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Thèses et Habilitations à diriger des recherches

THÈSES ET HABILITATIONS SOUTENUES

Mariko Anazawa

Mme Mariko Anazawa a soutenur sa thèse le 28 mars 2017 à 14h sous le titre

Maeterlinck et les Japonais

Jury:

Prof. Guy Ducrey, Université de Strasbourg
Prof. Claude Jamain, Université de Lille 3
Prof. Shintaro Fujii, Universtié Waseda, Tokyo
M. Yves-Michel Ergal, Université de Strasbourg, Directeur de la thèse

 

Maurice Maeterlinck a joué un rôle important dans l’histoire du théâtre au Japon. Après mon mémoire de D.E.A. à l’université Paris III intitulé les Quatre éléments dans le théâtre symbolique de Maeterlinck, mon attention s’est portée sur l’eau. J’ai ensuite enseigné le théâtre à l’université Nihon au japon, ce qui m’a donné l’occasion de relire les pièces de Maeterlinck avec mes étudiants et consulter sur place des documents japonais concernant les auteurs nippons de l’époque de Maeterlinck. Ma thèse s’intéresse donc aux différentes approches qui ont contribué au succès de cet auteur belge dans mon pays.

Catherine Bartlett

Myths of the Jew and their English response in the nineteenth-century French, English and German novel

Co-tutelle University of Kent and University of Strasbourg
Beginning: September 2011
End: December 2016
Supervisors: Prof. Pascal Dethurens (Strasbourg), Dr. Axel Staehler (Kent), Prof. Shane Weller (Kent)

Thèse de doctorat soutenue le 19 janvier 2017 à l'université de Strasbourg. Jury: Prof. Pascal Dethurens (Strasbourg), Dr. Axel Staehler (Kent), Prof. Larry Duffy (Kent), Prof. Karl Zieger (Université de Lille)
 
This thesis aims to explore the various representations of Jewish characters in the nineteenth-century French, English and German novel. The use of myth is particularly well-suited because it allows to travel through space and time. Most characters can be ranged into three main myths, which are linked to each other through their supernatural element: Jesus Christ. I have taken as the definition of myth the original Greek mythos, which is a story with a supernatural element.
In all novels authors use their Jewish character to express their anxieties towards their constantly changing society. They also keep oscillating between Philo- and Anti-Semitism, which demonstrates that they do not know what it feels like to be a Jew in nineteenth-century Europe. They rely on the three myths, these black holes of artistic, literary and religious data, accumulated for eighteen centuries. Their version of each myth remains more poesis than mimesis.
The final part of this thesis is dedicated to English, French and German Jewish authors, who were confronted to these three myths and decided to write stories, re-enacting them. Their novels or novellas will show how they interpreted these myths, and what they added to the depiction of their Jewish character.
This thesis is a dialogue between Christianity and Judaism, between three European cultures and between religion and literature and art.

Inès Cazalas

Contre-épopées généalogiques – Fictions nationales et familiales dans les romans de Thomas Bernhard, Claude Simon, Juan Benet et António Lobo Antunes, thèse de doctorat de littérature comparée sous la direction du Professeur Pascal Dethurens, soutenue le 10 septembre 2011.

RÉSUMÉ

Contre-épopées généalogiques – Fictions nationales et familiales dans les romans de Thomas Bernhard, Claude Simon, Juan Benet et António Lobo Antunes

La doxa hégélienne a défini l’épopée comme un récit lumineux célébrant les hauts faits de héros fondateurs afin de consolider l’unité d’une communauté, et a proclamé sa disparition du champ littéraire dans un monde moderne marqué par l’ébranlement des valeurs. Or cette « épopée pétrifiée » semble davantage être un objet théorique que caractériser des textes littéraires, lesquels opposent à cette acception univoque et manichéenne une pratique plurivoque et critique de l’épopée : débordant le cadre générique fixé par l’approche poéticienne, ces « épopées de la complexité » apparaissent comme des récits problématiques qui interrogent dans un moment de crise l’identité d’une communauté, son passé et son devenir. L’« épopée pétrifiée » a en revanche une existence dans le champ politique : depuis le XIXe siècle, chaque nation a construit une geste héroïque orchestrant les mythes constitutifs de son identité à des fins idéologiques de légitimation. Dans leurs romans centrés sur l’histoire d’une ou de plusieurs familles, Bernhard, Simon, Benet et Lobo Antunes prennent violemment le contre-pied des épopées nationales en faisant de la généalogie un prisme critique. Ils déconstruisent les filiations mythiques et biologiques qui essentialisent le « corps » national. Ils ruinent le récit entendu comme monument et développement organique d’une intrigue, réinventant conjointement une écriture de l’histoire qui recourt à l’epos (la voix qui récite), assume son statut fictionnel et élabore d’autres principes de référentialité. La catégorie de l’anti-épique n’est donc pas à même de rendre compte de la force propositionnelle de ces romans qui déplacent la généalogie pour repenser la famille et la communauté en déjouant les places symboliques et les grands récits : ils mettent la finitude en partage, mais aussi en regard avec les violences historiques dont ils travaillent à transmettre la mémoire singulière ; ils déploient une poétique multiforme de la relation. L’enjeu de tels déplacements est à la fois politique, éthique et esthétique : contre les modèles de la clôture narrative et de la totalité organique, il s’agit d’inventer des formes de subjectivation, des imaginaires du vivre-ensemble et des agencements textuels qui réélaborent les modalités du commun.

 

Mots-clés : T. Bernhard – C. Simon – J. Benet – A. Lobo Antunes – épopée – généalogie – nation – famille – fiction – poétique de la voix – romanesque – affect – littérature et histoire – littérature et politique – littérature et éthique.

 

ABSTRACT

Genealogical counter-epics – National and family fictions in the novels of Thomas Bernhard, Claude Simon, Juan Benet et António Lobo Antunes

The Hegelian doxa has defined the epic as an inspiring tale that strengthens the unity of a community by extolling the great deeds of its heroic founders, and has proclaimed its disappearance from the literary field in a modern world undergoing a crisis of values. But this "petrified epic" seems to be more theoretical than characteristic of literary texts, which offer plurivocal and critical forms of epics as opposed to a single and Manichean one: these "epics of complexity" exceed the generic framework fixed by the poetical approach and appear as problematical narratives, which, in a period of crisis, question a community's identity, its past and its future. The "petrified epic" on the other hand, exists in the political field: since the 19th century, each nation has built a large heroic tale orchestrating the myths constituent of its identity for ideological purposes of legitimacy. In their novels centred on the stories of one or several families, Bernhard, Simon, Benet and Lobo Antunes violently run counter to the national epics by turning genealogy into a critical prism. They break down the mythical and biological relationships that essentialize the national body. They shatter the idea of a narrative understood as a monument with the organic development of a plot, as they reinvent the writing of history, which simultaneously resorts to an epos (understood as a reciting voice), assumes its fictional status and elaborates other referential principles. Thus, the anti-epic is not a category adapted to the innovative strength of these novels, which shift genealogy so as to rethink the family and the community by debunking the grand narratives and their symbolic commonplaces: they suggest that finiteness is a shared experience founding the community, but they also place it in the light of historical violence, whose singular memory they work to pass on; they unfold multiform poetics of relations. What is at stake with such shifts is political, ethical and esthetical at the same time: as opposed to the models of narrative closure and organic whole, these novels aim to invent forms of subjectivation, to imagine ways of living together and textual devices that craft new forms of commonality.

 

Keywords: T. Bernhard – C. Simon – J. Benet – A. Lobo Antunes – epic – genealogy – nation – family – fiction – poetics of voice – Romanesque – affect – literature and history – literature and politics – literature and ethics.

Blanche El Gammal

L'Orient-Express, configuration littéraire d'un mythe européen (1883-2000)

thèse de doctorat de littérature comparée en cotutelle, Universités de Strasbourg (Prof. Guy Ducrey dir.) et Université libre de Bruxelles (Prof. Paul Aron dir.), sujet déposé en automne 2013, soutenu le 21 novembre 2016.

Jury:

Prof. Paul Aron, professeur de littérature française (Université libre de Bruxelles), co-directeur de la thèse
Prof. Sophie Basch, professeur de littérature française (Université de Paris-Sorbonne, Paris-IV)
Prof. Laurence Brogniez, professeur de littérature française (Université libre de Bruxelles)
Prof. Guy Ducrey, professeur de littérature comparée (Université de Strasbourg), directeur de la thèse
M. Patrick Werly, maître de conférences HDR en littérature comparée (Université de Strasbourg)

Position de thèse

La thèse étudiie le célèbre train sous trois aspects principaux : les trajets, les mythes et les représentations littéraires et artistiques.

Par mythes, on entend histoires au sens de muthoi, c’est-à-dire simples histoires, histoires fondatrices et histoires ayant vocation à rendre intelligibles un certain nombre de pratiques sociales.

L’Orient Express, créé par le Liégeois Georges Nagelmackers en 1883, apparaît en effet comme un mythe européen en ce qu’il rejoint le vieux rêve de voir l’Occident et l’Orient réunis.

L’aventure de ce train marque-t-elle la naissance d'une conscience continentale – du moins pour un temps, avant que les nations ne ferment leurs frontières ?  Au-delà de la prouesse technique (le raccord des réseaux européens permettait un gain de temps très appréciable, dans la mesure où les voyageurs n’avaient plus à changer de train à chaque frontière, et le confort des voitures, transformées en palaces sur rail, était tout à fait inédit), il y a une vision (essai ou illusion ?) profondément unificatrice, avec une redéfinition de la carte européenne, dont les frontières semblent s’estomper au cours des voyages et à mesure que la Compagnie Internationale des Wagons-Lits développe ses réseaux. Avec l’Orient Express, qui pousse les réalisations de Nagelmackers aux marches de l’Europe, c’est l’Orient dans son ensemble qui devient facile d’accès, du moins pour les voyageurs fortunés.

Les paradigmes ne manquent pas pour aborder ce phénomène européen : on songe notamment à l’anthropologie (qui fréquente le train ? La littérature et la réalité divergent-elles sur ce point ?), l’histoire de l’art (nombreux sont les artistes, célèbres et anonymes, qui ont contribué à la réalisation et à la renommée de l’Orient Express, de Lalique et ses verreries aux ouvriers des usines d’Aytré et de Birmingham, en passant par les marqueteurs, affichistes, vaisseliers, tapissiers, ou encore tailleurs « officiels » du train), l’histoire de l’architecture (le parcours de l’Orient Express est celui de l’Art Nouveau, et les gares traversées par l’Orient Express présentent bien des similitudes), l’histoire des mentalités et du savoir-vivre, la littérature et le cinéma. L’Orient Express, c’est tout cela à la fois, et la rédaction d’une thèse, à cet égard, exige l’interdisciplinarité et les comparaisons au sein d’un même domaine.

L’Orient Express est donc un axe, un trajet avec ses étapes choisies initialement puis modifiées et étendues au fil du temps. Si le premier Orient Express allait jusqu’à Constantinople, les lignes dérivées créées ultérieurement ont atteint l’Égypte. L’Orient s’est donc à la fois rapproché, agrandi et complexifié, le tout en l’espace de quelques décennies. Quels penseurs, quels écrivains et quels artistes pour rendre compte de réalités aussi exceptionnelles ?

D’autre part, l’Orient Express a lancé l’ère des voyages de luxe – jusqu’alors inconnus sous cette forme. Le train est un bijou, une œuvre d’art pensée et ciselée jusque dans les moindres détails (accoudoirs, sucriers…) pour un public de choix (souverains européens, diplomates, artistes, journalistes et écrivains au faîte de leur gloire). Aussi le voyage devient-il lui-même un art nouveau – adoptant le style Art nouveau en vogue dans les Grands Hôtels, qu’il reproduit dans la conception des voitures : quels rituels la société fortunée qui fréquente l’Orient Express adopte-t-elle ? Il s’agira ici d’étudier un certain art de voyager à travers les arts très liés du confort, de la gastronomie et de la musique, et très largement de l’aventure en voyage – aventure avec les divers accidents de parcours ; aventure avec la présence d’espions et de trafiquants en tous genres ; aventure avec les péripéties et raffinements érotiques de toutes sortes.

Autant d’aspects récupérés et mis en relief par la « littérature Orient Express » puis par le cinéma, et qui ont donné naissance à toute une série de topoi. L’Orient Express est une sorte de réservoir à littératures, du récit de voyage au roman d’aventures en passant par l’ouvrage de réflexion politique et le récit érotique. Il devient le décor indispensable d’une certaine littérature Belle Époque raffinée et précieuse, illustrée par des auteurs tels que Paul Morand et Valéry Larbaud en France, puis d’écrits plus populaires lors des Années Folles (La Madone des sleepings de Maurice Dekobra), des romans policiers et d’espionnage à partir des années 1930 (Le crime de l’Orient Express d’Agatha Christie). Il est par la suite l’objet d’une nostalgie de ces années considérées comme rétrospectivement (et relativement) heureuses alors qu’il connaît un déclin irréversible (Voyages avec ma tante de Graham Greene, Orient Express de Pierre-Jean Rémy). D’une littérature assez élitiste, on passe donc insensiblement à des ouvrages plus populaires. Le titre « Orient Express » est d’ailleurs retenu par maints auteurs très dissemblables, de nationalités variées et plus ou moins renommés (John Dos Passos, Graham Greene, Louis-Thomas Jurdan, A. den Doolaard, Gregor Von Rezzori, Pierre-Jean Rémy…) : il était et est toujours attrayant, voire « bankable ». Si l’imaginaire lié à l’Orient Express devient accessible, cette sorte de démocratisation n’est rendue possible que par la littérature ; elle n’existe pas dans les faits, l’Orient Express demeurant un transport réservé aux personnes fortunées – à l’exception de l’époque qui suit la Seconde Guerre mondiale, mais le train perd alors sa qualité de train de luxe.

Marik Froidefond

Images de la suite baroque en poésie et en musique au XXe siècle. Comment les poètes partagent les fantasmes des musiciens, thèse de doctorat sous la direction du Professeur Michèle Finck, soutenue en décembre 2010.
Cette thèse part du constat que le terme « suite » tend, chez un certain nombre de poètes européens de la deuxième moitié du XXe siècle, à remplacer celui de « cycle » pour désigner des ensembles de poèmes relativement indépendants les uns des autres, non reliés entre eux par un lien narratif ou déductif. Il semble qu’on assiste à ce moment fugace où, dans les usages, une catégorie descriptive est en passe de devenir un « nom de genre » (J-M. Schaeffer). Mais pourquoi avoir choisi ce mot précisément et, alors qu’il suggère la continuité, l’employer pour désigner un ensemble discontinu ? Ce phénomène est curieusement contemporain de la vogue de la musique dite « baroque », à l’heure où, par le biais des travaux de Jean Rousset, le grand mouvement de « reconquête » baroque gagne la France. En employant ce mot et en faisant, par son biais, confusément référence à la suite musicale baroque, ces poètes semblent suggérer qu’il offre à la poésie une manière de penser la forme qui se démarque du développement rhétorique classique et contribue à mettre en question le romantisme et ses valeurs, afin d’entériner la mort de Wagner et l’utopie de la Totalité organique. La teneur esthétique et idéologique des enjeux sous-jacents à ces réactualisations du baroque, également perceptible dans certains discours musicologiques, supposés neutres, sur le XVIIe siècle, prolonge ce qui s’observe dans la musique du début du XXe siècle, lors des divers « retours à la suite » de part et d’autre du Rhin.

La thèse invite ainsi à considérer l’emploi du mot « suite » comme un symptôme permettant d’analyser, dans les discours des musicologues et des critiques ainsi que dans la pratique des poètes et des compositeurs, l’évolution de fantasmes communs, qui apparaissent dès le début du XXe siècle. Pour ce faire, elle examine chronologiquement comment la « suite baroque » a nourri en parallèle l’imaginaire des musicologues, des musiciens et des poètes au fil du XXe siècle et a engendré des représentations variées, souvent contradictoires, où peuvent se lire les obsessions esthétiques et idéologiques de leur temps. La pratique de la discontinuité a en effet été l’objet d’interprétations diverses, comprise aussi bien comme l’expression d’un monde en ruine et d’un lyrisme en crise que comme une image de libération et de vie. En déployant l’histoire des projections fantasmatiques dont le mot « suite » a servi d’écran au fil du XXe siècle, et en montrant comment les artistes se sont rêvés des doubles pour échapper à leurs propres hantises, l’étude débusque un certain nombre d’approximations développées, notamment en France et en Allemagne, autour de la notion de suite baroque, et fait apparaître, au-delà des enjeux politiques et idéologiques, une remise en question de la linéarité qui caractérise aussi bien la notion de développement que la rhétorique classique de la continuité.

 

Travaux
Direction d’ouvrage :

Le modèle végétal dans l’imaginaire contemporain (littérature, philosophie, musique, arts plastiques), en collaboration avec Inès Cazalas, actes du colloque organisé sous l’égide de l’UFR des Arts et de l’UFR des Lettres, à Université Marc Bloch de Strasbourg les 9, 10 et 11 mai 2007, actes à paraître aux Presses Universitaires de Strasbourg en 2011.

Sélection d’articles :

« De l’ostinato au pastiche : approche comparée du comique de répétition en poésie et musique au XXe siècle », Etudes Littéraires (numéro consacré au comique de répétition coordonné par Y.-M. Tran-Gervat), Laval, 2007, pp. 71-86.

« C’est encore du roman ça. Fonctions des citations schumanniennes dans Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler », Musique et Roman (dir. Aude Locatelli et Yves Landerouin), Editions Le Manuscrit, 2008, pp. 153-169.

« Nervure, rameau, bouture : vers une esthétique de la fourche (à propos d’H. Dutilleux, G. Titus-Carmel et P. Celan) », Le modèle végétal dans l’imaginaire contemporain (dir. Inès Cazalas et Marik Froidefond), actes des journées d’études organisées les 9-11 mai 2007 à l’Université de Strasbourg, Presses de l’Université de Strasbourg, à paraître en 2011.

« Jouve, musicographe de Berg : vers un “discours infiniment tu” », Dire la musique : à la limite… (dir. Isabelle Soraru et Stéphane Roth), actes du colloque organisé les 22-24 novembre 2007 à l’Université de Strasbourg, à paraître en 2011.

«  Entre “deux bouchées de silence” : esquisse d’une poétique à bouche fermée chez quelques poètes et compositeurs au XXe siècle (P. Celan, A. Emaz, P. Boulez, P. Dusapin) », Ecriture et silence au XXe siècle (dir. Yves-Michel Ergal et Michèle Finck), Presses Universitaires de Strasbourg, 2010, pp. 243-258.

« Ecrire une “suite” en poésie et musique au XXe siècle : modèle, alibi ou fantasme ? », Genres littéraires et formes musicales (dir. Eric Lysoe), actes du colloque organisé à l’Université de Clermont-Ferrand les 26-28 novembre 2009, à paraître.

« Commentaires sur la place des études de prosodie dans la recherche musico-littéraire » (en collaboration avec Michel Gribenski), La recherche musico-littéraire : bilans et perspectives (dir. Emmanuel Reibel, Timothée Picard et Béatrice Didier), actes des Rencontres littéraires et musicales organisées à l’Université Paris Ouest Nanterre et à l’ENS d’Ulm les 21-22 mars 2009, Littérature et musique, URL : www.fabula.org/colloques/document1258.php.

« À quelle condition l’“hypothétique solidarité” entre les arts est-elle encore pensable ? », Littérature comparée et esthétique(s) », actes du XXXVIe Congrès de la SFLGC organisé à Aix-en-Provence les 29-31 octobre 2009, à paraître en juin 2011.

« Nouvelle postérité théorique de Baudelaire. L’exemple des “correspondances” entre “L’Eté de nuit » de Bonnefoy et Tout un monde lointain de Dutilleux » (en cours), Littérature comparée et correspondance des arts, colloque organisé par Yves-Michel Ergal et Michèle Finck à l’Université de Strasbourg les 24 et 25 mars 2011, à paraître.

« Philippe Jaccottet listens Purcell », Revue française de Civilisation britannique (numéro consacré à « Musique, Nation et Identité : la Renaissance de la Musique anglaise, formes et conditions » coordonné par G. Couderc et J-F. Héberlé), à paraître en septembre 2011.

Claire Gheerardyn

La Statue dans la ville. Littératures européennes, russes et américaine à la rencontre des monuments  (XIXe-XXIe siècles),  thèse de doctorat de littérature comparée, sous la direction du Prof. Guy Ducrey, soutenue le 13 novembre 2015

Jury:

Prof. Michèle Finck, université de Strasbourg, littérature comparée
Prof. Anne Tomiche, université de Paris-Sorbonne (Paris 4), littérature comparée
Prof. Jean-Yves Masson, université de Paris-Sorbonne (Paris 4), littérature comparée
Prof. Michel Murat, université de Paris-Sorbonne (Paris 4), littérature française
Prof. Guy Ducrey, université de Strasbourg, littérature comparée, directeur de la thèse

Alice Godfroy

Écrire, danser: prendre corps et langue. Étude pour une dansité de l’écriture poétique, sous la codirection de Mme le Professeur Michèle Finck, thèse soutenue le 27 avril 2013. Jury:

M. Jean Clam, Chercheur au Centre National de la Recherche Scientifique
M. Guy Ducrey, Professeur à l’Université de Strasbourg
Mme Michèle FINCK, Professeure à l'Université de Strasbourg
Mme Évelyne Grossman, Professeure à l’Université Paris Diderot - Paris VII
Mme Patricia Kuypers, Chorégraphe, danseuse, chercheuse en danse
M. Laurent Van Eynde, Professeur à l’Université Saint-Louis - Bruxelles

 

Si la danse a connu son heure de gloire littéraire à la charnière 1900, ayant été élue comme modèle tutélaire de la pensée (Nietzsche) et de la poésie (Mallarmé, Valéry, Rilke,…), elle n’a retenu depuis la seconde moitié du xxe siècle que le silence des poètes. Cette étude repose sur l’intuition que la correspondance entre les arts poétique et chorégraphique n’est pas devenue muette, mais au contraire prolixe dans le croisement implicite de leurs enjeux respectifs. Où le corps dansant et le corps écrivant se rejoignent-ils et échangent-ils leur substance ? Le premier temps de cette réflexion s’efforcera de rechercher le juste pli de part et d’autre duquel la danse et la poésie ourdissent un dialogue commun – pli qui s’explique, s’implique, puis se complique, selon que l’on considère la danse comme un modèle explicite, la danse comme un paradigme implicite, ou encore la dansité comme une modalité virtuelle d’écriture. Le corpus à l’étude, composé principalement des œuvres d’Henri Michaux, Paul Celan, André du Bouchet et Bernard Noël, nous aidera à élaborer ensuite un abécédaire des coïncidences élémentaires à partir des schèmes fondamentaux que travaillent et le corps du danseur et la main du poète. Ce glossaire analogique ouvrira enfin sur une grammaire dynamique des concordances intermodales qui fera battre dans le mouvement de leur propre ressourcement, et à partir des modalités communes du suspens, de l’abîme, du nulle part et de l’oubli, les gestes chorégraphique et poétique.

