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Dans le cadre d’un projet mené conjointement par le Centre de Recherche en Littérature comparée (CRLC, EA 4510, Université de Paris-Sorbonne) et Europe des Lettres (Université de Strasbourg) portant sur la Renaissance du mystère en Europe, de la fin du XIXe siècle au début du XXIe siècle, Tatiana Victoroff et Anne Ducrey vous proposent, le samedi 20 octobre 2012, une journée d’études intitulée :
Définition / Périodisation du genre du mystère
Quel mystère pour la modernité ?
Le mystère, rite théâtralisé apparu dans l’Antiquité, devenu au Moyen Age genre littéraire rapidement controversé et souvent de ce fait interdit, ressurgit à la fin du XIXe siècle dans des courants artistiques très divers, parcourt le XXe siècle et semble toujours bien vivace en ce début du XXIe siècle. Orienté sur le modèle médiéval, ou totalement réinventé, le mystère ne cesse d’éveiller l’imaginaire d’auteurs à la pensée très différente, s’actualisant dans des formes elles-mêmes fort diverses. Cette pérennité du genre, de l’antiquité à notre modernité, tout autant que son épisodisme, la référence constante au mot mystère comme les formes littéraires plurielles, voire hybrides dans lesquelles il s’incarne, cette pluralisation des modèles et ces retours éclectiques dans l’histoire littéraire et dramatique posent la question de l’existence même du mystère comme genre.
Quoi de commun en effet, entre les mystères antiques réservés aux seuls initiés, et ceux que le Moyen Age mettait en scène sur la place publique dans une perspective tout à la fois didactique et spectaculaire ? Pourquoi le genre du mystère connaît-il dans le théâtre de Calderon et de Shakespeare une réinterprétation remarquable alors que le théâtre classique se vit comme un renoncement au mystère, marqué solennellement par le jugement sévère de Boileau : « de la foi des chrétiens les mystères terribles / d’ornements égayés ne sont pas susceptibles » (Art poétique (chant III, 199-200) ? Et si le mot « mystère » ressurgit au XIXe siècle sous la plume de Goethe, Werner, Byron ou Flaubert, c’est pour désigner des formes hybrides qui semblent n’avoir qu’un lointain rapport aux modèles médiévaux. Quant à l’expansion considérable du mystère au tournant des XIXe et XXe siècles, notamment grâce aux symbolistes français (Mallarmé, Maeterlinck) et russes (Bély, Blok, Sologoub), jusqu’aux exemples récents offerts par Sartre, Brodsky, Dario Fo ou Michel Larou, elle ne fait que creuser la distance avec le modèle médiéval et ses enjeux.
C’est donc à une réflexion générique et historique sur le mystère que nous vous convions lors de cette journée d’étude qui aura lieu le 20 octobre 2012 à Paris-Sorbonne. Faut-il voir dans cette longue histoire du mystère en Europe l’indéniable évolution d’un genre dont les contours labiles témoignent d’actualisations historiques et nationales ? Ou bien faut-il au contraire considérer l’idée de mystère, voire du simple mot « mystère », comme le noyau matriciel de ces actualisations thématiques et stylistiques diverses, faisant du genre une de ces nombreuses exagérations sémantiques dont la langue est coutumière ?
Les propositions (titre et quelques mots pour préciser votre perspective) sont à envoyer à
Tatiana Victoroff (tatiana.victoroff@gmail.com) et Anne Ducrey (anne.ducrey@free.fr) avant le 15 juin 2012.
La journée d’étude est organisée en vue du colloque international sur « La Renaissance du genre du mystère » prévu en octobre 2013 à l’université de Strasbourg (voir ci-dessous).
Tatiana VICTOROFF, Maître de Conférences en Littérature Comparée
Université de Strasbourg
EA 1337 Configurations littéraires (Institut de Littérature Générale et Comparée)
Séminaire ouvert aux propositions individuelles.
Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : tatiana.victoroff@gmail.com
Les langues de communication sont limitées au français et à l’anglais.
