre, en retour, de soustraire l’œuvre de Flaubert aux évidences suspectes concernant l’illusion, notion centrale de l’esthétique de Flaubert, ainsi que thème cardinal de son œuvre : ce travail sur la philosophie de l’illusion (terme impropre) et plus encore de la fiction créatrice, délestée de la métaphysique de la vérité, me semblait jeter un jour nouveau sur les équivoques fondamentales attachées à la représentation de l’illusion chez Flaubert, bien plus complexe qu’on ne le croit, dès lors qu’on accepte d’abandonner la logique binaire du vrai et du faux. C’est tout une conception du réalisme comme illusionnisme qui m’a paru se dégager de cette exploration détournée.

Direction d’ouvrages collectifs

Avec Michel Crouzet, Flaubert, XIX-XX, n°7, mars 1999.

Avec Michel Crouzet, Flaubert hors de Babel, Eurédit, 2013 (réédition du numéro précédent), 262 p.

Initialement paru dans la revue XIX-XX, et republié récemment cher Eurédit, ce dossier (réunissant des textes de Jeanne Bem, Jean-Louis Cabanès, Philippe Dufour, Christophe Lacaille, Sylvie Laüt-Berr, Didier Philippot, Thierry Poyet et Eléonore Reverzy) répondait à la volonté de dresser une manière de bilan critique, en même temps qu’il proposait un programme de lecture, non systématique, en marge, ou plutôt à l’écart deux tendances, parfois dominantes, de la critique flaubertienne : la tendance – issue du grand article de Foucault sur la bibliothèque fantastique de Saint Antoine – à privilégier l’intertextualité, à faire de Flaubert l’habitant mélancolique de la bibliothèque de Babel, à le considérer comme l’auteur d’une œuvre seconde, entièrement faite de livres, et comme le promoteur d’une pensée généalogique, réduisant le jeu de l’ironie à la représentation des représentations ; et la tendance formaliste à ériger Flaubert en parangon de la glorieuse impossibilité d’écrire, et son œuvre en exemple suprême de littérarité et d’auto-réferentialité. C’est donc, en un sens, la fin du dogme du « livre sur rien » qui se trouvait interrogée par les différentes études rassemblées dans ce volume, centrées sur un enjeu commun : celui de la représentation, et gouvernées par une même réticence à opposer schématiquement mimèsis et sémiosis chez Flaubert. L’œuvre de Flaubert dit bien quelque chose, même si elle se refuse à conclure et aspire à s’élever jusqu’à la pureté du « livre sur rien ». Mais ce qu’elle dit, elle le dit sans le dire, ironiquement, en dehors de toute intention persuasive et morale ; la mimèsis flaubertienne est par essence ironique, conviction qui traverse plusieurs des études réunies, ce qui ne veut pas dire qu’elle exclut le sublime. C’est sur cette alliance paradoxale de l’ironie et du sublime (le sublime des cœurs simples) que s’achève ce volume, en respectant la capacité de l’œuvre flaubertienne à faire rêver par sa profondeur illimitée, comme la Nature ou la Bêtise.

Avec Clarisse Réquéna, Stendhal/Mérimée, Journée d’étude, Paris IV-Sorbonne, 23 février 2002, H.B., revue internationale d’études stendhaliennes, n°6, 2002.

Stendhal et Mérimée s’entendent comme chat et rat, ce qui est la bonne manière, singulière, de s’entendre, en poussant parfois la sincérité jusqu’à la bravade et la provocation cynique, en rivalisant d’aveux scandaleux, en rejetant le mensonge amical ou littéraire. Ces deux écrivains qui refusent d’être auteurs, qui recherchent dans la littérature l’énergie vive qui dépasse la littérature, a-t-on assez tenté de comprendre leurs affinités électives, à la fois affectives, littéraires et esthétiques ? Telle est la lacune que tente de combler, du moins en partie, ce recueil d’articles issu d’une journée d’études organisée en Sorbonne. C’est autour des rapports entre énergie et ironie que nous a semblé se dessiner une forme de convergence essentielle : d’une part, la poétique de la violence, la confrontation de la littérature avec l’énergie brute du crime de sang ou de la guerre, la tendance partagée à situer le sublime dans le Sud (et dans le peuple) et à fuir la modernité timorée et étiolée dans la nostalgie d’une énergie primitive (espagnole, corse, ou italienne) ; d’autre part, la combinaison de l’énergie et de l’ironie, quoique sans doute sous une forme plus conflictuelle chez Mérimée, et leur traduction commune dans une écriture de l’esquive, de l’escamotage, de l’ellipse, qui dit sans dire et montre sans démontrer.