 

Articles parus :

~ « Le silence et la danse au xxe siècle : d’un désaccord avec la musique à la musicalité des corps », dans Ecritures et silence au xxe siècle, textes réunis par Yves-Michel Ergal et Michèle Finck, Strasbourg, Presses Universitaires de Strasbourg, 2010, p. 309-336.

~ « Le chant du signe en poésie : de la représentation à la présence en acte. Pratiques de la torsion chez Henri Michaux, André du Bouchet et Bernard Noël », dans Représenter à l’époque contemporaine (pratiques littéraires, artistiques et philosophiques), sous la dir. d’Isabelle Ost, Pierre Piret et Laurent Van Eynde, Bruxelles, publications des facultés universitaires Saint-Louis (129), 2010, p. 277-305.

 

Articles en cours de publication :

~ « L’Arbre et la Danse : histoire d’une greffe épineuse entre image de la réception et réalité du corps dansant », en cours de publication aux éditions de l'ENS de Lyon (collection "Arts"). Actes des journées de recherche intitulées « Le modèle végétal dans l’imaginaire contemporain » et organisées à l’université Marc Bloch de Strasbourg par Inès Cazalas et Marik Froidefond (mai 2007).

~ « Les démêlés de Médée, ou les avatars chorégraphiques d’un mythe au xxe siècle », sur la voie d’une publication. Actes du colloque international « Présence de la danse dans l’Antiquité, présence de l’Antiquité dans la danse », organisé par le CELIS à l’université de Clermont-Ferrand (11-13 décembre 2008).

– « De la nécessité d’une correspondance entres les arts : la danse révélatrice », sur la voie d’une publication. Actes du colloque « Littérature comparée et correspondance des arts », organisé par Yves-Michel Ergal et Michèle Finck à l’université de Strasbourg (24-25 mars 2011)

Claire Habig

MOUVEMENT ET MUSIQUE, PARTANCE ET PARTITION DANS LES OEUVRES DE JACQUES RÉDA, GUY GOFFETTE ET

JEAN-MICHEL MAULPOIX, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Michèle Finck

Jury:

Mme FINCK Michèle Professeur, université de Strasbourg

RAPPORTEURS :

Mme DUPOUY Christine Professeur, université de Tours

M. COLLOT Michel Professeur émérite, université Sorbonne Nouvelle – Paris III

AUTRES MEMBRES DU JURY :

M. WERLY Patrick Maître de conférences habilité à diriger des recherches, université

de Strasbourg

La soutenance a eu lieu le 14 juin 2016 à 9h en salle 409. Elle était publique

 

 

Thèse de doctorat sous la direction du Professeur Michèle Finck, commencée en automne 2012.

Deux pôles antithétiques apparaissent chez plusieurs poètes contemporains : partir et rester. Au désir de départ, aux voyages, à l’envol, à la nomadie et au franchissement des frontières s’opposent le fait de rester, l’enfermement, la pesanteur, la chute, l’enlisement et l’immobilité qui forcent à rester. L’espace fait l’objet d’un traitement très intéressant dans la mesure où le poète cherche à s’en rendre maître en le décrivant comme un décor ou en y évoluant de manière concertée, tout en reconnaissant qu’il est toujours en quête d’un ailleurs qui lui reste hors d’accès. La musicalité du voyage tente de se faire mot de passe pour franchir les frontières, à moins qu’elle ne soit celle du moyen de transport, comme le « tacatam blues » du train chez Guy Goffette. Mais la musicalité est aussi la mélodie grinçante du poète encalminé, ou au contraire la berceuse apaisante qui le console de rester. Finalement, au-delà de l’opposition entre partir et rester, c’est la notion de « partance » qu’il faut analyser. Etat d’esprit d’êtres toujours disposés à partir mais qui savent qu’il leur est impossible d’atteindre la terre promise, c’est l’écriture poétique qui constitue pour eux le véritable voyage. Ces thèmes apparaissent avec l’avènement de ce qu’Octavio Paz appelle « l’ère de la modernité ». Il s’agira donc de voir comment l’articulation du mouvement et de la musicalité chez Jacques Réda, Guy Goffette et Jean-Michel Maulpoix s’inscrit dans la filiation des poètes de la fin du 19ème siècle. En effet, le constant tiraillement entre partir et rester affleure déjà chez Baudelaire, Verlaine et Rimbaud et se déploie pleinement dans la poésie contemporaine.

Mokthar Issaiyan

Les Poètes iraniens du XXe siècle devant la littérature française

Sujet déposé en 2005, sous la direction du Prof. Guy Ducrey. Soutenu le lundi 3 novembre 2014 à 14h, salle Portique 409.

Jury: Prof. Christophe Balaÿ, INALCO; Prof. Stéphane Sawas, INALCO; Prof. Gilles Delouche (INALCO), Prof. Hussein Esmaili-Eivanaki (Université de Strasbourg), Prod. Guy Ducrey (Université de Strasbourg, directeur de la thèse)

Résumé

Cette thèse examine la manière dont les poètes iraniens du XXe siècle ont reçu la littérature française et le rôle que celle-ci a joué, d'une part, dans le processus de modernisation de la poésie persane et, d'autre part, dans l'émergence d'une nouvelle poétique. À cet égard, elle cherche à analyser et à comprendre les rapports que les auteurs iraniens ont entretenus avec les œuvres littéraires françaises et comment ils ont tenté d'imprégner leurs propres productions de cette influence issue de l'Occident. Ce travail de recherche relate l'histoire d'une littérature, en quête de renouvellement, qui conduit finalement, par le biais du poète Nima, à l'avènement d'une Poésie Nouvelle (Še’r-e now). La thèse propose une lecture de cette poésie, à la lumière des œuvres françaises qui l'ont influencée, et donne des clés de compréhension de la poétique nimaïenne et de ses concepts.

Mots-clés: Nima Youshidj, Poésie Nouvelle, Iran, littérature persane, réception, poétique.

Summary :

This thesis examines the way Iranian poets of XXth century welcomed French literature and the role it played, first in the modernisation process of Persian poetry and secondly, in the emergence of a new poetics. In this regard, this thesis seeks to analyse and to understand the relationships that Iranian authors developed with French literary works and how its western influence pervaded their own productions. This research relates the story of a literature in search of renewal, which finally leads, through the poet Nima, to the rise of a New Poetry (Še’r-e now). This thesis offers a lecture of this poetry, in the light of the French works that influenced it, and gives keys to comprehend Nimaian poetics and its concepts.

Keywords: Nima Youshidj, New Poetry , Iran , Persian Literature, reception, poetics.

Bénédicte Jarrasse

Mme Bénédicte Jarrasse a soutenu le 28 novembre 2014 sa thèse de doctorat

Les Deux Corps de la danse . L'imaginaire de la danse théâtrale dans la littérature et l'iconographie européennes (1830-1870), thèse de doctorat sous la direction du Prof. Guy Ducrey

Jury: Prof. Florence Fix (Université de Lorraine, rapporteur)
Prof. Hélène Laplace-Claverie (Université de Pau, rapporteur)
Prof. Éléonore Reverzy (Université de Strasbourg)
Prof. Timothée Picard (Université de Rennes)
Prof. Guy Ducrey (Université de Strasbourg, directeur de la thèse)

 

Résumé
Aux alentours de 1830, le romantisme s'impose sur les scènes théâtrales, en France et dans toute l'Europe. Le ballet, forme secondaire au sein de la constellation des arts du spectacle, participe avec force à cette révolution esthétique. À une manière nouvelle d'envisager le spectacle fait écho une manière nouvelle de représenter le ballet  – non plus « drame muet » mais « rêve muet ».
Le ballet peine toutefois à se dire pour lui-même, dans ses spécificités, et dans cette bataille du dire, c'est la danseuse, à défaut de la danse, qui devient l'objet principal des représentations. De l'air ou de la terre, du Nord ou du Sud, la ballerine cristallise le dualisme essentiel de l'imaginaire romantique. Elle se retrouve ainsi au cœur d'une entreprise de mise en légende, qui est aussi une entreprise de légitimation - et de moralisation - de l'art chorégraphique. Des galeries théâtrales aux histoires de l'Opéra, le dire de la danse passe désormais par une mythographie.
L'enjeu ultime est dans la définition – mystique - du corps romantique de la danse. Les procédures de mythification déterminent un nouveau corps, un corps proprement décent – le corps glorieux de la danse. Ce corps métaphorique n'est pourtant que l'avers d'un autre corps – le corps terrestre de la danse. Caricatures ou parodies viennent ainsi mettre en lumière l'indécence ou le ridicule du corps dansant, source tantôt de rire  tantôt d'effroi. C'est, pour finir, dans les envers du théâtre – et de ce théâtre des théâtres qu'est l'Opéra de Paris dans la mythologie romantique - qu'advient le grand moment de la révélation  : là est dévoilé le corps de la danse au travail, corps faillible et souffrant, éternel prix à payer de la féerie.  

Mots-clés : Romantisme, Ballet, Danse, Imaginaire, Feuilleton, Récit de voyage, Galerie, Littérature panoramique, Caricature, Taglioni, Opéra de Paris, Thèses et écrits académiques


Abstract
Around 1830, Romanticism prevails on theatre stages in France and throughout Europe. While it remains a secondary art form at the time in the constellation of performing arts, ballet plays an important part in this aesthetic revolution. The new perspective on performance as a whole leads to a new perception of ballet, no longer seen as a « silent drama » but as a « silent dream ».
However, ballet struggles to assert its specificity in these new circumstances. In the battle of words that unfolds, the ballerina, rather than the ballet, becomes the main focus onstage. The ballerina cristallizes the duality that is key to the Romantic vision, whether it be air and earth or north and south. She thus finds herself at the heart of a campaign to elevate her to the status of legend, which is also a way for ballet to gain recognition and change its reputation as an immoral art form. From « galeries théâtrales » to Opera stories, the narrative of ballet, from this point onwards, has to rely on a mythography.
What is ultimately at stake is the mystical definition of the Romantic dancing body. The mythologizing process creates a new body, a chaste body - the glorious dancing body. However, this metaphorical body is but the antithesis of another one: the earthy dancing body. Caricatures or parodies portray it as indecent or ridiculous, provoking in turn laughter or fear. Finally, it is backstage at the Paris Opera - the most illustrious and important theatre in Romantic mythology - that the revelation comes: suddenly the dancing body is unveiled at work, frail and in pain, forever the price to pay for enchantment.

Key-words : Romanticism, Ballet, Dance, Imaginary, Feuilleton, Travel Literature, Galerie, Panoramic Literature, Caricature, Taglioni, Paris Opera, Thesis and Academic writings

Article  publié:

« Les Beautés de l'Opéra : de la féerie chorégraphique au merveilleux littéraire », Gautier et les arts de la danse, Bulletin de la Société Théophile Gautier, n°31, année 2009.

Mathieu Jung

M. Mathieu Jung a soutenu sa thèse de doctorat intitulée

James Joyce, Raymond Roussel: modalités du lisible

le vendredi 19 décembre 2014 à 14h, bâtiment Nouveau Patio, salle des thèses

Jury:

Prof. Evelyne Grossman, Université Denis Diderot, Paris 7
Prof. Tiphaine Samoyault, Université Sorbonne-Nouvelle
M. Yves-Michel Ergal, Maître de conférences à l'université de Strasbourg, Habilité à diriger des recherches
Prof. Pascal Dethurens, Université de Strasbourg, Directeur de la thèse

 

Comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. Encore que nous ne saurions déterminer qui de James Joyce ou de Raymond Roussel est la machine à coudre, qui le parapluie. Les voici en tous cas sur la table de dissection. Il ne sera pas question de scalpel pour autant. Parti pris méthodique : nous ne souhaitons aucunement disséquer, de peur d’attenter au vif d’œuvres qui, de longue date, nous ont impressionné et maintenu dans une veille de tous les instants.

Retenons néanmoins le caractère fortuit de cette rencontre que nous plaçons, comme toute rencontre véritable, sous le signe du hasard objectif. Rencontre fortuite, sinon impossible. L’anecdote biographique est parlante : lorsque, sans un sou vaillant en poche et un grand livre à terminer, Joyce s’installe avec Nora, Giorgio et Lucia à Paris au début du mois de juillet 1920, Roussel vient tout juste de quitter la capitale pour un tour du monde, et ce richissime célibataire dont le plus gros de l’œuvre est déjà derrière lui n’a emporté qu’une simple valise. Joyce, Roussel : écrivains aux trajectoires que tout oppose. Notre étude se veut un essai de littérature contrastive posant la question lancinante de la comparaison des incomparables. L’alliance des contraires de Giordano Bruno, si chère à Joyce, nous y encourage aussi vivement que le théâtre des Incomparables chez Roussel.

Le jour et la nuit. Soleil de Roussel, langue nocturne de Joyce. Froideur de Roussel, chaleur de l’excrémentiel Joyce. Diamant froid et clair de Locus Solus, sombre chaleur des viscères de Shem la Plume. Tout semble dit là. Mais c’est, du même coup, manquer la profondeur et la surface de nos auteurs. Le père d’Alice n’est jamais loin. On pense à la bourse de Fortunatus dans Sylvie and Bruno, dont l’envers est dans la continuité de l’endroit, laquelle contient le monde. Dedans et dehors, l’envers et l’endroit, le poème et le monde, surface et profondeur, le haut et le bas, le chaud et le froid, vision et cécité, clarté et obscurité, la vie et la mort, le pur et l’impur, le visible et l’invisible, le lisible et l’illisible ne s’opposent pas dans l’espace qui est le nôtre. Nous nous refusons à trancher dans le vif. De crainte de rencontrer un os. Pas de scalpel, nous l’avons dit. Mais la quête d’un point sublime.

On aimerait que la vérité soit médiane, accessible et de notre monde – peu risquée, en somme. Donner foi à ce type de compromis serait se refuser à l’expérience d’œuvres-limites qui en appellent en premier lieu à un regard. Regardons de tous nos yeux. Ce que cache obstinément Roussel qui nous donne tant à voir, Joyce l’expose éhontément à la vue du monde. Comme si les calembours matriciels et souterrains des romans de Roussel étaient du même tissu que les vocables hybridés du Wake. Machine célibataire contre machine désirante. Comme si l’amour qui doit être tu chez Roussel se trouvait crûment exhibé par Joyce.

Que n’a-t-on dit sur l’obscénité du monologue de Molly. Ezra Pound lui-même s’effarouchait du vocabulaire employé par Joyce dans Ulysses, et renonça à soutenir l’auteur du Wake. La machine de Joyce s’est emballée. Elle va trop loin, lancée à toute allure sur des voies qui ne mènent nulle part. Aussi loin, semble-t-il, que les rails en mou de veau de Roussel le lui permettront. Car Roussel lui aussi exagère, à la grande joie de Breton, Desnos, Eluard et quelques autres. Sans doute que le malentendu autour de ses livres n’est pas dissipé encore. Faute de mieux, Roussel l’intempestif l’a prédit, l’œuvre-obus ne peut s’offrir que sous la forme d’une bombe à retardement. Elle est justement en train d’éclater.

Il n’y a rien d’incompréhensible, dit Lautréamont. Nous estimons que les livres de Joyce et de Roussel sont précisément des meules sur lesquelles affuter cette sentence.

 

Beau comme, disions-nous.

 

Publications

 

Recension de Guy Bordin, Renaud de Putter, Vies de Charlotte Dufrène, à l’ombre de Raymond Roussel et de Michel Leiris (Les Impressions Nouvelles, 2016), Europe, avril 2017.

 

« Joyce, Roussel, Perec, Michon : éléments pour une constellation », Proust et le livre à venir, Revue d’études proustiennes n° 6, Luc Fraisse éd., 2017.

 

« ‘‘Regarde de tous tes yeux, regarde !’’ : sur la vue de ma mère », Raymond Roussel 6 : Raymond Roussel et la psychanalyse, Sjef Houppermans éd., Classiques Garnier, collection « Lettres Modernes Minard », 2017.

 

« Jean-Paul Klée : ‘‘Roi du Rhin’’ », Les Voyageurs du Rhin, Nikol Dziub éd., Presses universitaires de Reims, article critique et édition d’un poème de J.-P. Klée), 2016, pp. 305-324.

 

« Raymond Roussel, James Joyce : l’envers et l’endroit (lieu imaginaire, lieu réel) »,  Raymond Roussel 5 : Raymond Roussel orfèvre de la langue, Christelle Regiani, Olivier Reig, Hermes Salceda  éd., Classiques Garnier, coll. « Lettres Modernes Minard », 2016, pp. 111-130.

 

« ‘‘In the languo of flows’’ : Joyce au sésame de Verlaine », Revue Verlaine n° 13, Arnaud Bernadet, Solenn Dupas,  Yann Frémy, éd., Classiques Garnier, 2015, pp. 269-286.

 

« James Joyce, Raymond Roussel : ‘‘extremes meet” », Boucle et répétition. Musique, littérature, arts visuels,  Silvio Belloi,  Michel Delville, Christophe Levaux, Christophe Pirenne éd., Presses Universitaires de Liège, coll. « clinamen », 2015, pp. 15-28.

 

« Raymond Roussel / Michel Foucault : quelques silences autour de ‘‘quelques étés’’ », Ne pas dire. Pour une étude du non-dit dans la littérature et la culture européennes, Peter Schnyder, Frédérique Toudoire-Surlapierre éd., Classiques Garnier, coll. « rencontres », 2012, p. 109-122.

 

« Place du commentaire chez James Joyce et Raymond Roussel », Actes du colloque doctoral « Subjectivité et relativisme de l’écrivain aux XXe et XXIe siècles », Shuko Tanaka éd., Configuration Littéraires, Strasbourg, 2012, pp. 79-89.

 

Communications

 « Jacques a dit … », conférence consacrée à Jacques Lacan et à James Joyce, 1er mars 2017 (séminaire de l’Amicale de philosophie de Strasbourg).

 

« Lire “La Vue” de Raymond Roussel », conférence donnée dans le cadre du colloque La miniature, un dispositif artistique et un modèle épistémologique, Isabelle Roussel-Gillet, Évelyne Thoizet  org., Université d’Artois, Arras, 27 janvier 2017 (actes en cours de parution).

 

« Folie sur le Grand Océan », conférence consacrée à Jules Hermann, en ouverture aux séminaires des Tisserands, groupe affilié à l’Europe des Lettres (EA 1337), Amelia Costa Da Silva, Fiona Hosti org., Strasbourg, 22 novembre 2016.

 

« Joë Bousquet ou la vitesse », colloque international Vertiges de la vitesse (ILLE EA 463), Peter Schnyder, Frédérique Toudoire-Surlapierre org., Université de Haute-Alsace, Mulhouse, 19 mars 2015 (actes en cours de parution).

 

« Ulysse de Joyce : tentative de spectrographie », conférence donnée dans le cadre du séminaire interdisciplinaire Voir des fantômes, Francesco D’Antonio, Emmanuelle Sempère, Catherine Schneider org., Strasbourg, 7 novembre 2014.

 

« Raymond Roussel : catastrophe et mélancolie », conférence donnée dans le cadre de la Deuxième Journée Doctorale des Humanités (EDH 520), Strasbourg, 6 juin 2013.

 

« L’imaginaire des machines (Raymond Roussel, James Joyce) », conférence inaugurale du cycle 2012-2013 de l’Europe des Lettres, Strasbourg, 11 octobre 2012.

 

« Lire, voir et entendre Georges Perec », conférence donnée dans le cadre des cours d’été de l’IIEF (Institut International d’Études Françaises), Strasbourg, 24 juillet 2012.

 

« All the Rest is the Speculation of Schoolboys for Schoolboys, aspects de la spéculation dans l’Ulysse de James Joyce », conférence donnée dans le cadre de la Deuxième Journée Doctorale des Humanités (EDH520) consacrée à la spéculation, Strasbourg, 1er juin 2012.

 

« Raymond Roussel, James Joyce : de la boucle à la spirale », conférence donnée au CIPA (Centre Interdisciplinaire de Poétique Appliquée) de Liège, à l’occasion du colloque international « boucle et répétition », Livio Belloi, Michel Delville org., 4 mars 2011.

 

Sarah Katrib

Le désir créateur et la dynamique de la création dans les œuvres de Romain Rolland, D.H. Lawrence et Hermann Hesse, thèse de doctorat sous la direction du Prof. P. Dethurens, sujet déposé en septembre 2008, thèse soutenue le 19 décembre 2013.