La poésie russe se définit elle-même comme européenne mais aussi par rapport à l’Europe, dans une opposition qui est en même temps une filiation. Après les confrontations entre slavophiles et occidentalistes, cette dualité se condense à l’époque de l’âge d’argent dans une « nostalgie de la culture mondiale », selon l’expression de Mandelstam, dont les porteurs se voient eux-mêmes comme les « derniers romains » d’un monde finissant. Ce monde est celui de la culture européenne dans laquelle ils retrouvent leurs racines, tout en se déclarant profondément russes.
Anna Akhmatova, figure emblématique de l’âge d’argent et sa voix au cours des décennies qui ont suivi la disparition de ses compagnons d’écriture, est ainsi l’une des poètes les plus russes par ses thèmes comme par son attachement à la patrie, en même temps que l’un des plus européens par sa culture, sa vision de l’Histoire, sa maitrise des langues. Dès 1910, avec ses premières traductions de Rilke ou ses rencontres avec Apollinaire, elle mène avec les poètes européens un dialogue qu’elle poursuivra tout au long de sa vie et qui, paradoxalement, prendra toute son ampleur dans les années 40 quand tout semble lui faire obstacle : isolée et solitaire dans un pays lui-même coupé du monde, elle prête sa voix à ses anciens compagnons pour mener avec eux un entretien d’une « douceur brûlante »[1]. Dans ce chœur des poètes, ses interlocuteurs européens occupent une place de choix : Rilke qu’elle imite dans la création de « petits requiems pour les amis » ; Valéry, avec qui elle observe l’Europe de 1914 du haut du « parapet des terrasses d’Elseneur »[2] ; T.S. Eliot à qui elle emprunte les formes pour évoquer la simultanéité des temps historiques. Les poètes contemporains (Rimbaud, Verlaine, Apollinaire, André Theuriet, Maeterlinck..) ou antérieurs (Dante, Shakespeare, Leopardi, Gauthier, Hugo, Baudelaire..), de façon manifeste ou cachée, remplissent désormais sa poésie en lui donnant une dimension universelle et une puissance particulière.
Cette poésie polyphonique permet de renouveler, par la pratique poétique même, l’interrogation sur l’existence d’une « poésie européenne », unifiée par le regard de celle qui, de son pays à la frontière de deux continents, y est à la fois extérieure et très profondément l’héritière, et de préciser les notions comparatistes traditionnelles d’analogie, de parenté et d’influence à travers une œuvre composée comme un immense chœur accordé selon de nouvelles lois et faisant de la parole poétique une source, voire la seule, de l’existence, dépassant peut-être ainsi toute notion de poésie nationale pour toucher à l’universel.
Quelques pistes pour articuler cette réflexion :
Akhmatova lectrice des poètes européens (Baudelaire, Rilke, Eliot, Leopardi …) et lue par eux (Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Michèle Finck …)
L’anglais Isaia Berlin, le français François Mauriac et le polonais Josèph Czapski ont tous trois, dans des contextes différents, qualifié Akhmatova de « dernier poète européen vivant », une vision qui n’est pas si paradoxale, pour un poète aussi attaché à la Russie, si l’on prend en compte sa vision universaliste de l’Histoire et sa relation intime avec l’Europe et sa poésie.
« Chaque poésie est intraduisible, et la mienne en particulier », affirmait volontiers Akhmatova, tout en se réjouissant de chaque nouvelle tentative de traduction de ses propres poèmes, et s’adonnant elle-même, tout au long de sa vie, à la traduction de poètes du monde entier. Les traductions récentes de sa poésie (Jean-Louis Backès, André Markowicz, Marion Graf, Nikita Struve...) ouvrent un champ nouveau pour discuter les problèmes de la transmission de cette parole poétique qui se voudrait transparente et pose de multiples pièges et difficultés pour sa traduction dans les langues européennes.
Il s’agit également de réfléchir sur la résonance de cette poésie grâce précisément aux traductions (Requiem dans la traduction française de Michel Aucouturier précède de plus de 20 ans sa publication en russe en URSS en 1987) et, de façon plus générale, sur la traduction comme moyen de faire dialoguer entre elles les cultures, d’établir un lien spirituel capable de créer un espace de rencontre intellectuelle, une « unité littéraire européenne » (W. Weidlé)[3].