Avec Fabienne Bercegol, La Pensée du paradoxe. Approches du romantisme. Hommage à Michel Crouzet, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, coll. Mémoire de la critique, 2006, 748 p.

L’hommage que nous rendons dans ce livre à Michel Crouzet est aussi fidèle que possible à une pensée qui s’est toujours voulue en mouvement. L’esprit du jeu y règne et suit la courbe même d’une œuvre qui n’a cessé d’interroger la proximité du romantisme et du paradoxe.

Amis, collègues et élèves, spécialistes de tous les siècles explorent les affinités de la littérature et du jeu : la pensée paradoxale de la littérature est une véritable pensée du paradoxe. Les quarante-cinq études réunies dans ce volume ont été conçues à partir d’une commune orientation : elles conduisent toutes du domaine romantique vers la dialectique du jeu et du sérieux, et parcourent le versant de l’esprit (réel et jeu, écritures ludiques, jeu et conventions) et celui, apparemment opposé, du sublime (esthétique et érotique), dont Michel Crouzet a montré qu’il était la voie romantique par excellence.

Avec Jean-Louis Cabanès et Paolo Tortonese, Les Paradigmes de l’âme. Littérature et aliénisme au XIXe siècle, Actes du colloque des 10, 11 et 12 juin 2010, Sorbonne nouvelle-Paris 3, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2012, 301 p.

L’idée de psyché est familière à l’homme du XXIe siècle, mais elle n’a pas toujours existé. Elle a pris forme entre 1800 et 1900, à travers de multiples expériences de pensée. À partir de l’époque romantique, la littérature aussi bien que la médecine ont été le creuset de concepts nouveaux, de paradigmes de pensée permettant de concevoir l’âme humaine en dehors de la tradition morale et théologique.

L’aliénisme, discipline médicale qui s’interroge sur les pathologies de l’âme, est contemporaine des interrogations romantiques sur le malheur de l’individu moderne ; Pinel discute les causes morales de la folie pendant que Chateaubriand examine les souffrances morales de René. Dès ses premiers pas, le siècle prend conscience des sa nouveauté par un énorme effort pour saisir l’esprit humain dans son fonctionnement et dans son dérangement. Le normal et le pathologique s’éclairent mutuellement, les malaises de la civilisation répondent à la folie individuelle, les maux de l’âme éclairent les maux du corps, les cas cliniques ressemblent aux personnages de roman.

Aliénisme et littérature avancent ensemble tout au long du siècle, empruntant sans cesse l’un à l’autre. Un tissu de rapports que ce livre se propose d’examiner, à travers une série d’études ponctuelles par des spécialistes de littérature et d’histoire de la pensée psychologique.

Avec Sophie Houdard et Marion de Lencquesaing, Lire et écrire des Vies de saints : regards croisés XVIIe–XIXe siècles, Actes de la journée d’étude du 12 juin 2014, université Sorbonne nouvelle-Paris 3, Les Dossiers du GRIHL [en ligne], 2015-01, https://dossiersgrihl.revues.org/6318 