 

L’objet de cette thèse est de comprendre quelles valeurs et fonctions à la fois sociales et existentielles les auteurs attribuent à la création artistique : dans les quatre romans étudiés – Le jeu des perles de verre de H. Hesse, Jean-Christophe de R. Rolland, L’Arc-en-ciel et Femmes amoureuses de D.H. Lawrence, la création apparaît comme le moyen privilégié de résister à la mécanisation de la société industrielle et au désenchantement moderne, bien plus, elle vise à repenser les fondements du monde occidental. Un rôle civilisateur et régénérateur est attribué à l’art, selon différentes modalités nourries par les lectures des écrits de Nietzsche, E. Mach ou encore Tolstoï et Freud. Cela conduit à aborder leurs conceptions du sujet et de l’identité de l’artiste : pour les trois auteurs, la création permet de concilier harmonieusement le singulier et l’universel, et l’artiste incarne volontiers une forme de philosophe, de héros, ou de prophète, ayant un rapport ambivalent à la communauté. Sur le plan formel, la dimension utopique de ces romans qui imaginent une forme de renaissance de la société européenne, repose sur la coexistence de réflexions théoriques sur la politique, l’éthique, l’esthétique et de passages poétiques. Chez Hesse, Rolland et Lawrence, l’élan créateur se nourrit d’une méfiance à l’égard du langage et de la connaissance rationnelle : cela donne lieu à une écriture qui accorde le primat à l’expérience et à la sensation. Pour ce faire, ces romans empruntent des procédés d’écriture et de composition à la musique et à la peinture, tout en laissant également la part belle aux dialogues qui mettent en œuvre des développements conceptuels. Cette alternance semble traduire une discordance entre une pensée langagière et une manière plus intuitive et immédiate d’être au monde ; mais le roman, en intégrant des raisonnements à la fiction, ne fixe pas d’interprétation. Il critique le dogmatisme et valorise une pensée dynamique et constamment liée à l’expérience.

Catherine Kern-Oudot

L'Écriture d'un monde sonore dans les oeuvres d'I. Calvino, J. M. G. Le Clézio et A. Baricco, thèse de doctorat de littérature comparée soutenue en 2009 sous la direction du Prof. Michèle Finck

Pour une présentation de la thèse et une liste des publications, voir la rubrique «Enseignants-chercheurs et publications» ou cliquer ici

Cidgem Kurt

Réécrire Molière en Turquie à l’Âge des réformes (seconde moitié du XIXe siècle)

thèse de doctorat sous la direction du Professeur Guy Ducrey (Université de Strasbourg, Institut de littérature comparée) et de Mme Ayse Banu Karadag, Université technique Yildiz, Istanbul, commencée en octobre 2010 et soutenue à Istanbul le 8 mai 2015.

Jury:

Mme Ayse Banu Karadag, Université technique de Yildiz, Directrice de la thèse
Prof. Füsun Ataseven, Université technique de Yildiz
Prof. Nedret Oztokat, Université d'Istanbul
Prof. Isabelle Moindrot, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
M. Patrick Werly, Université de Strasbourg
Prof. Guy Ducrey, Université de Strasbourg, Directeur de la thèse

Les comédies de Molière devinrent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, une source féconde pour les Ottomans qui cherchaient à renouveler les arts dramatiques populaires et à créer ainsi un nouveau théâtre national. Deux grands vecteurs de la transmission à l’étranger du répertoire français au XIXe siècle (les pièces qui voyagent dans leur langue originale et les traductions et autres adaptations des pièces françaises en vogue) constituent les deux grands axes de ce travail qui poursuit le but d’analyser dans sa globalité et sa complexité la transmission du théâtre moliéresque dans l’Empire ottoman à l’Âge des réformes. Ce travail se propose de réécrire sous un nouvel angle l’histoire de la modernité théâtrale turque, des changements que subirent les arts du spectacle populaires face à la popularité grandissante du théâtre moliéresque dans la capitale ottomane, des grandes tournées dramatiques des vedettes françaises dans une Constantinople très vivante et cosmopolite, et enfin des conflits et des compromis entre les hommes de théâtre ottomans et français.

 Mots-clés : Molière, théâtre ottoman-turc, traduction, réécriture, tournée dramatique, littérature comparée.

In the second half of the nineteenth century, Molière's comedies were seen as a fertile source of material for Ottoman playwrights eager to bring new ideas to the popular dramatic arts and to create a new form of national theater. There were two primary ways that French theater was transmitted to the theater-going public: Some plays were translated and adapted into local languages using French themes and stories, and other plays were performed directly in the original French. These two different modes through which Molière influenced nineteenth century Ottoman theater form the dominant two axes of this dissertation. This dissertation proposes to write a new perspective on the history of modern Turkish theater, to show how the growing popularity of Molière changed the themes and style of popular Ottoman theater, to show the effect of French stars coming to what was a lively and cosmopolitan Istanbul, and finally how the conflicts and similarities between Ottoman and French theater were reconciled with one another.

 Keywords: Molière, Ottoman-Turkish theater, translation, rewriting, tours, comparative literature.

Université technique Yildiz, Istanbul, le 8 mai 2015. De droite à gauche: M. Werly, Prof. Moindrot, Prof. Ataseven, Mme Cigdem Kurt Williams (lauréate), Mme Karadag (directrice de la thèse), Prof. Oztokat, Prof. Ducrey (co-directeur). On peut (si l'on veut) cliquer sur l'image pour l'agrandir

Natacha Lafond

Pour un lyrisme baroque: Jouve, Bonnefoy, Jaccottet, Stétié. Thèse de doctorat sous la direction du Prof. Michèle Finck, 2005.

Natacha Lafont, Salah Stétié, archer lyrique, Hermann, 2016

Cliquez sur la couverture pour l'agrandir et lire la présentation

Natacha Lafond, ancienne élève de l'Ecole normale supérieure de Fontenay et de Lyon II, docteur ès lettres de l'université de Strasbourg (Prof. Michèle Finck dir., 2005), est rattachée à l'équipe d'accueil ILLE de l'Université de Haute-Alsace à Mulhouse: http://www.ille.uha.fr/Membres/cv_lafond

Isabelle Lebrat

Philippe Jaccottet: une poétique de la voix, thèse soutenue en  2001 sous la direction du Prof. Michèle Finck. Thèse publiée en 2002 sous le titre Philippe Jaccottet. Tous feux éteints (éditions Bibliophane).

Nicholas Manning

La hantise de la rhétorique ou la quête d'un langage « vrai » : problèmes et paradoxes autour de l’exigence de sincérité dans la poésie moderne, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Michèle Finck, soutenue le 5 décembre 2009. La thèse est à paraître chez Honoré Champion, Collection Bibliothèque de littérature générale et comparée en 2011, sous le titre : Rhétorique de la sincérité. La poésie moderne en quête d’un langage vrai.

Cette étude entreprend la relecture et la réévaluation intégrale d’un critère crucial dans les poétiques européenne et américaine modernes : celui de la sincérité. Il s’agit d’explorer les dangers sociologiques, les apories esthétiques et les incohérences historiographiques des visions traditionnelles de la sincérité, et de montrer ainsi comment elles perpétuent le mythe de la transparence communicative du poème, d’un langage poétique libre de toute convention.

La critique moderne fonde une conception de la sincérité qui prétend échapper à la dénomination et à la domination langagières, bien qu’elle ne puisse être que l’effet du langage. Cette catégorie communément admise d’une sincérité que l’on qualifiera d’expressive est ici remise en cause. En effet, ses définitions traditionnelles en poésie ne correspondent pas aux usages extraordinairement complexes qu’en font les poètes modernes. Loin de se borner au rapport de l’auteur au lecteur, ou de l’auteur au texte, loin de les concevoir comme des entités préexistantes en soi, ils les font entrer dans le jeu des paradoxes de la notion, ils montrent comment, au fil de différentes visions de la sincérité elle-même, elles se forment et se déforment.

L’étude propose alors une lecture novatrice de la poétique de Stéphane Mallarmé, comme première tentative moderne d’échapper à l’hégémonie axiologique de la sincérité dite expressive. De là, Paul Celan, W. H. Auden, Philippe Jaccottet, Louis Zukofsky, Yves Bonnefoy élaborent de nouvelles formes de sincérité poétique, perceptive, historique, ou encore paradoxale, moins attachées à l’exigence communicative.

Lire la sincérité poétique à travers les révolutions rhétoriques modernes, c’est donc enlever au sincère son statut transcendant et extra-littéraire. C’est affirmer que toute théorie ou praxis qui se fonde sur cette notion, loin de viser au « dépassement » du langage, constitue au contraire l’une des réflexions les plus proprement langagières qui soit. Une fois écartés les modèles antérieurs, bien trop réducteurs, la sincérité poétique apparaît elle aussi comme une technique du langage. Non seulement elle s’inscrit dans le catalogue possible des procédés esthétiques, mais elle va jusqu’à constituer une véritable figure rhétorique.

Sélection d'articles:

1. « Le poète dit “tous les poètes sont menteurs” : le paradoxe du menteur dans la poétique européenne d’après 1950 », in Kate Averis et Matthew Moran (dir.), Le Mensonge : Multidisciplinary Perspectives in French Studies, Cambridge, Cambridge Scholars Press, 2011, p. 81-101.

2. « La place du divin dans la poétique moderne : le reproche de Philippe Jaccottet adressé à   Friedrich  Hölderlin », Communication, Lettres et Sciences du Langage (CLSL), Université de Sherbrooke, vol. 2 n˚ 1 printemps, 2008.

3. « La Ville onirique : entre universel et particulier dans les paysages de l’Obscurité », in Pierre Jourde, Catherine Langle et Dominique Massonnaud (dir.), Présence de Jaccottet, Paris, Éditions Kimé, 2007, p. 149-164.

4. « Each evening he would write/ what had happened to him’ : formality and occasionality in the poems of Mark Young », Jacket Magazine, n˚ 36, 2007.

5.     « “To write poems is not enough if they do not keep the life that has gone” : a Zukofskian biography between Erlebnis and Ereignis », Jacket Magazine, n˚ 35, 2007.

6.     « Tom Beckett, Unprotected Texts : Selected Poems 1978-2006 », Galatea Resurrects : a Poetry    Engagement, n˚ 4, 2007.

7.     « On Marie Borel », Verse : French Poetry and Poetics, vol. 24, n˚ 1-3, University of Richmond, 2007,

p. 212-226.

8.     « Eileen Tabios : The Light Sang As It Left Your Eyes », Cordite Magazine, n˚ 26, 2007.

9.  « Edward Foster, New and Selected Poems », Verse, vol. 23, University of Richmond, 2006.

10.  « Jean-Michel Espitallier: Oulipean Perspectives », Cordite Magazine, n˚ 32, 2006.

11.  « Contemporary Poetry In Paris », Fascicle Magazine, n˚ 2, 2005-2006.

Estelle Mauranne

Les Mythes de la connaissance : Prométhée, le Diable, Merlin et Faust, thèse sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, thèse soutenue en décembre 2008, à l'Université de Strasbourg.

La Connaissance n'est-elle qu'un privilège divin, un absolu inaccessible, interdit à l'homme ? Cette question, qui est celle des limites de la connaissance, est intrinsèquement liée à celle des limites de la condition humaine. Elle est mise en scène, transmise et adaptée par les nombreuses réécritures des mythes de Prométhée, du Diable, de Merlin et de Faust. Les poèmes hésiodiques, la Bible, l'Historia Regum Britanniae, le Faustbuch, premières références écrites de ces mythes, ouvrent la recherche sur un vaste corpus qui permet d'observer la permanence et les métamorphoses de ces récits jusqu'au XXe siècle.

Doués d'une plasticité remarquable, les mythes de Prométhée, du Diable, de Merlin et de Faust parviennent à traverser les siècles grâce à une structure faite de cinq motifs : la solitude, la connaissance, la création, le châtiment ou la rédemption. Ces éléments, dérivés des mythèmes, forment un système ou plutôt un outil permettant d'interroger l'objet fondamental de cette quête étonnante qu'est la recherche de la connaissance.

Après avoir recensé les champs et théories de la connaissance, puis établi le portrait de Prométhée, du Diable, de Merlin et de Faust, cette thèse pose la question du désir, cherche son objet et aussi ses modèles obstacles. L'étude approfondie des qualités de l'univers, de la nature, des dieux, de Dieu permet de poser un objet unique à la recherche de la connaissance et invite à une réflexion sur la coïncidentia oppositorum, l'harmonie et la création.

Marco Nuti

Ouvrages

1) Marco NUTI, Il sacro, l'osceno, il diverso. Scritture della devianza
nel Novecento europeo, Firenze, Clinamen Edizioni, 2007, pp.151 ISBN
978-88-8410 -110-5

2) Marco NUTI, Et in Pictura fabulator: Paul Cézanne et le dialogue
créateur entre littérature, peinture et philosophie de Balzac à Maldiney,
Bari-Paris, Schena editore – Collana Cultura Straniera, 2008, pp.250.

3) Marco NUTI,  De Combray à Venise: archéologies imaginaires chez Proust,
Roma, Aracne Edizioni, 2008, pp.160

4) Marco NUTI, Au pays des mots: Francio Ponge et l’inaperçu du Réel ,
Milano, LED edizioni, 2009, pp.104

5) Marco NUTI, Écrivains inspirés par Paul Cézanne: de Rainer Maria Rilke
à Virginia Woolf, Paris, L’Harmattan, 2009, pp.269

6) Marco NUTI, Metamorfosi del sogno: fantasmagorie e deliri onirici in
Maupassant, Proust, Baudelaire, Breton e Michaux, Bari-Paris, Schena
editore 2009, pp.112

7) Marco NUTI,  Dino Campana e Arthur RImbaud: patologie di soggetti
scheggiati, (à paraitre chez Liguori editore, Napoli, 2011)

8) Marco NUTI, Apertio Libri: tecniche divinatorie nella letteratura
europea del Novecento, (à paraitre janvier 2012 chez Cortina Editori,
Milano).

Articles


1) Marco NUTI, “Tra parola dipinta e pittura scritta: l'emblema del
ritratto nel racconto fantastico del XIX secolo”, Sincronie. Rivista
semestrale di letterature, teatro e sistemi di pensiero, Roma, Vallecchi
Editori, giugno-dicembre 2005, pp. 163-177;

2) Marco NUTI, “Balzac, Dostoevskij e l'alea del gioco”, LINGUAE . Rivista
di Lingue e Culture Moderne, LED, Università di Urbino, 2005, tomo II, pp.
77-88

3) Marco NUTI, “Da Le Père Goriot a La Peau de Chagrin: lo sguardo della
morte in Honoré de Balzac”, Il Lettore di Provincia. Testi ricerche
critica, Ravenna, Longo Editore, n.121, dicembre 2005, pp.25-43

4) Marco NUTI, “Ode all'odalisca: la vertebra del sogno ne La chambre
double di Charles Baudelaire”, Il Lettore di Provincia. Testi ricerche
critica, Ravenna, Longo Editore, n.126, aprile 2006, pp.99-111

5) Marco NUTI, “La musa moderna e il disincanto nella poesia francese di
primo Ottocento”, SOGLIE. Rivista quadrimestrale di Poesia e critica
Letteraria, Anno VIII, n.3, Pisa, dicembre 2006, pp.31-48

6) Marco NUTI, “Freud, Artaud e la logica del delirio”, Langage et
Inconscient,  n.4, Paris, Editions lambert-Lucas, juin 2006, pp.128-143

7) Marco NUTI, Trasformazioni urbane e geografie utopiche: l’immaginario
di Parigi tra cronache ottocentesche e progettualità visionaria, LINGUAE .
Rivista di Lingue e Culture Moderne, LED, Università di Urbino, 2007 tomo
I, pp. 55-67.

8) Marco NUTI, “ Pour une poétique thanatologique: la mort dansante chez
Balzac, Poe, Baudelaire”, Revue Romane, n.42, 2/2007, Copenaghen, pp.
256-270

9) Marco NUTI, “Cézanne tra Proust e Merleau-Ponty”, Parenklisis  n.3,
dicembre 2007, pp.13-24

10) Marco NUTI, “Cézanne et Balzac: l’artiste entre mythe et réalité”,
Plaisance, n.3 2007, pp.18-34

11) Marco NUTI, “Alchimies visuelles dans les contes de Théophile
Gautier”, Plaisance, n.13, 2008, pp. 99-117

12) Marco NUTI, “Fêlures de l’âme et du coeur”. Fenomenologia del lutto
nel romanticismo francese, Intersezioni, Rivista di storia delle idee, il
Mulino, Anno XXVIII, numero 1, aprile 2008, pp.63-81

13) Marco NUTI, “La shiftness du corps peint : motifs cézanniens dans la
fiction de David Herbert Lawrence,  Revue de littérature comparée, Paris,
n.2/2008.

14) Marco NUTI, “Variations sur le motifs: Paris chez Proust”,Il Confronto
Letterario, n.162, 2010, Università di Pavia, pp.78-91.

15) Marco NUTI, Hugo et Garibaldi dans la solitude de l'histoire,
«Linguae», n.2/2009, pp.14-25.

16 )Marco NUTI,  Frontières du monde, attentes du coeur: la quete de
l'eldorado dans quelques romans de migritude africains, «Otras
modernidades», Università di Milano, n.1/2009.

17) Marco NUTI, Rapsodpmanzie letterarie da Ovidio a Joyce, Ermeneutica e
Letteratura, vol II, Roma, 2010, pp.13-36.

18) Marco NUTI, Hallucinations surréalistes : vagabondages de l’Image chez
Breton et Cahun, Studi Francesi, Anno IV, fasc. I, gennaio-aprile 2011,
n.163, pp.46-60

19) Marco NUTI, Des mots en chemin: Proust et les savoirs du Hasard,
Quaderni Proustiani, n.1, fasc I, Napoli, 2011, pp.11-32

20) Marco NUTI, Proust, Kafka, James, Joyce: a claustrofobic space of
Creation, Quaderni di Letteratura Comparata, Siena,  2011, vol iii,
pp.47-69.

Nathalie Petibon

La comparaison dans les romans de Gustave Flaubert et de Robert Musil, ou le paradigme ironico-poétique (titre provisoire), sous la direction du Professeur Pascal Dethurens, thèse soutenue le samedi 10 décembre 2011, salle Hoepffner..

Depuis l’Antiquité, la figure de la comparaison souffre d’un déficit d’intérêt de la part des théoriciens, à la différence de la métaphore, particulièrement étudiée. Les œuvres romanesques de Flaubert et Musil ont en commun de présenter une grande densité de comparaisons, trait stylistique encore peu mis en avant par la critique. Loin de nous intéresser à l’influence que Flaubert a pu avoir sur Musil, nous avons plutôt choisi de confronter leurs œuvres selon cette caractéristique majeure de leur style. La visée de ce travail est ainsi d’observer, au sein de la forme romanesque, certains aspects fondamentaux de la figure de la comparaison (pouvoir, tout à la fois, d’ouverture, d’illumination, mais aussi de démultiplication, d’« ambiguïsation » et de structuration narratives), tout en déterminant les spécificités de chaque auteur. Pour ce faire, nous nous attachons en particulier à l’analyse de la tension de la comparaison entre les champs de l’ironie et de la poésie. Dès lors, nous montrons que la comparaison, véritable « paradigme ironico-poétique » à l’œuvre à différents niveaux textuels, constitue un élément essentiel de l’éthique romanesque des deux écrivains.

Articles publiés :

- « “Comme une huître rêveuse” : les autoportraits de Flaubert en animal dans sa correspondance », pp. 141-154, in Bruno Sibona (éd.), Notre animal intérieur et les théories de la créativité, L’Harmattan, 2009.

- « Présence de la musique dans L’Homme sans qualités de Robert Musil, entre répulsion et fascination », pp. 97-113, in Aude Locatelli et Yves Landerouin (dir.), Musique et Roman, Le Manuscrit, 2008.

- « Bestiaire de L’Homme sans qualités de Robert Musil », 2007, Site Internet de l’Université de Nice, URL : http://revel.unice.fr/loxias/index.html?id=1904

- « La comparaison, une virtualité fictionnelle », 2007, Site Internet de l’Université de Montpellier, URL : http://www.msh-m.fr/diffusions/rusca/rusca-langues-litteratures/Colloque-2007-Figure-et-figuration/Resumes-Abstracts/La-figuration-de-la-comparaison

 

Comptes-rendus :

- Jeanne Bem, Uwe Dethloff, Aurélie Barjonet (éd.), Nouvelles lectures de Flaubert, Recherches allemandes, Gunter Narr Verlag, Tübingen, 2006 : « Perspectives allemandes sur l’œuvre de Flaubert », Acta Fabula, Octobre 2007 (volume 8, numéro 5), URL : http://www.fabula.org/revue/document3577.php

- Didier Philippot (éd.), Flaubert, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, coll. « Mémoire de la critique », 2006 : « Paradoxes de Flaubert », Acta Fabula, Mars-Avril 2007 (volume 8, numéro 2), URL : http://www.fabula.org/revue/document2398.php

- Stéphane Gödicke, Désordres et transgressions chez Robert Musil, Presses Sorbonne nouvelle, 2006 : « Un nouveau regard sur l’œuvre de Robert Musil », Acta Fabula, Juin-Juillet 2006 (volume 7, numéro 3), URL : http://www.fabula.org/revue/document1457.php

Timothée Picard

La Littérature européenne face au défi wagnérien, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurens,  soutenue le 13 novembre 2004.
Timothée Picard est Professeur en littérature comparée à l'université de Rennes II et membre junior de l'Institut universitaire de France.

Marjolaine Piccone

L'Institut de littérature comparée et son groupe de recherches L'Europe des lettres  sont heureux de vous annoncer que

Marjolaine Piccone-Miloud a soutenu sa thèse de littérature comparée

Dialogue des Novisimos avec la modernité poétique française du 19ème siècle :
Carnero, Panero et Siles, passeurs de culture


sous la direction du Professeur Michèle Finck
le lundi 30 juin 2014 à 10 heures
salle 412 du Portique

Jury :
Yves-Michel Ergal (université de Strasbourg)
Sophie Guermes (université de Brest)
Patrick Quillier (université de Nice)
Marie-Claire Zimmermann (université de Paris-IV Sorbonne)

 

Thèse de doctorat sous la direction du Prof. Michèle Finck, commencée en septembre 2011

 

Les Novísimos sont l’ultime génération émergente de la poésie contemporaine espagnole. Ces jeunes poètes ont commencé à se donner à entendre dans les années 70, lorsque le franquisme vivait ses dernières heures et que la poésie espagnole se résumait à un cri étouffé, une poésie sclérosée par la révolte, le désespoir et la nécessité de n’être plus qu’un message dénonciateur audible par l’ensemble du peuple.