Ce n’est que ces toutes dernières années que sont parues en Russie les textes originaux d’Akhmatova tels qu’elles les avaient elle-même préparée pour la publication, reconstitués sur la base des archives (notamment, grâce aux travaux de Natalia Kraineva). Cela invite à relancer le travail de traduction, mené jusqu’ici sur la base des éditions russes des années 60-90, avec des ruptures, des « strophes errantes », de multiples fautes dans les textes souvent liées à la nécessité de contourner la censure soviétique.
Atelier dirigé par Mme Britta BENERT, maître de conférences en langue et littérature allemandes
Université de Strasbourg
EA 1337 Configurations littéraires (Institut de Littérature Générale et Comparée)
Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : britta.benert@unistra.fr
Les langues de communication sont limitées à l’anglais et au français.
L’intérêt pour l’expression littéraire du plurilinguisme va croissant, comme en témoigne la récente réédition de l’ouvrage The Poet’s Tongues : Multilingualism in Literature (1970) de Leonard Forster (Cambridge University Press, 2010) dont les études de Schmitz-Emans et Schmeling, notamment, ont pu rappeler le caractère pionnier (Schmeling&Schmitz-Emans 2002 ; Schmitz-Emans, 2004) et en favoriser la redécouverte. Sans toutefois connaître la même inflation que les études interculturelles, champ avoisinant, les travaux autour du plurilinguisme littéraire, en plein essor, sont eux aussi à mettre en relation avec les bouleversements nationaux (réunification allemande), européens (élargissement de l’UE et unification) et mondiaux (mondialisation et migrations) qui donnent une nouvelle acuité à la question de la culture, et conséquemment aux enjeux identitaires et linguistiques. Cet ancrage dans les interrogations de notre temps éclaire certainement les risques d’anachronisme et d’appropriation politique qui guettent le concept d’interculturalité (Heimböckel et ali, 2010) mais également les études d’auteurs et/ou de textes plurilingues.
Aussi, afin de prévenir de telles méprises et de contribuer éventuellement à circonscrire l’esprit de la littérature comparée, notamment en ce qu’elle se distingue des études interculturelles, le présent séminaire propose de donner une place explicite à la contextualisation, afin de se situer dans une perspective d’histoire littéraire, fidèle à l’héritage de Forster aussi bien qu’aux prémisses de la littérature générale et comparée. Le plurilinguisme littéraire sera envisagé selon deux facettes (qui peuvent aller de pair) : le plurilinguisme intertextuel pratiqué par les auteurs polyglottes qui, d’un texte à l’autre, utilisent des langues différentes (Mehrsprachigkeit), et le plurilinguisme intratextuel, mélange de langues au sein d’un même texte (Mischsprachigkeit). Cette distinction (Knauth, 2004) est fondamentale à l’hypothèse de départ à laquelle ce séminaire invite à réfléchir : avec la fin du XIXe siècle se constitue une ligne de partage dans l’accueil et le maniement du plurilinguisme littéraire. Qu’Oscar Wilde écrive sa Salomé (1894) en français fait scandale, alors qu’un siècle auparavant, personne n’avait rien trouvé de malséant dans le fait que l’anglais Beckford eût choisi d’écrire en français sa fantaisie orientale Vathek. Cet exemple permet-il, et si oui, dans quelle mesure, d’évoquer l’idée d’un renversement dans les représentations ? Des études de cas d’auteurs polyglottes (appartenant à la génération née autour de 1860/70 : Jules Laforgue, Jean Moréas, Stuart Merill, Marie Krysinska, Teodor de Wyzewa, Emile Verhaeren, Frank Wedekind, Lou Andreas-Salomé, Fritz Mauthner, Rainer Maria Rilke …) sont-elles à même de prouver l’émergence d’une nouvelle sensibilité à l’égard du plurilinguisme ? Peut-on affirmer que l’auteur plurilingue, après avoir été un non-phénomène/problème pendant environ 2000 ans, est dans le XIXe siècle finissant considéré comme hors-norme, fêté ou rejeté mais ne laissant plus indifférent ? Peut-on parler d’un paradoxe du plurilinguisme 1900, dans la mesure où le plurilinguisme des auteurs est désormais visible et remarqué, tandis que l’hybridité des textes, proscrite selon la norme de la puritas, commence à percer, pour, au courant du XXe siècle, s’établir comme option esthétique reconnue ?
