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Allégories de Messer Gaster

« Allégories de Messer Gaster », journées d'études 17 et 18 novembre 2016, salle 409 (Le Portique)

 

Affiche des journées d'études

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Salle 409 (4e étage, bâtiment Le Portique)

      En prenant pour fil directeur la célèbre allégorie du Quart Livre, ces journées se proposent de mettre en perspective les différentes interprétations du Gaster de Rabelais, mais aussi de réfléchir à la valence métaphorique de l’estomac dans les représentations organicistes, dont J. Schlanger a montré la « plasticité argumentative », mais aussi la « fonction de facilitation » (Les Métaphores de l’organisme, 1971).

       L’estomac est en effet souvent mobilisé dans ce qu’Antoine de Baecque nomme des « corps-récit » (Le Corps de l’histoire, 1993), mais sa valeur évolue en fonction des contextes politique et idéologique. Sénat chez Menenius, roi absolu chez La Fontaine, Gaster est ainsi pour Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’’enseignement, « le président de la république intérieure » (Histoire d’une bouchée de pain, 1865) et le modèle d’un libéralisme républicain. Les allégories politiques utilisées par la caricature témoignent en particulier de cette capacité d’incarnation de l’estomac, ainsi que de sa faculté d’adaptation à des cibles évoluant au gré de l’histoire du pouvoir.

       Plus largement, le discours philosophique et politique semble exploiter la « disposition polaire »[1] dans laquelle s’insère l’allégorie rabelaisienne, en privilégiant tour à tour le « Gaster-Vertu » et le « Gaster-Manduce »[2]. Le XIXe siècle, qui illustrerait selon Philarète Chasles le « règne » de « Messer Gaster » (« Introduction » à La Peau de Chagrin), est de ce point de vue représentatif : incarnation d’un matérialisme corrupteur pour Victor Hugo (William Shakespeare, 1864), le Ventre personnifié peut également jouer le rôle de nouvelle « muse » pour ceux qui, comme Joseph Berchoux (La Gastronomie, 1801) ou Brillat-Savarin, se revendiquent de « Gasterea » (Physiologie du goût, 1825). Mais cette ambivalence métaphorique se retrouve également dans les représentations physiologiques et philosophiques : Gaster peut y symboliser le corps dans sa dimension la plus viscérale, ou à l’inverse donner accès, comme dans l’idéalisme kantien[3], au travail de l’esprit, et ainsi figurer une « âme » dont la localisation pose problème. Patron des arts ou organe de la dévoration matérialiste, Gaster est aussi un Janus que mobilisent des systèmes de représentations axiologiquement très divers.

            Ouverte d’un point de vue disciplinaire et chronologique, la discussion que ces journées entendent favoriser cherchera donc à inscrire la dimension allégorique de Gaster dans une histoire, dans un système de valeur, et dans une poétique. Elle tentera, en particulier, de cerner les raisons qui font d’un organe (l’estomac) un lieu, au sens rhétorique, de la formulation d’un système de pensée, et de la fabrication de ses figures.

 


[1] M. Jeanneret, « Quand la fable se met à table. Nourriture et structure narrative dans Le Quart Livre », Le Défi des signes : Rabelais et la crise de l'interprétation à la Renaissance, Orléans, Paradigme, 1994.

[2] François Rigolot, Les Langages de Rabelais [1972], Genève, Droz, 2009, p. 154.

[3] Voir J.D. Mininger, J. M. Peck, « Kantstipation », in T. S. Wagner & N. Hassan (eds), Consuming Culture in the long Nineteenth Century. Narratives of Consumption, 1700-1900, Lexington Books, 2007, p. 209-222.

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