Déterminés à rompre avec cette « poésie sociale », ces poètes pourtant très différents se sont ligués autour d’une volonté commune de rénover la poésie (et le langage) en profondeur, de lui redonner ses lettres de noblesse. Sa fulgurance, sa complexité, sa beauté aussi.

Dans cette quête d’un nouveau souffle, ils se sont tournés vers les cultures européennes (françaises et anglaises notamment), profitant de l’ouverture naissante de la péninsule ibérique au reste du monde. Provocateurs mais profondément humanistes, les Novísimos ont puisé dans le dernier grand mouvement de renouveau poétique européen : la poésie française de la fin du XIXe siècle.

Ayant à l’esprit leurs lectures passées (et souvent en version originale) de Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé, Gautier –pour ne citer qu’eux-, les Novísimos se sont inspirés de cet élan novateur qui a rythmé la création poétique à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Une période houleuse où la France s’est métamorphosée soudainement, ce qui n’est pas sans rappeler le contexte mouvant et délicat de la fin de la dictature nationaliste et de l’évolution subite de l’Espagne. Ainsi, les Novísimos ont construit leur propre poésie et élaboré un renouvellement si intense qu’on le qualifierait volontiers de jusqu’auboutiste.

Et au hasard des titres de poèmes, des vers, des dédicaces, des réécritures, ils rendent hommage aux poètes français auxquels ils ont parfois emprunté (au-delà de thèmes, de mythes, de modes d’écriture, etc.) cette sombre lumière qui témoigne à la fois de la mort nécessaire d’une voix et de la naissance d’une autre. Une lumière qui ne peut être définitive triomphante puisqu’elle est marquée du sceau de l’éphémère, dans un regard, dans une oreille.

Ce travail de recherche autour d’un sujet inédit reflète avant tout le besoin d’avancer en terre inconnue. Une terre au croisement de deux cultures, deux langues, et qui ne se dévoile que progressivement, au fil des traductions et des lectures attentives, au plus près du texte originel.

 

Mme Piccone, allocataire doctorale,  a été chargée de cours, en littérature comparée de 2011 à 2014.

Travaux parallèles :

 

-       Participation à la journée d’hommage à Henri Meschonnic, le 22 avril 2010.

Communication intitulée « Le sujet, corps des sens » et rédaction de l’article « Le sujet, l’air(e) du poème ».

-       Participation aux 6e Rencontres Européennes de Littérature, 12 mars 2011.

Présentation de Laurence Breysse-Chanet, lauréate du Prix Nelly Sachs de traduction littéraire, pour le recueil Don de l’ébriété, traduction de Don de la ebriedad du poète espagnol Claudio Rodriguez.

Maud Rauturier

Anaïs Nin et la quête d'une écriture de l'intime : étude comparée des influences littéraires de langues française et anglaise, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Michèle Finck, soutenue le 22 juin 2011.

Anaïs Nin a connu un véritable succès éditorial grâce à la publication de son journal dans les années 1970. Cette renommée a fait d'elle une figure de proue de l'écriture intime du XXe siècle. Pourtant, personne autant qu'elle n'a joué avec les formes, mélangeant fiction et réalité jusqu'aux frontières des genres.

Dans notre étude, nous souhaitons faire émerger les grands thèmes qui font de son œuvre un ensemble homogène constitué autour d'une quête incessante de l'écriture de soi. L'interaction constante entre les romans (poétiques ou psychologiques) et le journal intime nous permet d'interroger la démarche artistique de l'écrivain : comment l'écriture diaristique influe-t-elle sur la fiction ? En quoi les romans ont-ils déterminé la forme du journal publié ? C'est dans cette perspective d'étude que notre travail se place, en portant un regard sur l'œuvre d'Anaïs Nin en correspondance avec les auteurs qui forment son arrière-plan littéraire. Car tous – de Rimbaud à Djuna Barnes – lui offrent une vision nouvelle qui enrichit sa perception de l'écriture personnelle.

Emmanuelle Rousselot

" Ostinato" de Des Forêts: une écriture de la lutte. Sous la direction du Prof. Michèle Finck,  2001. Publication en 2010, L'Harmattan, sous le titre: Ostinato de Louis-René Des Forêts. L'écriture comme lutte.

Chahab Sarrafian

Thèse de doctorat de  M. Chahab Sarrafian sur le sujet suivant, le 15 juin 2016:

" Influence de la poésie moderne française sur la poésie moderne et contemporaine persane :Nâderpour, Honarmandi et Eslami-e Nodouchane".

Jury:
Prof. Michèle Finck ( dir. Université de Strasbourg )
Prof. H. Beikbaghban  ( Université de Strasbourg ).
Prof. Christine Dupouy Université de Tours)
Prof. Sophie Guermès ( Université de Brest )

La séance était publique.

Dans cette thèse de littérature comparée nous avons essayé de montrer l’influence de la poésie moderne française issue de Baudelaire sur trois poètes contemporains : Nâder Nâderpour, Hassan Honarmandi et Mohammad Ali Eslâmi-e Nodouchane. Ils ont fait tous les trois leurs études à la Sorbonne.

Depuis la période dite Machroutiat (ou monarchie constitutionnelle) des poètes modernes comme Nimâ ont écrit des poèmes en vers libres sur le modèle français. Les Iraniens, toujours attachés aux formes classiques, n’aimaient pas les vers libres. Le rôle de ces trois poètes a été de préparer le terrain pour que le lectorat persan accepte le vers libre. Ces poètes sont définis comme des poètes semi-traditionnels et en prenant des thèmes et des images puisés dans la poésie moderne française, ils ont œuvré pour que le vers libre soit bien apprécié en Iran. Ils ont choisi, dans la plupart de leurs œuvres, les quatrains continus qui sont une forme à mi-chemin entre les formes classiques et le vers libre. En choisissant les quatrains continus, ils ont essayé d’utiliser les thèmes et les images qui viennent principalement de la poésie de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Valéry, Prévert….

Ces poètes sont considérés comme un « pont » par lequel les Iraniens passent de la poésie classique à la poésie moderne persane.

Ils ont parfois fait des changements dans la disposition des rimes sur le modèle français.

Parfois aussi ils ont intégré des tercets, des quintils ou des sizains dans leurs quatrains, ce qui peut être considéré comme une autre influence française. C’est la première fois que ces trois auteurs iraniens font l’objet d’une telle étude comparée qui propose en annexe un dossier de traductions inédites.

 

Isabelle Soraru

L’expérience musicale dans les œuvres de Pascal Quignard et de Gert Jonke : l’écriture face au risque de la musique, sous la direction de Mme le Professeur Michèle Finck, soutenue en décembre 2005.

Cette thèse a eu pour point de départ un certain nombre de questions : est-il possible de parler, d’écrire véritablement sur la musique, de la traduire avec des mots, de restituer l’expérience esthétique à laquelle elle ouvre ? Et, d’autre part, a-t-elle encore le statut de modèle et quels enjeux soulève-t-elle, d’un point de vue littéraire, pour des écrivains contemporains ? Par ce travail, nous souhaitions également voir dans quelle mesure la littérature peut dire la musique autrement que ne peut le faire la psychanalyse, la philosophie et la musicologie. En effet, lorsqu’on souhaite s’appuyer sur des modèles théoriques, on s’aperçoit que l’art musical suscite, que ce soit chez les philosophes – hormis quelques notables exceptions – ou dans le discours psychanalytique, à commencer par son fondateur, Freud, viennois se déclarant de manière surprenante « absolument non musicien », une certaine gêne, un malaise, une difficulté à élaborer un discours conceptuel. C’est en partant de ce questionnement, et en envisageant les œuvres de deux écrivains de la même génération, Gert Jonke et Pascal Quignard, que notre travail de thèse a cherché à réévaluer les frontières respectives de la musique et de la littérature. Pour ce faire, nous avons défini la présence musicale comme expérience, au sens étymologique du terme : ex-periri, soit la traversée d’un danger. Car si la musique peut apparaître comme une promesse, ouvrant des territoires nouveaux et inouïs pour l’écrivain qui compose, pour sa part, avec la langue, elle le met aussi au risque de son défaut de langage, au risque de la mutité.

Bakary Soro

La réception de Brecht en Afrique chez Wole Soyinka, Alioum Fantouré et Ngugi wa Thiong'o, thèse de doctorat soutenue le 15 juin 2006 (Dir. Prof. Guy Ducrey)

Liza Steiner

L'Institut de littérature comparée et son groupe de recherches L'Europe des lettres sont heureux d'annoncer que Mme Liza Steiner a soutenu sa thèse le 28 juin 2016 de 13h à 17h sur le sujet

Échos sadiens dans la littérature contemporaine : énoncé d'une nouvelle économie politique

Jury: Mme Florence Lotterie (Professeur, Université Paris Denis-Diderot)
M. Emmanuel Bouju (Professeur, Université de Rennes)
Mme Nathalie Prince (Professeur, Université du Maine)
M. Patrick Werly (Maître de conférences HDR, Université de Strasbourg)
M. Guy Ducrey (Professeur Université de Strasbourg).


Thèse de doctorat sous la direction du Professeur Guy Ducrey commencée en novembre 2009

Depuis sa récente réhabilitation, l'oeuvre de Sade ne cesse de susciter nombre d'interrogations, de commentaires ou d'examens critiques d'autant plus discordants qu'ils peinent à rendre de manière dépassionnée toutes les singularités de cette œuvre. Cette thèse a pour point de départ un certain nombre d'interrogations : pourquoi un tel engouement pour le Marquis de Sade ? Peut-il exister un univers sadien aujourd'hui ? Et quel serait le sens de cette nouvelle parole libertine ? En effet, la « publicité » du libertinage contemporain a désormais envahi la culture occidentale et les références à l’œuvre de Sade se multiplient. Mais la réactualisation des schèmes du libertinage dans nombre d'oeuvres contemporaines s'accompagne d'une redéfinition des passions et de leur écriture au cœur même de la fiction. Mon étude prend comme point de départ les œuvres de Henry Miller, de Pierre Guyotat et de Peter Weiss, mais l’horizon de ce travail sera la production littéraire contemporaine. Ma problématique est axée sur les références explicites ou implicites à Sade ainsi que sur les enjeux de la réactivation des motifs du libertinage sadien dans une perspective démocratique. En effet, nous pouvons nous interroger sur les modalités et les protocoles de lecture de l’écriture libertine contemporaine. Mais il s’agit également de questionner l’esthétique de la représentation du libertinage ainsi que les nouveaux rapports établis avec les normes tracées par les institutions.

Sade-Houellebecq, du boudoir au sex-shop, Paris, L'Harmattan, 2009

Les œuvres de ces deux écrivains présentent de nombreux points de convergence et la confrontation de ces deux univers permet d'enrichir à la fois la lecture de l'oeuvre de Michel Houellebecq, mais également celle du Marquis de Sade. Ils présentent tous deux un discours critique sur la modernité. De plus l’hypothèse surgie de la scène sadienne alliant sexualité et économie se retrouve dans les romans houellebecquiens. Mais l’analyse de la crise de la société démocratique révèle des projets d’écriture extrêmement différents. En effet, de la posture hautement élitaire des libertins sadiens à la démocratisation de toutes les pratiques sexuelles envisageables se joue une véritable mutation des rapports sociaux. Ce travail s’est articulé autour de trois axes : en premier lieu, l’impossibilité du libertinage dans la société contemporaine, puis la crise démocratique et la modification des représentations sociales, et enfin l’écriture et les dispositifs romanesques permettant d’interroger les limites de la fiction.

Publications :

Essai : Sade – Houellebecq, du boudoir au sex-shop, éditions L’Harmattan, Paris, 2009

⁃    « Du boudoir au sex-shop : l’écriture de la crise démocratique à travers la confrontation Sade-Houellebecq »  in Michel Houellebecq à la une, sous la dir. De M. L. Clément et S. Van Wesemael, Editions Rodopi, 2011
Communications :
⁃    « Pierre Guyotat ou l’engrenage prostitutionnel de la langue » : communication effectuée lors du colloque international intitulé Le malaise existentiel dans le roman français de l’extrême contemporain, qui s’est déroulé à l’Université d’Amsterdam fin octobre 2008.
⁃    « Le modèle sadien à l'horizon de la littérature contemporaine : enjeux et paradoxes » : communication présentée dans le cadre des séances de travail du groupe de recherches en Littérature Comparée, L'Europe des Lettres, UDS, 10 février 2011
⁃    « L'extrême littéraire à l'ombre du Divin Marquis : Millet, Jelinek, Skorecki, Ellis » : communication effectuée lors du colloque international organisé par l'University of London Institute of Paris, le 3 juin 2011

Shuko Tanaka

Le rire et la mélancolie dans les romans de Milan Kundera, sous la direction du Professeur Pascal Dethurens, commencée en 2007, soutenue le 3 mai 2013.

Jury: Prof. Florence Fix (Présidente); Prof. Luc Fraisse (université de Strasbourg), Prof. Catherine Douzou (Université de Tours), Prof. Pascal Dethurens (directeur de la thèse).

Le rire et la mélancolie constituent l'ambiance dominante des romans de Milan Kundera. Ce sont les deux faces de son attitude vis-à-vis du narcissisme de l'homme reflété par ses personnages. Comme Narcisse, l'homme n'est jamais celui pour qui il se prend. Le narrateur présente cette vision kundérienne de l'homme, en racontant le comique et la misère des personnages. Comme le vécu de Kundera se reflète dans les situations des personnages, ce narrateur assume d'un côté une fonction d'autocritique. Mais d'un autre côté, ce narrateur reflète également le romancier, en prenant jusqu'au nom même de Kundera, et présente son image du romancier que croit être Kundera. Ainsi, Kundera lui-même n'est pas non plus hors de l'emprise narcissique. Néanmoins, le roman est le seul espace qui lui permet de méditer sa subjectivité narcissique en la relativisant. Pour Kundera, le roman permet d'échapper momentanément à la condition de Narcisse, grâce au jeu solitaire et sérieux de l'écriture dans les marges de l'hypothèse.

Sebastian Thiltges

Assistant au département de littérature française de l'Université du Luxembourg, membre du Collège doctoral européen de Strasbourg (promotion 2010)

Paysages silencieux dans le roman réaliste (1850-1900), sous la direction du Professeur Guy DUCREY et du Professeur Frank WILHELM, thèse soutenue le 15 novembre 2013 à l'université du Luxembourg devant un jury composé de Mmes et MM les Professeurs

Sylvie Freyermuth (université du Luxembourg, présidente)
Eléonore Reverzy (université de Strasbourg)
Frank Wilhelm (université du Luxembourg, co-directeur)
Guy Ducrey (université de Strasbourg, co-directeur)
Denis Bertrand (université de Paris 8)
Jean-Louis Haquette (université de Reims)

Le silence dans son acception première, refus ou impossibilité de la parole, ouvre un vaste réservoir d’études littéraires et critiques. L’intérêt pour le mutisme résulte dans son association avec d’autres champs thématiques comme celui du secret, de l’innommable ou de l’indicible. En l’occurrence, ce travail propose l’étude du silence dans son sens analogique signifiant l’absence de bruit, Stille en allemand, et des descriptions qui en sont faites dans un corpus de romans réalistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Dans la description réaliste d’un paysage ou d’un objet, le silence apparaît souvent somme un simple accident textuel, un détail passant fréquemment inaperçu. À s’y attarder, on s’étonne cependant des possibilités sémantiques qui émergent de la simple inscription du mot silence dans une séquence textuelle. Force est de constater que ces descriptions se caractérisent le plus souvent par leur tonalité poétique et romantique. Nous proposons donc, dans une perspective comparatiste, de relever certaines constantes et spécificités quant à la description du motif silence, mais également d’aborder les questionnements esthétiques et poétiques posés par cette description problématique.

Thi Quyen NGUYEN

 Thi Quyen NGUYEN, Le désœuvrement dans la trilogie romanesque de Beckett et les romans de Blanchot, Pascal Dethurens dir., sujet déposé en 2010, soutenu le 9 juin 2016, salle Ourrisson.

Jury:

Prof. Karen HADDAD, Université de Paris-Ouest Nanterre
Prof. Florence FIX,  Université de Lorraine
Prof. Frédérique TOUDOIRE-SURLAPIERRE, Université de Haute-Alsace
Prof.  Luc FRAISSE , Université de Strasbourg
Prof. Pascal DETHURENS, Université de Strasbourg (dir.)

 

       « Au XXème sciècle, l’art se détourne de l’œuvre de la vision pour ne s’intéresser qu’au reste de voir. Même aventure pour la littérature, l’instrumentalisation du langage est réprouvée. Ne subsiste qu’une langue mise à nue que l’auteur découvre, ou tente de redécouvrir »1. Dans la première moitié du siècle, la littérature se positionne dans une recherche infinie de réponse pour la question de l'absence de Dieu, dans les combats des théories philosophiques. Dans ce contexte, « le désœuvrement étant, il faut le répéter sans cesse, l’absolu unique, saillant et déchirant, en qui s’abîmer la modernité »2.

            Depuis ses premiers textes, Samuel Beckett annonce la pensée du témoin de la fin de l'art. Pour Beckett, écrire, c'est parler en paroles vides dans l'espace du néant où l'on n'a « rien à faire » ainsi que dans l'univers blanchotien, il ne reste que le vide, le silence et l'obscurité. Chez ces deux écrivains, l'absence de signification de l’œuvre traduit par la parole crée le désœuvrement. La langue manquant de sens devient impuissante. Le roman se transforme en « écriture du désastre »3 qui nie toutes les formes traditionnelles et se lance dans l'espace de destruction du langage.

            Notre travail vise à réaliser une approche approfondie sur les œuvres romanesques de Beckett et Blanchot dans une vision comparée en relevant certaines constantes et spécificités quant au thème du désœuvrement.

 

  1. Emmanuel Ravel, Maurice Blanchot et l’art au vingtième siècle : Une esthétique du désœuvrement, Editions Rodopi B.V, Amsterdams-New York, 2007, p.9
  2. Ibid, p.42
  3. Titre du livre critique de Maurice Blanchot, L’écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980




Jacqueline Verdier-Navlet

La représentation du paradis dans la littérature européenne d’Homère à Milton : Le sacré, le profane, et le poète, sous la direction du Professeur Pascal Dethurens.Thèse soutenue le 17 octobre 2009 devant l’Université de Strasbourg.

Le corpus choisi pour cette étude, dix textes du domaine culturel européen et appartenant à ce que l’on nomme de nos jours la littérature, qui offrent une représentation du concept « paradis » avec sa dimension du sacré, reçus comme tels dans le contexte de leur écriture mais encore actuellement plus ou moins complètement, était étalé dans le temps, depuis un extrait de L’Odyssée jusqu’au Paradis perdu. On pouvait s’attendre, du fait de la diversité des contextes, en particulier de celle des systèmes métaphysiques contemporains des auteurs, à constater la disparité de ces représentations et de leur poétique. Or elles révèlent la permanence du concept malgré quelques évolutions : il est donné dans tous les textes pour une réalité sacrée et ce caractère s’affirme de plus en plus avec l’évolution de l’histoire ; en même temps il est toujours source du bonheur véritable et ce bonheur promis est de plus en plus complet et de plus en plus accessible à celui qui le mérite. Mais sa transmission, opérée à l’aune de catégories du monde profane, espace, temps, politique du vivant, et réalisée particulièrement par les images décrites, toujours effectuée par l’utilisation d’un monde profane, donc connu, néanmoins idéalisé, et par le recours au surnaturel emprunté ou inventé par l’auteur, donne une place de plus en plus grande à ce surnaturel ; et simultanément la représentation est de plus en plus reconnue et assumée comme seulement métaphorique quand elle n’est pas, même, avouée impossible, et tue.
Ainsi ces dix textes, seulement tentatives de la représentation du paradis, se sont-ils avérés des créations poétiques, exemplaires et exceptionnelles, parce que leurs auteurs ont réussi en même temps à respecter plus ou moins complètement un système métaphysique, et toujours reçues comme révélatrices du concept paradis parce qu’elles suggèrent aussi, outre le sacré, la réalisation de désirs essentiels de l’homme de tout temps, et parce qu’elles offrent des images qui correspondent à des critères de la beauté toujours perceptibles par chacun, en dehors des modes et de l’histoire. L’évolution de leur écriture fait d’autre part prévoir et attendre de la part du « poète » qu’il invente de nouvelles formes de la représentation du paradis, ainsi, par exemple, déjà présentes dans la littérature contemporaine l’allusion, la suggestion, toutes invites au lecteur à qui est délégué le pouvoir de « remplir les espaces vides »[1].


[1] Umberto Eco, Lector in fabula, Paris, Grasset, 1985 [Milan, Bompiani, 1979].

 

THÈSES EN COURS

Abdel Rahman Alnatsheh

La représentation de l’île comme miroir de la civilisation occidentale au centre de créations littéraires, thèse de doctorat de littérature comparée, Guy Ducrey dir., sujet déposé en septembre 2014.

Un topos clos par rapport au monde profane et ouvert sur son monde immense et dépourvu de forme. Un microcosme isolé, éloigné et fortifié contre tout ce qui lui est extérieur. La symbolique de l’île reste aussi bien paradoxale que variable au fil de l’histoire et au centre de créations littéraires.

Depuis l’antiquité grecque, plusieurs écrivains comme Homère et Virgile ont conçu l’île comme un espace propice à la concrétisation de leurs principes philosophiques et de leurs réflexions profondes sur la nature humaine et ses problématiques les plus complexes. Selon ces auteurs, toute la terre ainsi que toutes ses parties sont insulaires et tous les peuples sont toujours isolés les uns des autres[1]. Cette image de la terre séparant les peuples s’exprime concrètement lors des prémices de l’âge colonial où l’ethnocentrisme pousse l’Occident à  affirmer sa différence par rapport aux autres cultures. Dès les voyages entrepris par Christophe Colombe, Amerigo Vespucci jusqu’à la littérature coloniale du XXe siècle,  le lointain attire le désire ardent d’un occident avide et représente ainsi un vide à remplir. L’île devient un archétype lié aux théories de l’exotisme impérial; conflit occidental d’exploration et d’exploitation, volonté d’extraversion, d’objectivation et de domination.