Que peut-on dire des « légendes hagiographiques » (Henri Delehaye, 1903) ? La Contre-Réforme à l’époque moderne et le renouveau catholique au XIXe siècle sont des périodes propices à l’essor de vies de saints (théâtre, recueils hagiographiques, romans dévots sont autant de modes et de supports variés). Le tournant hagiographique s’accompagne d’un discours critique réflexif qui en théorise les pratiques d’écriture et de lecture. Un Flaubert, un Zola, un Huysmans sont lecteurs de textes hagiographiques au XIXe siècle, au premier chef de La Légende dorée de Voragine ; la relecture des vies de saint puise à la source vive du grand livre de Maury sur les légendes pieuses du Moyen Âge (1843), bien connu de Flaubert, où la genèse du légendaire hagiographique se trouve revue et interprétée sous l’angle du symbole. Cet engouement, alors que la science et les savoirs commencent à semer le doute, nous mène assez naturellement à observer l’autre grand « moment » de l’écriture et de la lecture des vies de saints : le XVIIe siècle avec lequel le XIXe nous paraît dialoguer de façon féconde. XVIIe et XIXe siècles semblent traversés par une interrogation commune qu’on résumera schématiquement comme suit : comment et pourquoi écrire une vie de saint moderne ? Telle serait la question centrale, que nous souhaiterions offrir à la discussion, en abordant notamment le rapport complexe que l’exemplarité légendaire entretient avec la fiction littéraire, et en essayant d’examiner la persistance, ou du moins la survivance, de cette forme simple, la vie de saint, en des époques tardives (le XIXe et XXe siècles) que tout détourne, a priori, de la ferveur médiévale.

 

Sélection d'articles

  • « L’épisode du chien ou le parti pris des choses », Bulletin Flaubert/ Maupassant, n°1, 1993, p. 73-82.
  • « La casquette de Charles Bovary ou le chef-d’œuvre inconnu de l’autolâtrie bourgeoise », Les Lettres romanes, n°3-4, 1994, p. 219-236.
  • « Madame Bovary : le langage des choses muettes », Lettres actuelles, n°14, sept.-oct., 1996.
  • « La description dans Madame Bovary : une esthétique de " l’infini diminutif " », L’Information littéraire, mars-avril 1997, p. 41-46.
  • « Le réalisme subjectif dans La Chartreuse de Parme : une idée reçue ? », dans Stendhal, La Chartreuse de Parme, dir. Michel Crouzet, actes du colloque international de Paris-Sorbonne, 23-24 novembre 1997, Éditions interuniversitaires, 1997, p. 325-352.
  • « La Chartreuse bouffe ou la " folie de la gaieté " », H.B., revue internationale d’études stendhaliennes, n°1, 1997, p. 55-72.
  • « Le Rouge et le Noir décoloré », ibid., p. 225-228.
  • Notice « Georges Blin», Dictionnaire des lettres françaises, Le XXe siècle, dir. Martine Bercot et André Guyaux, Le Livre de poche, coll. Pochothèque, 1998.
  •  « L’écriture du sang dans Les Chroniques italiennes », H.B., revue internationale d’études stendhaliennes, n°2, 1998, p. 91-115.
  •  « Flaubert et le " mythe du livre sur rien " », XIX-XX, n°7, mars 1999, p. 65-110.
  • « Lamiel ou le paradoxe romanesque », dans Le Dernier Stendhal (1837-1842), dir. Michel Arrous, actes du colloque international organisé par H.B., Université Paris-Sorbonne, 3-4 décembre 1999, Eurédit, 2000, p. 166-206.
  • Avec Clarisse Réquéna, « Stendhal/Mérimée : énergie et ironie », H.B., revue internationale d’études stendhaliennes, n°6, 2002, p. 7-11.
  • « Le Christ romantique de Stendhal. Autour de la Cène de Léonard de Vinci », dans La « liberté orageuse » du Moyen Age. Balzac/Stendhal : Le Moyen Age, la Renaissance, la Réforme, dir. M. Arrous, M. et Mme Boussard, Eurédit, 2004, p. 487-531.
  • « La pensée du paradoxe », dans La Pensée du paradoxe, op. cit., p. 7-10.
  • « Éducation et ironie dans la première Education sentimentale », dans La Pensée du paradoxe, op. cit., p. 279-326.
  • « Le Rêve de la bêtise : idole et vision chez Flaubert (autour d’Un cœur simple) », dans Le Miroir et le Chemin. Mélanges offerts à Pierre-Louis Rey, dir. Vincent Laisney, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2006, p. 163-200.
  • « Baudelaire, Delacroix et " les femmes d’intimité " », L’Année Baudelaire, n° 11/12, 2007-2008 [parue en 2009], p. 151-195.
  • « De la " cardiognosie " romanesque. Quelques remarques », Acta Fabula, Essais critiques, Fabula, fév. 2010 (vol. 11, n°2).
  • « Les Diaboliques ou les histoires tragiques de notre temps », dans Barbey d’Aurevilly et la modernité, dir. Philippe Berthier, actes du colloque du bicentenaire, 1er, 2 et 3 décembre 2008,  Sorbonne nouvelle-Paris 3, Champion, 2010, p. 92-173. 
  • « Le rêve des bêtes : Flaubert et l’animalité », Revue Flaubert [en ligne], Dossier « Flaubert et l’animalité » dirigé par Juliette Azoulai, n° 10, 2011 (30 p.)
  • « Romantisme et aliénisme », dans Les Paradigmes de l’âme. Littérature et aliénisme au XIXe siècle, Actes du colloque des 10, 11 et 12 juin 2010, Sorbonne nouvelle-Paris 3, Presses de la Sorbonne nouvelle, 2012, p. 7-20.
  • « Fantastique, soupçon et désenchantement. L’exemple de Maupassant» [« Fantastico, sospetto e disincanto. L’esempio di Maupassant »], C’è del metodo in questa folli. L’irrazionale nella letteratura romantica, Actes du colloque des 25-26 mai 2012, Santarcangelo di Romagna, a cura di  Paolo Tortonese, 2015, p. 186-209. 
  • Avec Sophie Houdard et Marion de Lencquesaing, « Lire et écrire des Vies de saints : regards croisés XVIIe–XIXe siècles », Les Dossiers du GRIHL [en ligne], 2015-01, 18 p.
  • « Le Voyage en Orient de Flaubert ou le lyrisme de la chair », Bulletin Flaubert-Maupassant, dir. Yvan Leclerc, n°31, 2015, p. 115-148 [paru en 2016].
  • « Hérodias ou le Promontoire du songe (Flaubert et la " vision poétique ") », à paraître dans le prochain n° de la Revue des lettres modernes, série Flaubert, dir. G. Séginger, Classiques Garnier, 2016.
  • « Réception de Flaubert en France (XIXe siècle) », notice pour le Dictionnaire Flaubert, dirigé par Gisèle Séginger, à paraître en 2016. (8 p.)
  • « Réception de Flaubert en France (XXe siècle) », notice pour le Dictionnaire Flaubert, dirigé par Gisèle Séginger, à paraître en 2016. (8 p.)
  • « Thibaudet (Albert) », notice pour le Dictionnaire Flaubert, dirigé par Gisèle Séginger, à paraître en 2016. (5 p.)
  • « Illusion », notice pour le Dictionnaire Flaubert, dirigé par Gisèle Séginger, à paraître en 2016. (7 p.)