Please send proposals to Britta Benert: britta.benert@unistra.fr
Papers can be presented in English or French.
Literary Multilingualism 1900
Theoretical Approaches and Case Studies
Interest in the literary expression of multilingualism has recently been growing as can be seen by the publication in 2010 of a new edition of Leonard Foster's The Poet's Tongue: Multilingualism in Literature, originally published in 1970. Two authors, Schmitz-Emans (2002) and Schmeling (2004), have specifically contributed to the rediscovery of Foster’s pioneering work. While literary multilingualism has not witnessed the same amount of interest as has in recent decades the related field of cultural studies, the considerable growth of research in this area can be understood in the context of transformations at different levels: national (German reunification), European (enlargement and intensification of ties within the EU), and global (globalisation and migration). These changing landscapes present a new challenge to understanding the nature of culture and related issues of identity and language. Such contemporary questions are not free of the danger of anachronism and political appropriation, often found both in the concept of interculturalism (Heimbröckel et al, 2010) and in studies of multilingual texts and/or authors.
The purpose of this seminar is to give explicit attention to contextualisation, situating papers in a historical literary perspective true to the heritage of Foster and to the premises of comparative literature, and thus to contribute to highlighting the possible differences between comparative literature and cultural studies.
Literary multiligualism will be approached from two perspectives (which can co-exist): firstly, the intertextual multilingualism of polyglot authors, who use different languages in different texts and secondly, intratexual multilingualism (mixing languages in the same text). This distinction (Knauth, 2004) is fundamental to the hypothesis this seminar seeks to reflect upon, which is that the end of the nineteenth century constitutes a watershed in the reception of and engagement with literary multilingualism.
Oscar Wilde created a scandal by writing his Salome (1894) in French, but a century earlier there was no objection to the English novelist Beckford writing his Vathek in French. Does this example allow us to identify changing attitudes, and if so, to what extent? Could case studies of multilingual authors belonging to the generation born around 1860/70 (such as Jules Laforgue, Jean Moréas, Stuart Merill, Marie Krysinska, Teodor Wyzewa, Emile Verhaeren, Frank Wedekind, Lou Andreas-Salomé, Fritz Mauthner, Rainer Maria Rilke...for example), prove the emergence of a new attitude towards multilingualism? For some two thousand years multilingual authors had neither been a special phenomenon nor a problem. Could one argue that at the end of the nineteenth century they were no longer received indifferently, being either rejected or celebrated? Could one contend that multilingualism was paradoxical in 1900: multilingual authors were now noticed and visible, but textual hybridity, previously forbidden by the norm of puritas, began to emerge as a new aesthetic option for the twentieth century?
L'Europe des Lettres organisera en octobre 2013 un colloque international sur La Renaissance du Mystère en Europe (fin XIXe siècle - début XXIe siècle). Les responsables scientifiques en seront Tatiana Victoroff (MCF en littérature comparée, Université de Strasbourg) et Anne Ducrey (MCF en littérature comparée, Université de Paris IV-Sorbonne). Le colloque de Strasbourg sera précédé de deux journées d’études organisées au cours de l’année 2012 à Paris IV : définition et histoire d’un genre, pratiques scéniques du mystère.
Le mystère, genre controversé depuis la fin Moyen Âge et, de ce fait, souvent interdit, ressurgit à la fin du XIXe siècle dans des courants artistiques très divers, notamment dans l’œuvre des symbolistes français et russes. Orienté sur le modèle médiéval ou totalement réinventé, il ne cesse d’éveiller l’imaginaire d’auteurs à la pensée aussi différente que Mallarmé ou Gabriel d’Annunzio, Maurice Maeterlinck, Claudel ou Lorca, Milocz ou Hofmannsthal, Sartre ou Brodsky… jusqu’aux exemples récents qu’offrent les œuvres de Dario Fo, Asja Srnec Todorovic, George Tabori ou encore Peter Barnes. Ce colloque international s’interrogera sur les causes, les formes et les enjeux sur les plans littéraire, spirituel et politique de cette renaissance du mystère dans le théâtre moderne.
Tatiana Victoroff (Université de Strasbourg) et Anne Ducrey (Université de Paris IV-Sorbonne)
Contacts:
tatiana.victoroff@gmail.com
anne.ducrey@dbmail.com
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