Suite à l’indépendance de certains pays colonisés, on assiste à l’émergence d’une nouvelle littérature qui inaugure le passage d’une vision coloniale du monde insulaire basée sur une représentation objective et réaliste de l’espace à un imaginaire postcolonial reposant sur une connaissance subjective et idéaliste de l’espace[2]. En s’introduisant dans un réel historique,-celui du colonialisme-, et en déplaçant de perspective le mythe originel, la littérature postcoloniale s’oriente vers des représentations idéalistes de l’espace et de l’individu dans le dessein de présenter une réponse à une littérature occidentale dont l’auteur « a joui trois mille ans du privilège de voir sans qu’on le voie »[3]

Ce que propose cette étude comparée des récits insulaires contemporains est une véritable réflexion novatrice sur une variante paradoxale de l’espace et sur son nouveau symbolisme inspiré de la théorie postcoloniale de l’empire de « Writing back »[4]. Aussi cette littérature postcoloniale ne désigne-elle pas seulement la littérature des pays « venant après » l’empire colonial,  mais « un ensemble littéraire dont il est possible de reconnaître des qualités thématico-formelles spécifiques, lorsqu’on l’envisage par rapport à la colonisation et à ses conséquences.[5] » De ce fait, notre recherche s’intéresse à un certain nombre de récits littéraires transcontinentaux regroupant ces mêmes thématiques sans pour autant se limiter seulement à l’expression des auteurs qui ont vécu la période coloniale.

Nous proposons également d’étudier ce sujet en prenant comme hypothèse que la rupture entre l’ici et l’ailleurs provoque une force de renouvellement propre aux pratiques et aux habitudes de pensée de l’être humain et constitue une nouvelle vision du monde capable d’interroger les frontières des formes, des codes et des thèmes propres à l’aura dans laquelle vit l’homme dans son monde traditionnel et ordinaire. Nous tentons de révéler comment l’expérience du dépaysement et du déracinement produit un nouvel espace littéraire où l’ici et l’ailleurs se confrontent ingénieusement par le biais d’une écriture renouvelée et investie que ces auteurs enrichissent, chacun à sa manière, afin de substituer à l’Europe de nouvelles valeurs esthétiques, spirituelles, culturelles et sociales. Enfin, cette étude est censée délimiter les caractéristiques de l’île et son symbolisme dans la mesure où ce topos littéraire sert comme champ d’exposition et de développement d’un discours ethnologique et géographique et implique une composante essentielle de la construction identitaire et de la révélation de soi.

 



[1] Cf. James S. Romm, «The Edges of the Earth» in Ancient Thought, Princeton NJ: Princeton UP, 1992. pp. 12-15.

[2] Cf. Jean-Marc Moura , « Littérature coloniales, littérature postcoloniales et traitement narrative de l’espace : Quelques problèmes et perspectives ». In Littérature postcoloniales et représentations de l'ailleurs Afrique, Caraïbe, Canada. Conférence du séminaire de Littérature comparée de l’Université de la Sorbonne Nouvelle. Texte réunis par Jean Bessière et Jean-Marc Moura. Champion-Varia Genève-Suisse 1999.  pp.173-189.

[3] J.-P. Sartre, Orphée noir, Introduction à Léopold Sédar Senghor : Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache, Paris, PUF, 1948, p. IX. Cité par Jean-Marc Moura, L’Europe littéraire et l’ailleurs, Paris, Presses Universitaires de France, 1er édition, 1998. P. 156.

[4] Ce terme renvoie aux auteurs qui ont pris en charge l’écriture et la représentation de leur histoire nationale dans le but de fonder une nouvelle identité nationale après la décolonisation.

[5] Moura, op. cit., p. 174

Marie Brenaut

Marie Brenaut

L'horticulture dans la littérature et l'iconographie européenne à la fin du XIXe siècle
Thèse de littérature comparée sous la direction du Professeur M. Guy Ducrey, sujet déposé en septembre 2016

    Ce sujet de thèse propose de s'intéresser aux relations entre l'horticulture, la littérature et l'iconographie à la fin du XIXe siècle. Notre recherche aura une ambition pluridisciplinaire et interculturelle, car il s'agira de révéler les liens qui unissent différents types de discours, littéraires, artistiques et scientifiques, afin de trouver des correspondances entre ces mondes a priori opposés. Les textes littéraires, qu'il s'agisse de romans, de nouvelles, de poésies ou d'articles de journaux seront confrontés à la littérature horticole et botanique, abondante à la fin du XIXe siècle et à ses diverses tentatives de vulgarisation. Les expositions internationales d'horticulture, celle, par exemple, qui se tint à Paris du 22 au 28 mai 1895 et dont Jean Lorrain fit un compte rendu dans L'Echos de Paris du 30 mai et du 6 juin 1895, sont propices aux échanges puisqu'elles réunissent divers pays, diverses industries ainsi que des chercheurs, des mondains et des lettrés d'horizons différents. C'est une des raisons pour lesquelles nous ne souhaitons pas restreindre notre recherche à la littérature, à l'horticulture ou à l'art français. Nous croiserons différents domaines, littéraires, artistiques et scientifiques, qu'il s'agira d'étudier comparativement afin d'en dégager les invariants ou les distorsions. Les textes littéraires, qu'il s'agisse de romans, de nouvelles, de poésies ou d'articles de journaux seront confrontés à la littérature horticole et botanique, abondante à la fin du XIXe siècle et à ses diverses tentatives de vulgarisation. Notre corpus ne sera pas uniquement constitué de textes en prose, car la poésie regorge de références botaniques qu'il sera intéressant d'analyser afin de rendre compte des spécificités de la fleur poétique finiséculaire et du contexte dans lequel les poètes font appel au langage des fleurs, voire à L'esprit des fleurs, pour reprendre le titre d'un ouvrage de Mme Emmeline Raymond, publié la même année qu' A Rebours.
    Une formule bien connue de Huÿsmans permet de visualiser l’attrait des écrivains et des artistes pour les horticulteurs. Il écrit en effet, dans A Rebours, que « les horticulteurs sont les seuls et vrais artistes » (A Rebours, 1884). L'horticulture, à la fin du XIXe siècle, devient un art duquel les écrivains s'emparent. Signe d'un goût prononcé pour le lexique complexe, voire scientifique, avivé de relents exotiques, la sensibilité décadente trouve dans la figure de l'horticulteur un prodigieux manipulateur de la nature. Nombreuses sont les figures de jardiniers créateurs et adorateurs de fleurs qui jalonnent les textes (Rachile, La Marquise de Sade, 1887 ; Les Hors-nature, 1897.). Jacques, le héros efféminé de Monsieur Vénus exerce, par exemple, la profession significative de fleuriste (Monsieur Vénus, 1884). Dans Les Hors-nature, le personnage de Reutler est quant à lui amené à créer une « fleur miraculeuse », pour reprendre l'expression de Baudelaire, non pas une « tulipe noire » ou un « dahlia bleu » mais un muguet rose. Les écrivains manient des substances rares, des termes complexes, des espèces toutes plus étranges les unes que les autres, comme pour assouvir le « goût du bizarre » (Jane de la Vaudère, Sapho Dompteuse, 1908) qui anime, on le sait, la poétique de la fin-de-siècle.
    Par ailleurs, nous consacrerons une part importante de notre travail à l'étude de l'art pictural qui est considérablement envahi par la fleur, en cette fin-de-siècle qui voit éclore l'Art Nouveau. Nous intégrerons une section consacrée à l'étude d'un corpus de revues, de livres illustrés (voir par exemple la revue artistique et littéraire Jugend) et de Salons afin d'analyser si les inspirations des écrivains sont les mêmes que celles des illustrateurs. L'ornementation florale se propage dans la peinture, celle des Préraphaélites par exemple et apparaît comme un motif central. Nous pensons au tableau Azaleas d'Albert Moore (1868) ou encore à celui d'Anthony Frederick Augustus Sandys intitulé Love's shadow (1867) dans lequel une jeune femme dévore avec agressivité un petit bouquet de fleurs. Cette image de la femme mangeant la fleur est intéressante, car nous la retrouvons dans plusieurs textes de la fin-de-siècle.
    Parallèlement à cette recherche, nous travaillerons sur un mémoire de master en ethnologie que nous avons voulu en lien direct avec notre sujet de thèse. La posture ethnologique nous permettra de poser quand il le faudra un regard plus distant ou plus général sur notre recherche. Certaines références ethnographiques nous seront utiles pour notre thèse, car elles nous permettront, par exemple, de décrypter les nombreuses significations qui sont attribuées aux fleurs, d'aller au-delà de ces structures de pensées pour comprendre ce qu'elles révèlent. Nous pensons au célèbre ouvrage de Jack Goody, La Culture des fleurs. Le « langage des fleurs » fait appel à des référents souvent inconscients et ancrés dans un imaginaire collectif que l'étude ethnographique peut essayer de dépasser pour mieux les comprendre.

Chiara Carlino

Vivre, écrire, vieillir. Autour de Colette écrivain

thèse de doctorat de littérature comparée, sous la direction du Prof. Guy Ducrey, sujet déposé en octobre 2011.

« La vie d’un être à peu près immobile est un tourbillon de hâte et de variété.[1] »

 

En 1945, lorsqu’elle écrit ces mots dans L’Etoile Vesper[2], Colette est un écrivain de soixante-douze ans n’ayant rien perdu de sa vitalité intime, mais retenu contre son gré dans ses quatre murs du Palais-Royal par une arthrose de la hanche presque complètement paralysante. Allongée dans son lit-divan, elle passe ses journées en regardant à travers les vitres qui ont remplacé les panneaux de ses fenêtres, prisonnière d’une chambre-sulfure dont elle constitue le chatoyant décor interne, objet des attentions de quelque visiteur, ou des soins de la bonne Pauline et de Maurice Goudeket, son pressant « meilleur ami ». Figé dans une dimension spatiale bornée, l’écrivain transfigure ce qui l’entoure en s’élevant, à travers son activité, dans des diverses réalités temporelles, des fondations sur lesquelles il bâtit un nouveau espace de vie où il peut bouger librement : son œuvre. Le lit-divan devient alors un radeau qui lève l’ancre pour naviguer dans l’azur des feuilles, ridées par les souvenirs survenant, que l’auteur dompte à l’aide d’une plume saisie dans un « bouquet de stylos », tout en s’élançant « sur un chemin autrefois familier » à la vitesse de son ancien pas, en cherche de l’accord parfait « entre le passé et le présent ».

Le résultat de celle qui est bien une stratégie savamment développée afin de faire face à la vieillesse, c’est une écriture vivante, où cette matérialité qui rend les mots[3] des véritables projections de l’objet qu’ils identifient - ce qui constitue la particularité fondamentale de la prose colettienne - acquiert une dimension encore plus intime. Obligée de transférer sa sphère d’action dans la page écrite à cause des limitations physiques imposées par la maladie, la Colette âgée ennoblit sa condition d’infirme à travers l’attribution d’une dignité littéraire aux malheurs de l'âge, tout en trouvant sa propre raison d’être dans cette posture d’écrivain qu’elle avait refusé pendant la plupart de son existence mouvementée. Une attitude qui produit une équivalence profonde entre l’acte d’écrire et le processus de vieillissement entraîné par le temps, qui s’écoule inexorablement et que, pourtant, l’écrivain arrive à immortaliser sur le papier, en saisissant le devenir :

 

« Changé… Je viens d’écrire ce mot et je lève les yeux. Etait-ce un mot magique ? Tout est nouveau. Le nouveau, le renouveau viennent pendant que j’écris. Ecrivons encore : quand je relèverai la tête ce sera peut-être l’été.[4] »

 

Ce rapport indissoluble entre la vie et l’écriture, franchissant la célèbre dichotomie pirandellienne entre les deux[5], rend l’œuvre colettienne, dont le temps représente un leitmotiv d’importance primaire, un emblème de l’expérience de la vieillesse de l’écrivain, à laquelle jusqu’à présent bien peu d’études ont consacré leur attention, malgré l’intérêt d’un sujet qui suscite des nombreuses questions de recherche : comment vieillit-il un écrivain ? Quelle est la stratégie qu’il développe face à la mort et à l’approche de ce point définitif signifiant la cessation de toute création littéraire? Est-ce que le stylo peut être le bâton de sa vieillesse, tout en transformant l’écriture en une source de jouvence éternelle qui échappe aux déchéances provoquées par le temps ? Est-ce que les métamorphoses du temps sont aussi celles du langage ? Est-ce que l’âge peut devenir un style ? Est-ce qu’au vieillissement physiologique correspond le vieillissement de l’écriture ? Et l’écriture peut-elle avoir une fonction curative ? Est-ce qu’on peut vivre pendant des livres ?

Le but de cette thèse de doctorat sera donc d’analyser le corpus colettien du point de vu de son contenu, de ses thématiques et de sa forme afin d’envisager la manière dont l’évolution incontournable du vieillissement se répercute sur la main de celui qui écrit, et vérifier si l’écriture peut avoir la même consistance que la vie, subir les mêmes altérations que le corps et vieillir avec ce dernier.



[1] Colette, L’Etoile Vesper, Fayard, Paris, 2004, p. 187.

[2] Op. cit.

[3] Cf., à ce propos, G. Ducrey, L’abécédaire de Colette, Flammarion, Paris, 2000, pp. 7-21.

[4] Colette, L’Etoile Vesper, op. cit., p. 170.

[5] En 1904, dans son Feu Mathias Pascal, Pirandello soutenait que la vie peut être vécue ou, bien, écrite, tout en constatant, avec un certain regret, de n’avoir vécu la sienne qu’à travers l’écriture.

Une déclaration d’après laquelle on pourrait bien définir l’écrivain comme un être  à moitié, limité par sa propre activité totalisante, qui oblige celui qui l’exerce à reléguer son existence dans la mimèsis créatrice, sans pouvoir complètement profiter du temps à sa disposition.

 

Amelia Costa da Silva

Le Modernisme portugais : réception, métamorphose et évolution des courants esthétiques français dans les revues artistiques et littéraires publiées au Portugal entre  1889 et 1956, thèse de doctorat en littérature comparée, Prof. Pascal Dethurens dir., sujet déposé en automne 2015.

La thèse de doctorat que nous envisageons se veut être une approche compréhensive de la littérature moderniste portugaise publiée sous la forme d'un vaste nombre de revues artistiques et littéraires. Ce projet se sert d'une démarche qui met en œuvre des instruments d'analyse appartenant à des différents domaines, comme l'histoire littéraire, l’histoire des idées et l’esthétique. L'intitulé de cette thèse veut synthétiser une tentative pour mettre en relation la littérature moderniste portugaise avec les sources et inspirations européennes de l'époque. De façon à étudier le rôle des courants esthétiques français dans la construction du Modernisme portugais, nous nous proposons d’étudier, d’une part la réception de certains textes et certains auteurs français dans le contexte littéraire du Portugal et, d’autre part, l’émancipation de la production littéraire portugaise par rapport aux modèles français. 

Une étude du Symbolisme, du Modernisme et du mouvement Avant-Garde au Portugal n'a qu'à reconnaître le rôle des revues et différentes publications culturelles dont l'amplitude a su affirmer le caractère innovant et créateur de cette période esthétique. Ces trois mouvements complémentaires sont, en effet, liés à la formation de groupes d'écrivains et d'artistes qui ont su trouver dans la publication collective l'occasion la plus efficace de matérialiser leur intervention dans le contexte culturel de leur temps. Avec des conséquences plus ou moins importantes dans leur contexte de parution, ces revues artistiques et essentiellement littéraires démontrent surtout un certain mouvement d'ouverture du Portugal à la réalité culturelle de l'Europe.

Nous avons choisi de considérer l'année 1889 comme un moment approximatif du début de ce dialogue : c'est la date de naissance des deux revues qui marquent le déclenchement du mouvement symboliste au Portugal, Boémia Nova et Insubmissos. Cependant, il est vrai que dans quelques revues publiées antérieurement nous assistons déjà à la parution de quelques écrivains qui accompagneront le développement du courant moderniste en territoire portugais et dont les œuvres, d'une façon plus réduite et moins systématique, reflètent déjà les valeurs de la Décadence et du Symbolisme, souvent dévalorisés dans l'histoire littéraire du Portugal. D'ailleurs, le mouvement de l'Avant-garde portugaise ne peut qu'être lu comme une conséquence de l'enracinement et de la croissance du courant moderniste, surtout à partir de la publication de la revue Orpheu en 1915 qui a su transformer de façon violente le champ expressif de la poésie par le biais de la subversion des formes. Le Modernisme portugais a pu mettre en question les procédés d'expression traditionnels censés plaire aux « lépidoptères bourgeois », selon l'expression du poète Mário de Sá-Carneiro, tout en contribuant à une rénovation artistique annoncée déjà par les poètes symbolistes en 1890. De nombreuses revues sont lancées par des groupes d´intellectuels qui organisent également des expositions et des conférences afin de divulguer les idées du mouvement moderniste. Leurs efforts permettent, d’une façon générale, la formation de deux groupes : un, en 1915, autour de la revue Orpheu, dont les principaux poètes étaient Fernando Pessoa, Mário de Sá Carneiro et Almada Negreiros, l´autre, en 1927, autour de la revue Presença, fondée par Branquinho da Fonseca, João Gaspar Simões et José Régio.

Nous le savons, le Modernisme en tant que désignation artistique et culturelle fait référence à un moment spécifique de l'histoire littéraire qui correspondrait à une rupture totale. Dans le contexte portugais, l'appréhension de cette rupture se manifeste sous la forme d'un sentiment de libération et de puissance provocatrice. Attentifs à la réalité européenne, la plus grande partie des jeunes littéraires et artistes de cette période sont des exemples vivants des relations culturelles entre le Portugal et la France qui seront particulièrement évidentes dans la presse contemporaine.

Mahsa Dehghan

Mahsa Dehghan

Etudiante en Master 2 de Traduction littéraire à Inalco

Mahssa_dehghan10@yahoo.fr

 

Le père : grandeur et décadence de la figure paternelle dans la littérature contemporaine française,
thèse de doctorat de littérature comparée sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, sujet déposé en septembre 2016

Le présent projet de thèse, comme son titre l’indique, propose d’étudier l’une des figures centrales de la littérature française : le père. Certes, il existe autant de figures de père dans la littérature française que l’on en croise dans la vie courante. Mais nous avons été notamment frappée par le grand nombre d’œuvres récentes – et pas seulement autobiographiques – qui traitent de l’absence du père.

Nombreux sont les ouvrages dans lesquels la distance entre père et enfant revêt d’un intérêt particulier. Cette distance provient de l’absence physique du père. Mais, elle peut être aussi liée à son absence symbolique dans la vie de son enfant.

Parmi le grand nombre d’auteurs contemporains qui se sont intéressés à la figure du père, nous avons arrêté notre choix sur Jean Rouaud (Des Hommes illustres), Pierre Michon (Rimbaud le Fils), Patrick Modiano (Un Pedigree), Richard Millet (Lauve le pur), Marie Ndiaye (Trois Femmes puissantes) et Marie Nimier (La Reine du Silence).

La question que nous souhaiterions développer dans ce travail de recherche est donc la suivante : quel rôle joue l’absence du père dans un texte littéraire ? En d’autres termes, comment l’absence du père devient une source de création littéraire ? Comment les textes choisis abordent cette question du manque paternel et le mettent en scène ?  

 

Mots clés : père, figure paternelle, absence, création littéraire, écriture

Maryam Ghassemi Darian

Myriam Harry (1869-1958) et le voyage en Orient, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Guy Ducrey, commencée en octobre 2015.

Mon  sujet de  thèse porte  sur les récits de voyage de Myriam Harry en Iran et sur la société et la culture de la Perse telle qu’elle les a observées. La particularité de cette étude exige une recherche organisée d'une manière concentrique autour de la littérature comparée et orientaliste dans les récits du voyage d'une femme lauréate du premier prix de la littérature "Femina". En outre, pour Myriam Harry, entre les destinations comme Tunisie, Maroc, Syrie, Turquie, Egypte et Liban, l'Iran s'impose non seulement comme un trajet particulier sur le plan géographique mais également comme un lieu de rencontre de différentes cultures riches. Seules de très rares études ont été consacrées aux observations de Myriam Harry lors de son voyage en Iran en particulier et à l'image qu'elle reflète de Perse et des gens de ce pays dans ses œuvres. L'analyse des productions bibliographiques et littéraires de Myriam Harry permet à montrer les caractéristiques de sa vision générale sur l'Orient et sur l'Iran en particulier. L'étude des particularités de cet écrivain sur les plans culturels, sociaux et littéraires constituent les divers axes de recherches de la thèse.

            Notre étude s'effectuera en plusieurs étapes: Premièrement, on essaiera d'esquisser un schéma général qui met en évidence les récits de voyage écrits par les auteurs français qui précédèrent Myriam Harry, et les influences qu’ils exercèrent sur elle, comme celle  de Maurice Barrès, Pierre Loti et Henry Massé, alors professeur de persan à l'école des langues orientales à Paris. H. Massé était dans une relation très étroite avec le gouvernement iranien et suit de près les reformes de Réza Chah en Iran.  Myriam Harry a évoqué à plusieurs reprises dans ses œuvres l’influence que certains écrivains français exercèrent sur elle. Elle a effectué plusieurs voyages en Orient et a fait une longue visite en Iran.

            Deuxièmement, la recherche s’orientera vers l'étude de la vision que l’écrivain porte d'une manière générale sur l'Orient et en particulier sur l’Iran. Dans cette étape de travail, on aimerait s'orienter vers une comparaison de son regard féminin et le regard masculin des écrivains qui la précèdent. Troisièmement, on essaiera de montrer la manière dont Myriam Harry a été accueillie au sein de la société iranienne à l'époque de Réza Chah entre 1925 et 1941. La politique de Réza Chah, qui n'était pas du goût de tout le monde, avait été apparemment inspirée par celle entreprise par Atatürk en Turquie. Les récits de voyage démontrent d'ailleurs que Myriam Harry a visité les grandes villes du pays et de là elle a pris la direction du golfe persique. La question de l'altérité serait indispensable à étudier durant ce travail par l'imagologie.