Communications non publiées

  • « Flaubert-style et le mythe de la pesanteur », Séminaire Flaubert de l’ITEM, 2003.
  • « Le génie de la bêtise : imagination et croyance dans Un cœur simple », conférence donnée dans le cadre du Séminaire de Patrick Labarthe, Université de Zürich, 2007.
  • « Sensibilité, imagination et croyance » (Introduction) ; « Le Voyage en Orient de Flaubert : de l’aisthèsis à l’esthétique », dans le cadre de la séance Flaubert du Séminaire dix-neuviémiste Paris 3-Paris 4, 2009.
  • « La féerie en habit noir ou la blague du réel », dans le cadre de la séance Flaubert du Séminaire dix-neuviémiste Paris 3-Paris 4, 2010.
  • « Flaubert et la modernité ascétique » (Introduction), dans le cadre de la séance Flaubert du séminaire dix-neuviémiste Paris 3- Paris 4, 2013.

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Responsabilités éditoriales et scientifiques

- Membre de la Société d’études romantiques et dix-neuviémistes (SERD).

- Rédacteur en chef adjoint (avec Fabienne Bercegol) de la revue XIX-XX, Revue de littérature moderne (Rédacteur en chef : Michel Crouzet) : du n° 6, oct. 1998 au n°10, oct. 2000 (dernier n° de la revue).

- Secrétaire de rédaction de la revue H.B., Revue internationale d’études stendhaliennes (Rédacteur en chef : Michel Crouzet).

- Secrétaire de l’association Stendhal aujourd’hui.

- Responsable scientifique de la série « Flaubert » dans la collection « Études romantiques et dix-neuviémistes », dirigée par Pierre Glaudes et Paolo Tortonese, aux éditions Classiques Garnier

 

Page mise à jour le 19 septembre 2016 par CG