            Il convient donc d'analyser la société iranienne d'après le regard d'une femme étrangère et d'examiner la différence et la modification faites dans sa vision avant et après son voyage en Orient: L'Orient réel et l'Orient rêvé. On se focalisera en particulier sur le sujet de la femme. Cet aspect s’enracine sur ses expériences vécues lors de ses voyages aux différents pays et à partir d'une enquête sur les œuvres de Myriam Harry et d’une recherche documentaire portant sur sa vision de la vie et de la situation des femmes au sein des sociétés orientales. Le titre du premier livre de Myriam Harry, Femme de Perse, écrit en 1941 est très évocateur. Elle a également présenté la vie des femmes en Turquie et en Tunisie dans ses œuvres La Princesse turquoise écrit en 1942 et Les derniers Harems écrit en 1933. Ces œuvres reflètent indubitablement la sensibilité de l'auteur envers de la question de femme. La dernière partie de la recherche sera dédiée à l'étude de sa tendance vers le mysticisme en Iran, ce qui éveille en elle une grande enthousiasme de rédiger un livre sur Maulavi Djelaleddin Roumi, Poète et Danseur mystique en 1947.

Qiongjuan Fei

Julien Gracq et la peinture européenne – perspectives transtexuelles, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, commencée en septembre 2011.

Beaucoup d’études ont été effectuées autour de Julien Gracq sur les descriptions et la picturalité de ses oeuvres . Ces représentations picturales n’ont pas échappés aux yeux des lecteurs et des critiques. Mais peu d’études ont menées sur cette picturalité sous l’angle transtexutel. La transtextualité est un concept littéraire qui se borne souvent aux analyses texuelles en excluant les confluences entre la littérature et les autres arts, la peinture par exemple. Pourtant la transtexualité entre le texte et l’image existe réellement. Non seulement cette transtextualité existe, elle est presque omniprésente dans les oeuvres littéraires.
Et cette relation transtextuelle se traduit chez Julien Gracq d’abord par des caractéristiques impressionnistes , du thème au contenu, du traitement à l’effet, de l’homme à la nature... même l’influence idéologique : l’impressionnisme dirige la peinture française à travailler sur le motif en observant la nature, l’homme et leurs relations. Chez Julien Gracq, nous remarquons que, comme les impressionnistes l'opposition entre sujet et arrière-plan s’assouplit. Sur la scène gracquienne, on voit aussi la silhouette du baroque. Julien Gracq, qui apprécie beaucoup la peinture du 17e siècle, laisse les traces baroques des ses oeuvres : utilisation de métaphores et d’allégories pleines de fantaisie et d’imagination, utilisation d’artifices pour la construction de temps-espace, renversement de l’intrigue...

Pauline Gaudier

La poétique de la manipulation narrative dans Les Frères Karamazov de Dostoïevski, Le Temps retrouvé de Marcel Proust et Les Faux-monnayeurs d’André Gide, thèse de doctorat sous la direction conjointe des Profs. Pascal Dethurens et Luc Fraisse, sujet déposé en automne 2016.

 Toute œuvre romanesque est manipulation. Chaque lecteur accepte de croire les propos d’un narrateur qu’il sait fictif ; au fil des pages, chaque auteur tourne son œuvre de façon à guider le lecteur dans l’aventure qu’il invente. Le problème survient lorsque le roman ne sait plus se renouveler : le lecteur suit sans surprise une histoire qu’il devine à force de pratique, la littérature se construit sur des poncifs, le langage évoque nécessairement des souvenirs dans l’esprit du destinataire et se charge d’un surplus de sens entravant sa clarté. Certains auteurs, afin de vivifier la littérature et de dépasser « l’horizon d’attente » dont parle Jauss, jouent de ces clichés littéraires et des évocations intertextuelles attachées à une situation, un mot, un personnage. En attirant le lecteur dans leurs œuvres grâce à un schéma familier, ils montent un véritable piège narratif : les clichés littéraires en place au début de l’œuvre se délitent peu à peu pour laisser le lecteur perdu dans le foisonnement d’une réalité littéraire auquel il n’est pas habitué. Face à des personnages qui sortent de leur « type », face à un narrateur qui n’est plus fiable, le lecteur se retrouve sans guide dans un milieu inconnu. Celui qui accepte de jouer le jeu doit se libérer des clichés littéraires traditionnels qui polluent la lecture de ces œuvres nouvelles. Le lecteur devient véritablement acteur : certains auteurs ont organisé sciemment leur mort — pour reprendre les mots bien connus de Roland Barthes. Il s’agit donc de déconstruire la littérature pour lui donner un nouvel élan, ce dernier passant nécessairement par l’effort créateur de la lecture.

 

Les Frères Karamazov, Le Temps Retrouvé, Les Faux-monnayeurs ont tous en commun le fait d’être des « œuvres ouvertes » selon les termes d’Umberto Eco dans Lector in fabula. Ces trois romans jouent avec les attentes du lecteur : de nombreuses questions sont laissées sans réponse, le narrateur omniscient devient un témoin limité (ou inversement), les personnages agissent sans raison apparente. Au lecteur de réunir les éléments et de leur apporter une réponse qui lui semble cohérente. On voit ainsi que ces auteurs ont donné une place centrale à l’imagination du lecteur : de « maîtresse d’erreur et de fausseté » que l’oeuvre doit maîtriser, elle devient le moyen privilégié d’accéder à la réalité subjective d’une œuvre. C’est grâce à elle que le lecteur peut créer du sens, son propre sens, dans ces romans complexes. Cependant ce pari est risqué : les œuvres de Fiodor Dostoïevski, de Marcel Proust et d’André Gide furent toutes rejetées lors de leur parution et jugées fausses, menteuses. Déconstruire des clichés, c’est remettre en cause l’ordre établi — que ce soit le réalisme, l’enjeu sociale de la littérature russe, la psychologie classique du personnage, etc. Ces trois œuvres sont toutes le point d’aboutissement du travail littéraire de nos auteurs : roman ultime ou unique, elles sont le fruit d’une réflexion complexe.

Dostoïevski veut en effet peindre la « vie vivante » et non pas livresque : il crée ainsi des personnages dont la complexité réaliste dépasse de loin celle de la littérature de son temps. « La vie vivante s’est enfuie de vous, ne sont restées que des formules et des catégories, et vous semblez en être contents » écrit-il dans ses carnets. Pour laisser son lecteur chercher en lui-même les réponses aux actes de ses personnages, il fait taire son narrateur, incapable d’expliquer. En effet, la force créatrice réside selon lui dans le lecteur. Il écrit ainsi : « les écrivains n’ont pas d’inventivité ni d’imagination ». Les Frères Karamazov, son dernier roman, en partie inachevé puisqu’il souhaitait écrire une suite à cette œuvre, est celui où le lecteur est le plus laissé à lui-même : « au fond, qui est coupable ? » Rien n’est avancé. Dostoïevski pousse son lecteur à chercher la réponse ailleurs que dans son livre, de lui-même.

Marcel Proust fut beaucoup influencé par les romans de Dostoïevski dont il parle dans La Prisonnière. Il loue ainsi la présentation en biais des choses par l’auteur russe et « l’illusion qui nous frappe »  lorsqu’on découvre un de ses personnages. Il semble avoir même adopté la méthode qu’il décrit : ses personnages sont des « êtres de fuite » que le narrateur juge mal. Mais outre l’aspect narratif, les idées de Dostoïevski sur l’importance du lecteur sont bien proches de celles de Marcel Proust. Le lecteur doit en effet lire dans l’œuvre « son propre livre intérieur » pour reprendre les mots du Temps Retrouvé. Il doit devenir acteur de l’œuvre, se libérer de l’emprise du narrateur en s’appropriant les expériences de ce dernier. Ainsi le baron de Charlus, homosexuel notoire, voit-il dans les poèmes de Musset un homme à la place de la femme aimée, ce qui lui permet d’accéder à une meilleure compréhension de l’œuvre.

Dostoïevski fut redécouvert en France grâce à André Gide et à ses conférences au Vieux-Colombier. Ce dernier présente le russe comme un exemple à suivre pour le renouvellement du roman français: il est celui qui « respecte et protège [les] ténèbres » de ses personnages, en opposition avec la « parfaite obturation des abîmes » de la tradition française. André Gide souligne qu’en Dostoïevski, il lit ses propres idées sur le roman. Mais la réflexion d’André Gide fut également stimulée par la découverte d’À la recherche du temps perdu et de la théorie de la lecture de Marcel Proust. Ainsi son seul « roman », Les Faux-monnayeurs, prétend lui aussi faire une critique indirecte d’une littérature de convention : cette œuvre est l’histoire de multiples faux-semblant que le lecteur doit lui-même déchiffrer.

 

L’enjeu de cette thèse est donc de découvrir quelles sont les stratégies mises en place par nos trois auteurs pour manipuler leur lecteur de façon à faire de sa lecture un acte créateur et autonome. Pour le pousser à l’indépendance, il faut le faire passer par un état de doute et d’incompréhension afin qu’il se détache de la domination de l’auteur. Comment nos auteurs ménagent-ils cette perte de repère dans l’économie de leurs œuvres ? Quel est le statut de leur narrateur qui oscille dans chaque roman entre le rôle du guide porteur de vérité et celui du témoin subjectif perturbateur ? Comment sont présentés leurs personnages et les multiples facettes de ces derniers ? Comment ces auteurs cherchent-ils à dépasser le langage dont le sens est obstrué par des références littéraires antérieures ? Comment jouent-ils avec les références intertextuelles afin de dire plus en moins de mots ? Entre amusement de l’auteur déformant progressivement les clichés littéraires jusqu’à la perte de repères et perplexité du lecteur forcé de recréer du sens, entre volonté de divertir et de faire réfléchir, entre soumission du lecteur à une heuristique narrative et indépendance forcée, nos trois romanciers mettent en place des stratégies complexes que cette thèse se charge d’étudier avec enthousiasme.

Engin Gümüs

LA PERCEPTION DE LA TURQUIE CHEZ LES AUTEURS FRANÇAIS (PIERRE LOTI, CLAUDE FARRERE), ANGLAIS (PATRICK BALFOUR, JASON GOODWIN) ET ALLEMANDS (BARBARA FRISCHMUTH)
thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurensm sujet déposé en octobre 2014.


Présentation du sujet:

Dans le cadre de notre thèse, nous porterons une réflexion sur les œuvres écrites par les auteurs européens sur la Turquie et sur la civilisation turque. Pour ce faire, nous étudierons les ouvrages des écrivains français, anglais et allemands tels que Pierre Loti, Claude Farrère, Patrick Balfour, Jason Goodwin ou encore Barbara Frischmuth. Nous tâcherons de comprendre quelles sont les images et les représentations des auteurs européens par rapport à la Turquie ? Nous articulerons donc nos réflexions autour de cette question majeure dans notre travail de recherche. Nous tâcherons de mener nos recherches de manière à prendre en compte les ouvrages écrits par les différents auteurs européens sur la Turquie. Nous pourrons ainsi voir quels sont les auteurs qui ont écrit sur la Turquie. Nous tâcherons de comprendre quelles étaient leurs motivations. Comment ils s’y sont pris pour écrire une œuvre sur des personnages, des lieux, etc. qu’ils n’ont pas forcément (voire pas du tout) côtoyés ou vus et sur un Empire dans lequel ils ne se sont pas rendu (en tout cas pour certains d’entre eux). En effet, il semblerait que parmi les œuvres qui ont été écrites par des auteurs européens sur la Turquie, il y en ait certaines qui ne sont qu’une pure invention et qu’elles ne sont que de l’ordre du fantasme.

Avec notre travail de recherche, nous envisageons de contribuer et d’apporter de nouveaux éléments d’informations sur un sujet encore peu étudié et analysé en profondeur. Nous ne nous contenterons pas simplement d’identifier les auteurs européens qui ont écrit des œuvres sur la Turquie, mais bien au contraire nous tâcherons également de comprendre quelles ont été les motivations de ces auteurs lorsque ces derniers ont été amenés à écrire sur les Turcs et la Turquie ou bien à choisir un ouvrage, une pièce de théâtre, etc. afin de le traduire et de l’interpréter à leur manière.

Mathieu Hilfiger

Poésie et origine. Linéaments pour l’observation écologique des phénomènes originaires en littérature.

Thèse de doctorat sous la direction de Mme le Professeur Michèle Finck débutée à l’automne 2015.

 

Derrière les puissants fantasmes héréditaires qu’elle cristallise, qui articulent dégradation ontologique et excellence primitive – instituant souvent par-là de douteuses hiérarchies de natures –, l’origine demeure pour la création littéraire un principe d’un dynamisme exceptionnel, que son hermétisme ne réduit aucunement. Son ambivalence naturelle produit une énergie qui tendrait le fond de son activité.

L’origine est d’abord la « source », origo, le point de départ ou de référence, en terme temporel, le « commencement » – moment statique, synchronique. Dans cette acception, l’origine n’existe pas, n’existe plus, elle est perdue, alors qu’elle a donné provenance. Les traces de l’origine sont alors la seule voie d’approche de l’origine, si ce n’est le bénéfice ambiguë d’une émotivité de l’âme rendue à la fois plus vulnérable et plus forte par le sentiment nostalgique de la perte de l’unité originelle avec le tout, d’une écologie naturelle immédiate propre à la vie animale (typique, par exemple, de la Sehnsucht du romantisme allemand). La disparition de l’origine nourrit le désir de dire le perdu originaire, et quelque chose de la fraicheur de la sensorialité infantile ou de la précieuse vivacité originaire. Il y aurait un fond de pensée magique, aux vertus propitiatoires : dire fait revivre, revenir ; est une réponse à un appel des confins. L’écrivain, peut-être, ne peut jamais « chanter » que des « restes » (Celan) et créer sa propre unité en collectionnant des herbiers de plantes simples (Rousseau). Mais l’universalité du perdu (si ce n’est celle du sentiment du perdu) n’empêche pas la diversité de ses noms (le « Jadis » chez Quignard, le « matin » chez Char, etc.) et de ses lieux (densité du jour chez Du Bouchet, ou lumière disséminée dans l’air chez Jaccottet, etc.).

L’origine est également cette « provenance », « naissance », « principe », en un mot la « cause » – diffusion d’énergie, temps diachronique. En tant que cause, non seulement l’origine existe ou persiste, mais en donnant à vivre des échos de ce qu’elle fut comme commencement, elle donne existence, se perpétue dans ses avatars. On ne parle de l’origine que pour quelque chose qui a évolué dans le temps ou l’espace, qui est capable de modifications. Benjamin apporte une définition précise du dynamisme originaire : « L’origine ne désigne pas le devenir de ce qui est né, mais bien ce qui est en train de naître dans le devenir et le déclin. L’origine est un tourbillon dans le fleuve du devenir, et elle entraîne dans son rythme la matière de ce qui est en train d’apparaître. L’origine ne se donne jamais à connaître dans l’existence nue, évidente du factuel, et sa rythmique ne peut être perçue que dans une double optique. Elle demande à être reconnue d’une part comme une restauration, une restitution, d’autre part comme quelque chose qui est par là même inachevé, toujours ouvert. [...] » (Origine du drame baroque allemand). L’origine n’est pas le passé, le vieux : c’est bien plutôt le pouvoir de rénovation du langage, écrit sur la jeunesse croissante des êtres. Quels sont les modes de retour de l’origine ? Fait-elle un retour éternellement identique (Nietzsche, Le gai savoir) ou éternellement différent, d’une « variété infinie » (Cendrars, « Paysage ») multipliant ainsi les significations (dès les Illuminations de Rimbaud) ?

L’objectif essentiel de cette recherche consisterait, à travers une étude des phénomènes originaires, à établir une proposition de linéaments pour une observation naturaliste de la poésie moderne au plus près de sa conscience de l’advenue de l’origine. Notre approche veut être celle du naturaliste qui cherche à repérer, observer (et peut-être, par-là, protéger) ces fugaces phénomènes naturels et les vestiges dont ils proviennent, dans une optique écologique qui sera donc double : zoologique (l’observation du vivant « animé » par sa naissance) pour l’aspect de « restauration » / « restitution » de l’origine, et archéologique (l’étude des traces archaïques) pour celui « d’inachèvement » / « d’ouverture » infinie.

 

Mathieu Hilfiger est écrivain et éditeur. Licence de philosophie et de lettres classiques à Strasbourg II en 2000, DEA d’histoire de la philosophie à Paris IV-Sorbonne en 2003 (boursier de mérite), DEA de sciences de l’information et de la communication à Paris III-Sorbonne Nouvelle en 2004 (major). Il dirige la maison d’édition littéraire Le Bateau Fantôme.

 

Bibliographie sélective :

 

livres

- L’Aube animale, Recours au Poème éditeurs, 2015.

- De jour comme de nuit, avec Pierre Dhainaut, Le Bateau Fantôme, 2014.

- D’une craie qui s’efface suivi de Reflets et Disgrâce, L’Harmattan, 2009.

- Lettres touchées, Pierron, 2003.

 

entretiens

- Mise en mouvement, dialogue avec Jacques Réda, Le Bateau Fantôme (à paraître - 2016).

- Yves Bonnefoy, entretien avec Mathieu Hilfiger et Natacha Lafond, 3eme rééd., in Yves Bonnefoy, L’Inachevable, entretiens sur la poésie 1990-2010, Le Livre de Poche, 2010.

- « Pour une seconde ou pour toujours », entretien avec Olivier Py, Le Bateau Fantôme, n°3, « La douceur », 2003.

- « Back to the trees ! », entretien avec Robert Dumas, Le Bateau Fantôme, n°2, « L’arbre », septembre 2002.

 

articles

- En préparation : « Jaccottet : la poésie comme exigence éthique », in Philippe Jaccottet : poésie et altérité, sous la direction de Michèle Finck et Patrick Werly, à paraître, 2016.

- « Platon : la pensée, dynamique du soin », Le Coq-Héron, « Prendre soin », n°206, septembre 2011.

- « L’enfant de la haute mer de Jules Supervielle, ou les limbes de la mémoire en deuil », Le Bateau Fantôme, n°6, « L’enfance », 2007.

- « ‘’L’humanité’’ chez Platon », Le Philosophoire, n°23, « L’humain », automne 2004.

- « La femme-arbre, enquête sur un mythe de la misogynie », Le Bateau Fantôme, n°2, « L’arbre », septembre 2002.

Fiona Hosti

L’exil de soi : poétique de l’intime dans l’œuvre d’Antonin Artaud et d’Álvaro de Campos. Thèse de doctorat sous la direction de M. le Professeur Pascal Dethurens, commencée en octobre 2015.

Sous la « persona », masque de théâtre, jaillissent des voix plurielles. Dans la singularité de l’état hétéronymique, Fernando Pessoa parvient à l’innombrable et la démesure éclate dans le souffle poétique de l’hétéronyme Álvaro de Campos. Antonin Artaud, homme de plusieurs noms, artiste aux diverses formes, fractionne également sa nature et touche ainsi à l’incommensurable.
Cette fascination pour l’altérité traduit la tension interne entre un soi et un autre. En se refusant totalement au soi, Antonin Artaud et Álvaro de Campos entrent en exil puisqu’ils détruisent l’archétype de leur conscience en la réclamant comme plurielle. Au travers de l’exil de soi le processus d’individuation se trouve endigué et de cette façon s’étiole l’archétype du soi qui structure tous les autres et celui qui est structuré par tous. Autrement dit, devenus étrangers à soi, Álvaro de Campos et Antonin Artaud s’abîment dans l’aliénation. Alors, ils confrontent ce « moi » aux archétypes de la conscience et dans ce mouvement d’exil de soi semblent toucher au plus près de ce dernier. Ainsi, un moi en exil de soi provoque une faille dans le processus d’individuation qui permet une nouvelle poétique de l’intime de l’ordre de la rupture et de l’union des contraires. L’exil de soi est un mouvement qui résulte curieusement d’une poétique de l’intime aux attributs pluriels.
Dans la poésie se traduit une perpétuelle confrontation à l’Autre qui crée une fracture métaphysique. Elle révèle toute l’incommensurabilité de l’homme. Au sein de la pensée artaldienne transparaît cette faille que le poète nomme « cruauté ». La cruauté offre à la parole le souffle du verbe poétique à l’initiative de l’exil de soi. Le verbe ainsi défiguré déborde de son cadre poétique : il prend vie. Antonin Artaud et Álvaro de Campos s’essaient à l’expression d’une poétique vivante, une poétique de l’intime, à travers un langage ontologique qui parvient à réaliser cet exil de soi. Dans son inflexibilité, en saisissant une forme, la poésie offre au mot l’infinie liberté du sens. La visée poétique de nos auteurs se situe dans la construction d’une pensée libérée de toute forme systématique où prend place la force créatrice. Álvaro de Campos et Antonin Artaud traduisent en mots le mouvement de la pensée de l’esprit. Une rupture de la cohésion interne de la forme du mot permet la libération du Verbe. En somme, l’Autre insaisissable et indéterminé sous la plume de l’auteur crée une poétique de l’intime pluriel ; une poétique de l’intime pluriel au plus près de l’humain.

Aika IIda

La Réception de l’œuvre de Hermann Broch chez Kundera, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, sujet déposé en automne 2015

Milan Kundera, est né en 1929 à Brno en Tchécoslovaquie. Exclu du Parti Communiste Tchèque en 1970, il quitte son pays et s’installe en France en 1975. En 1980, il publie son premier essai en français « Prague, poème qui disparaît », ; après cette œuvre, il écrit la plupart de ses essais en français. Il obtiendra la nationalité française en 1981.

   Hermann Broch, romancier et critique, est né en 1886 à Vienne en Autriche dans une famille de la bourgeoisie juive et industrielle.. A 40 ans, il devint romancier. En 1938, parce qu’il était Juif, il fut arrêté et emprisonné. Il s’expatrie aux Etats-Unis.

   Ces deux écrivains ont vécu en exil. Kundera a critiqué le communisme soviétique, et Broch a fait de même avec le nazisme. En 1989, après la chute du mur de Berlin, Kundera a réfléchi sur les divers aspects de la modernité.

Durant ses années passées aux Etats-Unis, Broch a étudié la psychologie des foules. Kundera conserve les idées d’Hermann Broch à bien des égards comme l’idée de « kitsch » qui est une des plus importantes chez Kundera. Kundera apprécie surtout Broch parmi tant d’autres écrivains d’Europe Centrale, il souhaite entrer dans leur cercle et se présente lui-même, sur le plan esthétique, philosophique et politique, comme un « successeur ».

   Nous avons des champs à prendre en compte et tout particulièrement :

- Les influences des œuvres de Broch dans les romans de Kundera.

- Les considérations de Kundera sur les œuvres de Broch : sont-elles vraiment vivantes dans ses romans ?

- Comment analyser les romans de Kundera et le reconnaître comme successeur de Broch dans les années 1990 ?

- Kundera est-il encore le successeur de Broch ?

- A propos du  « kitsch », Kundera le formule ainsi : «  ce qui nie les côtés laids de la vie et n’accepte pas la mort ».

   Il conviendra par conséquent de traiter en détail toutes les œuvres de Kundera et de Broch sans se limiter aux genres ni aux périodes.

Elisabeth Kaess

Pour les informations détaillées et la liste des travaux d'Elisabeth Kaess, voir la rubrique «Enseignants-chercheurs et publications».

Doctorante et chargée de cours en littérature comparée

Adresse électronique : kaess@unistra.fr

THESE (commencée en 2009)

« Poésie et résistances : René Char, Paul Celan et Anna Akhmatova », Prof. Pascal Dethurens dir.

Et pourquoi, dans ce temps d’ombre misérable, des poètes ?[1] Cette ardente question modulée dans l’élégie « Le Pain et le vin » d’Hölderlin trouve des échos tout particuliers au XXe siècle. Et pourquoi des poètes dans un monde livré à l’horreur de la guerre et des pouvoirs totalitaires ? Et pourquoi des poètes dans un monde à jamais muet[2] ? Dans ce temps d’ombre misérable, où les bouches de la multitude sont bâillonnées, la vie, l’action et l’oeuvre de René Char (1907-1988), de Paul Celan (1920-1970) et d’Anna Akhmatova (1889-1966) résonnent singulièrement. Dans ce temps d’ombre misérable, où la parole s’étouffe, le chant s’étrangle et le silence retentit, un cri s’élève, le cri de la souffrance, de la révolte, de la résistance, de la mémoire, de la poésie.



[1] Und wozu Dichter in dürftiger Zeit ? : Friedrich Hölderlin, « Brod und Wein », Sämtliche Werke, Frankfurter Ausgabe, Band 6, Elegien und Epigramme, Herausgegeben von D.E. Sattler und Wolfram Groddeck, Frankfurt am Main, Verlag Roter Stern, 1976, p. 218 ; Friedrich Hölderlin, « Le Pain et le vin », Traduction Gustave Roud, in Odes, Élégies, Hymnes, Préface de Jean-François Courtine, Traductions de Michel Deguy, André du Bouchet, François Fédier, Philippe Jaccottet, Gustave Roud et Robert Rovini, Paris, Gallimard, 1967, p.103.

 

[2] В навсегда онемевшем мире : Аииа Ахматова, «Cinque», Стихотворения и поеты, Москва, Профиздат, 2001, p. 194 ; Anna Akhmatova, « Cinque », in Requiem, Poème sans héros et autres poèmes, Présentation, choix et traduction de Jean-Louis Backès, Paris, Gallimard, 2007, p. 225.

 

 

Marie Keller

L'animalité réinventée : la révolution esthétique engagée par les ballets européens entre 1910 et 1939

 thèse de doctorat sous la direction de Guy Ducrey, sujet déposé en automne 2015.

Ce projet de thèse se propose de s’intéresser à la mise en scène de l’animalité et à l’impact qu’a eu la scène chorégraphique européenne au début du vingtième siècle sur l’ensemble de la production artistique et littéraire qui a suivi.

Théophile Gauthier le souligne dès le dix-neuvième siècle : « Le ballet est donc l’œuvre la plus synthétique, la plus générale, la plus humainement compréhensible qu’on puisse entreprendre. »[1], ce que Maurice Béjart résumera un siècle plus tard par : « La danse, un minimum d'explication, un minimum d'anecdotes, et un maximum de sensations. »[2]. Le langage de la danse est donc un langage de sensations qui fait appel chez le spectateur à des référents inconscients souvent profondément ancrés dans un imaginaire collectif indo-européen issue des mythes et du folklore. La danse et par extension le ballet sont donc des vecteurs puissants capables de traverser les frontières et de créer ou enrichir des mythes artistiques en constante évolution.

L’animalité, la sauvagerie et l’expression d’un idéal primitif et sacré font partie de la danse et s’expriment différemment suivant les époques et les normes sociales qui les caractérisent. Le scandale provoqué par l’extravagance de l’Oiseau de feu en 1910, puis par « l’indécence » de L’après-midi d’un faune en 1912 et Le Sacre du printemps en 1913 vont cependant marquer durablement les publics parisien et européen et certains affirment alors que le public n’est pas prêt pour une telle révolution chorégraphique et esthétique. Gaston Calmette déclarera ainsi : « Nous avons eu un Faune inconvenant avec de vils mouvements de bestialité érotiques et de gestes de lourde impudeur. Voilà tout. Et de justes sifflets ont accueilli la pantomime trop expressive de ce corps de bête mal construit, hideux de face, encore plus hideux de profil. Ces réalités animales, le vrai public ne les acceptera jamais. »[3]. Il est évident que la chorégraphie de Nijinski n’a plus rien à voir avec le ballet romantique et féérique rêvé par Théophile Gauthier. Notre thèse souhaite réfuter l’affirmation de Gaston Calmette en affirmant que « ces réalités animales » ont non seulement été acceptées par le public, mais sont également devenues des composantes importantes d’un mythe artistique et littéraire. Comment la scène chorégraphique européenne a-t-elle transformé entre 1910 et 1939 un art régi par de nombreuses règles esthétiques ? Comment tous ces nouveaux spectacles ont-ils été reçus par le public français et étranger ? Comment ont-ils touché l’avant-garde littéraire du début du siècle pour l’inspirer ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre au cours de notre réflexion et de nos recherches.



[1] Théophile Gautier, Ecrits sur la danse, Actes Sud Beaux-Arts, 1995, p. 236.

[2] Maurice Béjart, Un instant dans la vie d’autrui, Flammarion, 1979.

[3] Gaston Calmette, « Un faux pas », Le Figaro, 3 juin 1912, p. 47. (phrase mise en italique par nos soins)

Ariane Loraschi

Le Spectacle du sacré en Europe, des années 1940 à 1970, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Guy Ducrey, en collaboration avec Mme Tatiana Victoroff, sujet déposé en septembre 2016.

Ce projet fait suite à un mémoire de Master 2 qui comparait les Dialogues des Carmélites de Bernanos et ceux de Poulenc. Si cette étude avait pointé les singularités des deux œuvres, elle y avait également mis en évidence un point de convergence, les dialogues de film et l’opéra ayant chacun permis à leur auteur de s’emparer du sacré pour révéler une partie de leur moi intime d’homme et de créateur.

            C’est cette diversité dans le rapport au sacré, et les différentes possibilités d’expression qu’il offre qui nous ont interrogé ; ils donnent aujourd’hui lieu à un sujet de thèse portant sur le spectacle du sacré en Europe, des années 1940 aux années 1970 : alors que ces trois décennies signent l’avènement d’une société sécularisée, il semble néanmoins que le sacré y soit largement représenté dans les arts visuels. En plus d’être à rebours préoccupations de l’époque, il intéresse en outre des auteurs de gauche, athées voire anticléricaux qui, s’ils ne croient pas en Dieux, ne rejettent pas pour autant toute forme de religiosité.

            En examinant entre autres comment, pourquoi, en fonction de quoi, et à quelles fins le sacré est mis en scène, on cherchera à comprendre ce que sa représentation dans les arts visuels peut nous dire des réalités politiques, sociales, économiques et religieuses de l’époque.

            Une fois traité, ce sujet pourrait questionner en écho le rapport que notre société entretient aujourd’hui avec la foi, le sacré, la croyance, le religieux et les autorités religieuses, des notions aux frontières de plus en plus floues alors qu’elle paraissaient encore bien définies dans la période, pourtant trouble, que nous nous proposons d’étudier.

 

Maria Maruggi

Projet de thèse en littérature comparée sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, déposé en septembre 2014

 La mort du héros dans le roman moderne en Europe.

 

Ce projet de doctorat vise à proposer une lecture comparative d’ œuvres qui ont contribué à mieux définir l’image de la culture et de l’histoire européennes du XIXème et du XXème siècle. Il s’agit d’œuvres qui révèlent la position de certains des écrivains européens vis-à-vis des changements historiques, politiques et sociaux de l’Europe de cette époque.

Le corpus comprendra les romans suivants: La mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï, Les Buddenbrook de Thomas Mann, Le Temps Retrouvé de Marcel Proust, Les Années de Virginia Woolf, Le Guépard de Tomasi di Lampedusa et Mourir de Arthur Schnitzler.

Ces écrivains, dans des moments cruciaux de l’histoire moderne européenne, ont abordé le motif de la mort du héros comme mort symbolique d’une époque et d’une culture. Dans leurs romans, la mort des héros est symptomatique de la décadence de l’Europe aux XIXème et XXème siècles. Nous verrons comment des éléments comme le contexte critique de l’histoire, la subjectivisation du temps, l’attraction et la peur de la mort, le pessimisme schopenhauerien et le nihilisme nietzschéen, créent des liens intéressants entre les œuvres de Thomas Mann, Léon Tolstoï, Arthur Schnitzler, Marcel Proust, Virginia Woolf et Tomasi di Lampedusa. Nous pensons à l’étroite relation qui existe entre Le Guépard, Les Années et Le Temps retrouvé, notamment les réflexions sur le sens de l’histoire, sur le temps et sur la mort. Dans Les Buddenbrook, La mort de Ivan Ilitch  et Mourir on  retrouve  les enseignements de Schopenhauer, de Wagner et de Nietzsche; le pessimisme et le nihilisme sont portés aux conséquences extrêmes. La mort alors n’est plus un sujet d’attraction mais le prélude au néant depuis une vie qui s’en va sans avoir été vécue.

Antonio Marvasi

Antonio Marvasi,

 "Le discours critique de l'Europe (1918-1939). La circulation de la littérature étrangère dans les revues littéraires européennes de l'entre-deux-guerres (La Nouvelle Revue Française, Europe, Die Neue Rundschau, La Revista de Occidente, The Criterion, '900 - Cahiers d'Italie et d'Europe, La Critica)". Thèse de doctorat en cotutelle internationale sous la direction du Prof. Pascal Dethurens et du Prof. Gabriele Pedullà (Université de Rome3)
Sujet déposé en septembre 2016.
 
 
 
La fin de la Grande Guerre représente pour l’Europe un moment de profonde crise à la fois économique, politique et culturelle. La classe intellectuelle européenne est partagée, selon des modalités différentes en fonction des espaces, entre révolution et tradition, tant au sens esthétique (avant-garde vs. « retour à l’ordre ») qu’éthique (démocratie libérale vs. totalitarismes).
La revue littéraire, en tant que support où l’on accueille un texte à la fois critique et artistique, interroge la théorie littéraire par plusieurs aspects ; elle se présente en effet comme le lieu privilégié pour l’étude de la vie littéraire en acte, dans ses liens avec l’actualité historique.
Nous proposons alors de nous intéresser aux enjeux et aux mécanismes de la représentation et de la réception des littératures étrangères dans les revues littéraires au lendemain de la Grande Guerre : étudier la littérature dans le monde à travers l’analyse d’un support textuel qui se caractérise par son rapport à l’actualité littéraire et politique, dans une période où les problématiques littéraires et politiques présentent une forte tendance, dans toute l’Europe, à se superposer. Par une analyse géocritique des sommaires, nous pourrons donner une représentation cartographique et statistique de la circulation de la littérature étrangère. Par l’étude de cette circulation nous pourrons interroger l’élément idéologique sur lequel se fonde le discours sur une Europe littéraire, discours qui naît à cette époque en réaction à la crise qui suit le Grande Guerre.
Dans les faits, nous allons dessiner des graphes pour quantifier exactement la présence de chaque littérature étrangère dans la période étudiée, ainsi que des cartes des relations et des échanges entre les hommes qui animent les rédactions, non seulement en ce qui concerne la réception de la littérature étrangère, mais aussi la circulation des idées que ces mouvements de la littérature dans l’espace impliquent et provoquent.

Suzel Meyer

Suzel Meyer Voix féminine et voix universelle : enjeux de la littérature féminine, de Virginia Woolf à Annie Ernaux, Thèse de littérature comparée, sous la direction de M. Patrick Werly, sujet déposé en automne 2016.

Le terme de « littérature féminine » renvoie ici à une littérature dont les thèmes et le point de vue sont spécifiquement féminins, c'est-à-dire que les sujets abordés concernent la condition des femmes à un moment donné et sont moins représentés, voir ignorés, dans la littérature et dans la vie sociale. Cette littérature féminine est écrite par des autrices informées à la fois par leurs expériences personnelles ainsi que par un contexte de revendications féministes. Bien sûr, de nombreuses autrices écrivent aussi sur des sujets qui ne relèvent en rien de la condition des femmes ou d’un point de vue féminin ; on s’intéresse ici aux autrices qui se positionnent sous la bannière d’une littérature de femmes, par des femmes et sur des femmes, elles ont réfléchi aux questions de la place des femmes dans la société et dans la littérature, et cette réflexion est visible dans leur fiction. Elles sont informées par leur contexte social et personnel, qui modèle la manière dont elles représentent, dans leur écriture, les questions sur la condition des femmes et les questions de genre.

Virginia Woolf, autrice anglaise du début du vingtième siècle, a personnellement ressenti la condition problématique des femmes en Angleterre et a travaillé avec le mouvement des suffragettes. Ses romans (Mrs Dalloway, To the Lighthouse, Orlando, The Waves, The Years) comme ses essais (A Room of One’s Own, Three Guineas) et ses journaux montrent des personnages féminins qui font l’expérience d’une condition féminine opprimée. Woolf et ses positions sur le rapport des femmes et de la fiction (l’essai A Room of One’s Own/Un lieu à soi ayant ouvert la voie à la critique littéraire féministe) ont influencé un bon nombre d’autrices, dont l’écrivaine française Annie Ernaux et son roman Les Années, qui possède un lien fort avec The Years et The Waves. Chez Ernaux,  le point de vue narratif est informé par cette même condition féminine problématique, et les thèmes abordés relèvent un point de vue spécifiquement féminin (l’éducation genrée, le mariage, la maternité, le corps et la santé des femmes…)
Les romans The Waves et The Years de Woolf et Les Années d’Ernaux sont étudiés dans une perspective comparatiste: Woolf tend à la déconstruction du sujet et du genre, puisque la singularité du personnage et de la parole féminine est remise en question dans The Waves, où la parole est interchangeable ; Les Années établit un dialogue avec The Years et The Waves en ce que la parole est à la fois singulièrement féminine et à la fois universelle et interchangeable, dans un texte qui raconte l’histoire de France de la deuxième moitié du vingtième siècle orientée par ce point de vue féminin.

Les points de vue dans cette littérature féminine sont donc féminins via l’autrice, la voix narrative et les personnages, mais on considère la fiction et la littérature comme universelles : l’objectif du travail de recherche est d’éclairer les modalités et les enjeux d’une telle littérature. Comment une expérience vécue par un être singulier qui est ouvertement et spécifiquement féminin peut-elle être généralisée et universalisée ? Quels sont les enjeux et les implications d’une voix féminine quant à l’universalité du personnage et de la fiction littéraire ?
Les moyens pour dire de façon universelle l’expérience singulière des voix féminines sont une des interrogations des études de genre et des études culturelles, qu’on applique ici à l’étude de la littérature. L’apport de ces cultural studies reste cependant à l’arrière-plan de l’étude littéraire de l’œuvre et du texte, pour complexifier et poser un regard différent sur le texte, en ayant une pratique modérée et prudente de la transdisciplinarité.

La problématique et le grand nombre de questions qu’elle soulève sont appliquées à un corpus littéraire déterminé ; il ne s’agit pas de dire des vérités sur la littérature féminine, ni des généralités sur toute la production littéraire, mais bien de lire autrement certaines autrices. Le noyau du corpus se situe autour des œuvres de Virginia Woolf et d’Annie Ernaux, et l’on y invite des autrices proches de cette filiation, dont les écritures entrent en dialogue, comme Simone de Beauvoir, ainsi que des autrices plus contemporaines. L’amplitude historique entre le début du vingtième et l’époque contemporaine permet de marquer une distance et une évolution historique. C’est principalement au vingtième siècle que fleurissent en Europe les revendications pour les droits des femmes et, en parallèle, une représentation accrue dans la littérature. C’est pourquoi il semble pertinent de s’intéresser en particulier à ce siècle de forts bouleversements sociaux autour du statut des femmes, et de placer en parallèle la crise du roman moderne (masculin). Les questions n’ont pas les mêmes réponses selon qu’elles sont posées par Woolf, Ernaux ou par d’autres, les normes et conventions ayant en partie changé.

L’ objectif de la thèse est d’étudier le texte littéraire avec l’appui des études culturelles et des études de genre, c’est-à-dire de réinscrire l’analyse littéraire dans un moment historique, un contexte social et culturel, et des rapports de pouvoir et de genre, en analysant à leur lumière la narration, le style, le genre littéraire, la représentation des femmes et la réception des textes. La littérature peut nuancer, transformer, subvertir la réalité sociale, et la littérature féminine qu’on analyse ici modifie les représentations et les rapports de genre ; on montre en quoi c’est précisément la littérarité qui défait ou dénaturalise le genre. Lire les œuvres littéraires de Virginia Woolf et Annie Ernaux à la lumière des questions de genre permet de faire la lecture d’une nouvelle singularité et d’une nouvelle universalité dans le texte, ce qui a des conséquences sur sa réception et perception par le lectorat et la société. Il s’agit alors de lire la littérature à travers le prisme du genre, mais aussi de lire le genre à travers le prisme de la littérarité, et de montrer ainsi une autre compétence de la littérature.

Louis-César Morethe

Citadelle d’Antoine de Saint Exupéry : Poème ou Œuvre de Philosophie ?
Étude de Poétique Comparée du statut générique de l’œuvre posthume de l’écrivain-aviateur.

Thèse de doctorat sous la direction de M. Yves-Michel Ergal, commencée en automne 2013

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            Parue pour la première fois en 1948, soit quatre ans après la mort de son auteur, Citadelle de Saint-Exupéry a bien failli constituer son second tombeau. Finie l’écriture poétique du ciel et des étoiles qui chantait le long des pages de Courrier Sud, finie l’écriture resserrée, un peu austère, à la gloire de cette action pour « une cause qui nous dépasse » que l’on trouvait dans Vol de Nuit, finie cette écriture « reportage » que Gide lui avait suggérée pour Terre des Hommes, cet humanisme optimiste, qui lui valut le Grand Prix du Roman de l’Académie française en 1939. Finie, enfin, cette écriture chevaleresque et poétique qui caractérisait son engagement dans la résistance en 1942 dans Pilote de Guerre et finie, bien sûr, cette écriture magique à la portée universelle qui émane du Petit Prince et qui constitue, dit-on, son chef d’œuvre.

            Rien de tout ce qui avait semblé caractériser et fait jusqu’alors l’écriture de « Saint’EX » ne semblait se retrouver dans ce pavé de près de 700 pages dont la critique dira rapidement qu’il y est fait l’apologie d’«une morale réactionnaire » baignant dans une « parfaite et interminable prose poétique d’autodidacte aux relans nitzschéens ». Si l’œuvre, fut présentée par la famille comme un brouillon, un texte inachevé mais aussi comme la « somme philosophique » de toute une vie, comme une somme de ses recherches poétiques, l’argument n’a guère convaincu la majorité des critiques d’alors.

            Si Citadelle n’est jamais vraiment, totalement, tombée dans les abîmes de l’oubli, puisqu’un certain nombre d’éditions ont vu le jour, il n’en demeure pas moins qu’elle est restée jusqu’aujourd’hui, l’œuvre un peu honteuse dont on préfère ne pas trop parler et qui, au regard de près de 70 années de recherches universitaires depuis sa parution, reste en France, insuffisamment étudiée. (En témoigne cet exemple frappant : l’œuvre que l’on peut acheter dans le commerce aujourd’hui n’est qu’une édition abrégée.)

            De surcroît Citadelle semble avoir été victime de deux grands courants universitaires dont les relations se sont avérées rapidement schismatiques : l’un voyant en Citadelle un Poème, interprétation majoritaire en France, et l’autre voyant en Citadelle une œuvre avant tout philosophique ou plus précisément de Philosophie, minoritaire en France et majoritaire à l’étranger.

            L’objet de notre thèse est donc le suivant : après une étude de réception de Citadelle par la Critique tant journalistique qu’universitaire depuis sa parution en France et à l’étranger, et plus précisément en Europe et dans le monde anglo-saxon, montrer à travers l’étude de la genèse de l’œuvre, des témoignages et des carnets qu’a pu laisser Saint-Exupéry, comment a pu se poser ce problème du statut générique de cette œuvre posthume, juger de sa pertinence et y apporter une réponse nouvelle.

            Ce bilan historique couvrant la genèse de Citadelle jusqu’à sa réception par la Critique veut montrer que la facture même de Citadelle constitue de surcroît bel et bien un problème de Poétique Comparée, au plan formel et structurel, relevant, lui aussi, de fait, de la Littérature Comparée.

            Nous souhaitons donner une vue d’ensemble cohérente de la démarche créatrice de Saint-Exupéry, de son Art Poétique. Cette étude montre que la démarche créatrice qu’il adopte naît d’une réflexion poussée sur le langage. Celle-ci l’amène à écrire selon une démarche double, laquelle démarche lui appartient en propre : une démarche conceptuelle qu’il désigne lui-même sous le nom de  « système conceptuel » (et dont divers documents signés de la main même de Saint-Exupéry attestent) et une démarche figurative et symbolique dont Geneviève Le Hir, à la suite du feu Professeur Michel Quesnel, a montré les caractéristiques principales.

            Une étude approfondie de l’Art Poétique de Saint-Exupéry constitue une condition importante pour la compréhension des problèmes posés par Citadelle sans quoi meilleure compréhension de l’œuvre, croyons-nous, ne peut et ne pourra voir le jour. Ceci montrera notamment pourquoi telle ou telle école d’interprétation s’évertue à classer Citadelle tour à tour en Littérature ou bien en Philosophie.

            Texte polymorphe du point de vue discursif, Citadelle relève de par le système conceptuel exupéryen du texte de Philosophie et de par sa recherche dans l’utilisation du symbole et de la métaphore, de la Poésie.

            De fait, Citadelle relève d’un véritable problème de Poétique Comparée et donc de Littérature Comparée au titre où M. Camille Dumoulié, Professeur de Littérature Comparée à l’Université Paris X – Nanterre, l’entend dans son ouvrage Littérature et Philosophie : « si l’on prend acte de cette division de l’hétérogénéité des discours (littéraire et philosophique), on comprend que l’étude des rapports qui lient la philosophie et la littérature relève de la littérature générale et comparée. Et ceci, à trois titres au moins : dans la perspective de l’histoire des idées, en fonction d’une problématique strictement comparatiste, eu égard à la méthodologie de la lecture des textes induites par ce parallélisme. » [1]

            Notre thèse intègre une analyse des dernières recherches concernant l’étude linguistique des différents types de discours (Littéraires et de Philosophie) menées par les Professeurs Frédéric Cossutta et Dominique Maingueneau.

            Le dernier mouvement de notre étude s’attache à monter qu’au-delà du problème de Poétique Comparée qui est le nôtre, une étude des « influences », de la « réception » des philosophes connus de Saint-Exupéry et ayant pu avoir un impact tant sur son style que sur son système conceptuel est non seulement légitime mais encore absolument nécessaire.

On y étudiera donc, par exemple, un Saint-Exupéry lecteur de Nietzsche et, plus spécifiquement, du Zarathoustra. (Nous avons pu grâce au concours de la Succession Saint-Exupéry déterminer dans quelle traduction Saint-Exupéry avait lu Nietzsche, fait important puisque, faut-il le rappeler, Saint-Exupéry ne connaissait d’autres langues que la langue de Molière. Comprendre « le Nietzsche de Saint-Exupéry » exige donc de lire Nietzsche dans la traduction dans laquelle il l’a lu.) D’autres philosophes seront notamment convoqués tels que Pascal, Bergson ou Maritain ou encore Sartre, cette fois, en tant que lecteur de Saint-Exupéry.

 

 

Mots clefs : Poétique Comparée, Littérature Comparée, Philosophie, écriture de la Philosophie, Liens entre Littérature et Philosophie, Argumentation, Rhétorique, écriture de l’oralité, Saint-Exupéry, Maritain, Werth, Nietzsche, Bergson, Sartre, Pascal, Teilhard de Chardin, Thomisme, Néo-Thomisme, Existentialisme 



[1] Camille Dumoulié, Littérature et Philosophie, Armand Colin, Paris, 2002



Laurent Mourey

« Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change » Présence et réception de Mallarmé dans la poésie française après 1945 - autour de Bonnefoy, Deguy, Maulpoix, Meschonnic

Thèse de doctorat sous la direction du Professeur Michèle Finck, commencée en automne 2013.

Pour beaucoup de poètes après 1945 écrire n’a pas lieu sans que Mallarmé n’y soit présent, à titre d’objet de réflexion sur la poésie et le langage et, plus largement, comme un interlocuteur avec lequel l’écriture chemine et s’invente. C’est à une réception en acte de poésie et de poèmes ainsi qu’en réflexion théorique que nous nous intéresserons, dans des allées et venues entre Mallarmé et les poètes qui l’ont lu, le lisent et ne cessent d’interroger son œuvre dans la réserve et l’adhésion. L’étude s’articulera principalement autour de quatre œuvres qui posent avec acuité et parfois même gravité la question de la poésie : Yves Bonnefoy, Michel Deguy, Jean-Michel Maulpoix, Henri Meschonnic. Il s’agira de faire dialoguer les points de vue au double sens de faire converser et de parcourir les discours poétiques sur et avec Mallarmé. Ce travail ne mettra pas à l’écart les disputes comme les convergences qui se logent dans les différents points de vue confrontés, la dispute étant aussi bien un examen critique qu’une manière de discuter et de raisonner. Par ailleurs nous nous pencherons sur le rapport à Mallarmé comme un inévitable rapport à soi. Le choix des quatre poètes cités pour constituer le corpus principal et central des réceptions de Mallarmé après 1945 permettra un examen des rapports entre poésie et ontologie, poème et théorie du langage, expérience du dire poétique et philosophie, sujet et lyrisme. Autant dire que penser le rapport revient à penser la poésie au présent en un état des lieux des pratiques et conceptions. Nous nous consacrerons dans le sillage des quatre problématiques convoquées à d’autres poètes dont la lecture de Mallarmé est elle aussi décisive, citons entre autres Bernard Noël, André du Bouchet, Salah Stétié ou encore Bernard Vargafitg et Jacques Ancet.

L’étude de la réception tentera de s’associer à une écoute de la présence de Mallarmé à titre d’objet d’une écriture réflexive autant qu’en sous-texte. Mallarmé figure alors une sorte d’inconscient poétique ou d’inconscient du langage, une présence disséminée dans des citations ou quasi-citations qui relèvent à la fois d’un usage de son œuvre et d’un entretien parfois imprévu et imprévisible avec un poète qui a pu susciter incompréhensions et malentendus. Il ne s’agira pas de reconstituer une supposée vérité de l’œuvre mais de questionner et de travailler sur des lectures qui se confrontant à Mallarmé en montrent l’actualité et en font un événement poétique. Nous nous attacherons également aux poèmes des auteurs du corpus pour déceler des résonances avec l’auteur entre autres d’Igitur, des Divagations, des Poésies et du Coup de dés pour se mettre à l’écoute de l’historicité d’un poète « tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change ».

 Quelques éléments bibliographiques pour l’étude de la réception de Mallarmé après 1945 :

Yves Bonnefoy :

- Lieux et destins de l’image, Un cours de poétique au Collège de France 1981-1993, Paris, Le Seuil, 1999.
- Sous L’Horizon du langage
, Paris, Mercure de France, 2002.
- L’Imaginaire métaphysique
, Paris, Le Seuil, 2006.
- Le Siècle de Baudelaire
, Seuil, 2014.

Michel Deguy

- Figurations, poèmes- propositions – études, Paris, Gallimard, 1969.
- Le Tombeau de Du Bellay, Paris, Gallimard, 1974.
- La Raison poétique, Paris, Galilée, 2000.
- L’Impair, Farrago, 2000.

Jean-Michel Maulpoix :

- Le Poète perplexe, Paris, José Corti, 2002.
- Adieux au poème
, Paris, José Corti, 2005.
- La Musique inconnue, Paris, José Corti, 2013.
- Une Histoire de bleu
(1992), suivi de L’Instinct de ciel (2000), préface d’Antoine Emaz, Poésie/Gallimard, 2000.

Henri Meschonnic :

- Critique du rythme, anthropologie historique du langage, Lagrasse, Verdier, 1982.
- Ecrits sur le Livre, « Mallarmé au-delà du silence », introduction à Mallarmé, choix de textes, Paris, Ed. de l’Eclat, 1986.
- Célébration de la poésie, Lagrasse, Verdier, 2001.
- Pour sortir du postmoderne, Paris, Klincksieck, 2009.

 

 

 

 

 

Nasser Nabavi

Artiste, société et Histoire dans l’œuvre de Pierre Michon, thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, sujet déposé en décembre 2013.

 

Présentation :

 Depuis presque vingt ans, Pierre Michon est considéré comme l’un des meilleurs écrivains contemporains français, l’un des « déjà classiques ».  Les raisons de cette importance sont multiples. En effet, depuis le début des années 1990, les spécialistes de la littérature contemporaine ont consacré un énorme travail critique et universitaire à quelque douzaine de livres de « taille médiocre » que cet écrivain exigent, tenté toujours par le désir d’une langue parfaite ou comme le dit lui-même d’« une écriture absolue », a publié. Ainsi, jusqu’au présent, son œuvre est analysée de divers points de vue. Dans la thèse que nous allons préparer, nous nous concentrons sur l’un des points cruciaux pourtant rarement abordés qui a laissé des traces évidentes, ici et là, dans ses textes. Il s’agit de la figure omniprésente de l’artiste (au sens général du terme qui comprend aussi bien le peintre et le musicien que l’écrivain ou le poète) occupant une place de choix dans deux tiers de l’œuvre de Michon. De la Vie de Joseph Roulin à Les Onze, en passant par L’Empereur d’Occident, Maîtres et serviteurs, Rimbaud le fils, Le roi du bois, Trois auteurs et Corps du roi, l’œuvre de Michon est particulièrement éclaircissante au sujet de l’artiste en représentant minutieusement les relations que celui-ci entreprend avec la société de son temps et, d’une manière plus large, avec l’Histoire. De cette façon, tout au long de cette thèse, nous essaierons de voir comment la société et l’Histoire influencent le travail de l’artiste et réciproquement comment celui-ci

Gabriella Quadrato

 Le Laboratoire narratif des années 1910

thèse en littérature comparée, en cotutelle, sous la direction du Prof. Guy Ducrey (Université de Strasbourg) et du Prof. Francesco Fiorentino (Université de Bari). Sujet déposé en septembre 2013.

Les années 1910 sont des années bouillonnantes : manifestes de peintres, musiciens et écrivains se succèdent, les ouvrages de Freud sont traduits, le bergsonisme est triomphant, Mallarmé est redécouvert. Les premiers avions prennent leur envol, les voyages en automobile deviennent de plus en plus fréquents, le paysage urbain se transforme. Si l’imaginaire européen se peuple de figures nouvelles, plus profondément c’est le rapport entre sujet et expérience qui se renouvelle, c’est la façon de percevoir le moi à changer. Dans ce cadre de rénovation des codes d’exploration du monde extérieur et de l’intériorité, quelle est la place de la parole romanesque ? Le terme « crise » est effectivement, depuis Marcel Raymond, le terme plus approprié pour définir le genre. Huysmans avait déclaré son « désir de briser les limites du roman », Paludes d’André Gide dénonçait le marécage dans lequel s’est enfoncé le roman, Marcel Schwob évoquait la nécessité d’un roman d’aventures dans le sens le plus large du mot. Les expériences étrangères, surtout russes et anglaises, deviennent les modèles. Le mépris du romanesque ne coïncide pas avec un refus du narratif : la crise et la décadence du genre sont refondatrices. Les formes narratives sont l’espace d’une recherche dynamique et à plusieurs acteurs. Parmi les écrivains de ce laboratoire on peut mentionner : Henri de Régnier (né en 1864), Colette (née en 1873), Charles-Louis Philippe (né en 1874), Jean de Tinan (1874-1898) ; puis pour la génération suivante Victor Segalen (1878), Guillaume Apollinaire (1880), Roger Martin du Gard (1881) ; plus jeunes Blaise Cendrars (1887) et Jean Cocteau (1889). Le débat est multiforme et il dépasse largement la Nouvelle Revue Française, trop souvent considérée comme le seul lieu de rénovation. Ce travail se propose de faire la lumière sur le laboratoire narratif des années 1910, d’analyser les procédés d’innovation formelle, les principes poétiques, les constantes et les variantes des nouvelles solutions esthétiques.

Article en préparation : « Entre Paludes et La Vagabonde. Une esthétique romanesque de l’errance » (présenté au cours de la Journée Alumni CLE, Alma mater studiorum Università di Bologna).

 

Marie-Charlotte Quin

 Colette illustrée

Thèse de doctorat de littérature comparée, sous la direction de Guy Ducrey, cotutelle en préparation avec l'université de Lausanne (Prof. F. Vallotton dir.), sujet déposé en automne 2016.          

Colette a l’image au bout de la plume. Elle ne tient pas de journal, sa mémoire est, avant tout, visuelle. L’image se créée sur sa rétine puis transparaît sur la page au gré des flux et reflux de sa mémoire. Son regard affûté à la beauté est à l’origine de cette écriture propice à l’illustration. L’esprit de Colette trace les lignes intériorisées, qu’elle transpose par les mots plutôt que par le dessin, mais reste toujours fidèle à l’image collectée grâce à la passion de l’observation, du spectacle de la vie. De cette poétique si particulière : l’alphabet colettien, naît l’illustration, un retour à la représentation graphique, une ligne de crayon tracée qui suit l’arabesque colettienne. Toutefois, le phénomène de l’illustration de l’œuvre de Colette ne peut être réduit au fruit d’une écriture de l’image, il est aussi celui de rencontres, de collaborations et de promotions. Femme moderne, s’il en est, Colette connaît les rouages de la publicité, de la promotion et surtout, le pouvoir de l’image, le pouvoir de son image d’écrivain-saltimbanque libéré des conventions, de la bienséance. L’image devient reflet, double artistique ; sa personnalité toute entière, de même que son apparence, sont utilisées à des fins promotionnelles. Les éditeurs, collaborateurs, amis, artistes jouent, également, un rôle très important dans l’abondance de titres illustrés. Afin de bien comprendre le phénomène d’illustration de l’œuvre de Colette, 170 œuvres éditées par près de 70 éditeurs, il est nécessaire d’entreprendre une sociologie de l’édition colettienne. Sont-ils tous des éditeurs spécialisés dans le livre illustré ou sont-ils amenés à cette pratique par un tiers ? De même, se pose la question du choix des textes qui sont illustrés. Certains textes ont-ils échappé à cette mise en image ? Par l’étude des modalités de l’édition illustrée colettienne, on pourra mettre en valeur un système d’interrelations entre les différents acteurs et ainsi, mieux comprendre les particularités de ce transfert sémiotique vers l’image.

Camille Riquier

Camille Riquier, est chargée de recherches documentaires à la Bibliothèque nationale de France. Elle bénéficie d'un contrat doctoral à l'université de Strasbourg et assurera à partir de janvier 2017 un enseignement à l'Institut de littérature comparée.

Recherche:

Néoclassicisme et littérature en danse dans l’Europe de la Seconde moitié du XXe siècle : Roland Petit et John Neumeier, parcours croisés.
Thèse de doctorat en littérature comparée sous la direction du Professeur Guy Ducrey, sujet déposé en septembre 2016.

 

Résumé

L’hypothèse posée par ce projet est la suivante : si le ballet narratif ‒ à l’ombre du grand répertoire classique et de la danse moderne ‒ se réinvente dans l’Europe de la seconde moitié du XXe siècle, c’est bien par le biais de la littérature qui lui donne un nouveau souffle. De Lifar à Petit et Béjart en France en passant par Ashton et Macmillan en Grande Bretagne, Cranko et Neumeier en Allemagne, c’est un phénomène d’ampleur qui se dessine : assurément plusieurs centaines de ballets en Europe depuis les années 1940 jusqu’à nos jours. Durant cette période, les rapports entre danse et littérature se renouvelleraient tant et si bien que ces arts en viendraient à se féconder mutuellement, sous l’impulsion de chorégraphes dits « néoclassiques » qui sont à la fois lecteurs assidus et écrivains à leurs heures perdues. Pourquoi le néoclassicisme se ressource-t-il au sein de la littérature à cette période ? Comment les chorégraphes s’approprient-ils le livre choisi, en lieu et place du livret écrit par l’intermédiaire qu’était jadis le librettiste ? Dans quelle mesure l’écriture chorégraphique de ces artistes de la danse est-elle infléchie par l’œuvre littéraire qu’elle digère au plus près ? Enfin, l’écriture de livres telle que la pratiquent ces chorégraphes est-elle infléchie en retour par leur pratique de la danse ? Voilà les questions que ce travail propose d’aborder, notamment à partir de deux chorégraphes-écrivains : Roland Petit (1929 ‒ 2011), représentant éminent et actuellement sous-estimé de l’école française, et John Neumeier (1942 ‒ ), figure majeure de l’école anglo-saxonne implantée en Allemagne.

 

Publications

« Écrire, filmer, danser Orphée. Cocteau et le Jeune Homme et la Mort. », contribution aux actes du colloque « Littérature comparée et cinéma », à paraître aux Presses Universitaires de Strasbourg.

« Imaxtes » in Co/opérateurs, écriture et photographie, Lyon, ENS Éditions, 2013.

Bastien Schmitt

L'Éther et les viscères. Itinéraire mystique de la poésie contemporaine. Thèse de doctorat sous la direction de Mme le Professeur Michèle Finck, commencée en septembre 2011.

Àla charnière des XIIIè et XIVè siècles, en plein essor économique, l'Alsace connut un bouleversement spirituel et socio-économique qui contribua à en faire une région à l'identité si forte qu'une certaine indépendance du Saint Empire romain-germanique en découla. Ce courant théologique est connu sous le nom de mystique rhénane, son influence prenant ses racines au studium generale de Köln et s'étendant jusqu'en Flandres et à Bâle. Maître Eckhart fut la figure de proue de ce mouvement, depuis son apostolat à Strasbourg jusqu'à  sa mort vers  1327. Ses deux disciples alsaciens, Jean Tauler et Henri Suso se chargèrent de la prédication mystique dans les béguinages alsaciens, jusque dans les années 1360. Ainsi naquit une tradition spirituelle visant à chercher Dieu à l'intérieur de soi, dans les profondeurs de l'âme humaine: le Grund.

Ce travail cherchera à comprendre la filiation spirituelle qui unit la mystique rhénane à un corpus de poètes contemporains ayant soit un lien fort avec l'Alsace, soit une spiritualité exacerbée transparaissant de leurs écrits. Jacques Goorma, Alfred Kern, Roger Munier, Jean Manbrino, Gérard Pfister, Alain Suied et Claude Vigée sont autant d'exemples qui semblent établir une filiation remontant à Maître Eckhart en passant par Angelus Silesius.

Si la spiritualité rhénane occupera une place centrale dans cette thèse, l'optique contemplative de la mystique demandera également de se pencher  d’une part sur les influences orientales de ce corpus de poètes. Entre haïku et hindouisme, soufisme et kabbale, la mystique est au cœur de tout un pan de la poésie contemporaine. D’autre part, la mystique chrétienne dans sa dimension européenne, sera également à considérer comme formatrice de la pensée de certains des poètes du corpus: Saint Jean de la Croix, Julienne de Norwich, Marguerite Porete ou Richard Rolle pourraient ainsi être autant de pistes d’intertextualité permettant une réactivation du débat spirituel au sein de la poésie contemporaine.

L'Alsace semblerait être un terreau fertile à une mystique qui lui est propre, mais aussi à des visions spirituelles étrangères qui ne manquent pas encore aujourd'hui de faire germer une poétique fondamentalement humaniste.

Zeynab Sadeghi

Raison, imaginaire et folie au prisme de l’amour dans les œuvres d’André Breton et de Sadegh Hedayat, thèse de doctorat sous la direction de M. Patrick Werly, sujet déposé en automne 2015

 L’amour se définit, en général, comme un sentiment généreux et altruiste. Mais la passion issue d’un amour profond, souvent inexplicable, entraîne parfois l’individu au point qu’il se perd au profit de l’aimé(e) ou d’un Autre. L’amour est certainement le thème le plus approprié pour étayer une telle étude de la folie dans la représentation de l’être humain. Chez Breton et Hedayat, la femme et l’amour sont de véritables mythes qui désignent la folie, le suicide et la mort. Il est, donc, la question de la folie de personnages féminins sous l’influence d’histoires mythiques, celles de Mélusine ou de Gradiva.

Ce travail de recherche tente de dévoiler, comment un rêve devient une folie ? Comment peut-il s’insinuer dans l’imaginaire et dans ce que l’on dénomme l’hallucination ? Et en quoi ceux-ci peuvent-ils se transformer en une certaine réalité ? Est-ce que l’amour peut prendre une place dans le monde surnaturel ? Quel rapport existe-il entre la folie et le mouvement surréaliste ? Quelle importance auront ces questions que se posent les deux littératures, française et persane ? et quelles correspondances existent entre elles ?

Cette recherche tente également de démontrer, comment Breton et Hedayat aient souhaité trouver le bonheur dans l’amour des personnages féminins.

Gwenaële Vincent-Böhmer

Romain Rolland et René Schickele, deux écrivains engagés pour l’Europe (1900-1933), thèse co-dirigée par le Professeur Pascal Dethurens et de Mme Maryse Staiber, Professeur d’Etudes Germaniques à l’université de Strasbourg, sujet déposé en septembre 2010

 

Romain Rolland (1866-1944), prix Nobel de Littérature 1916, et René Schickele (1883-1940), membre de l’Académie Prussienne des Arts, peuvent être considérés comme des pionniers de l’idée européenne, autant par leur culture, par leurs activités littéraires, que par leur engagement politique en faveur de la réconciliation franco-allemande et européenne. La culture germanique a été déterminante pour Romain Rolland dans sa jeunesse et son roman-fleuve, Jean-Christophe (1904-1912), roman visionnaire, en appelle à l’entente franco-allemande comme pilier de l’entente européenne, tandis que pour l’Alsacien René Schickele, de langue maternelle française, mais écrivain de langue allemande, la réconciliation franco-allemande est une nécessité, autant pour son équilibre personnel que pour la paix en Europe.

Ces deux hommes, qui se sont connus lors de leur exil en Suisse de 1915 à 1919 et qui ont correspondu pendant de longues années, vont voir leur parcours diverger à jamais au début des années 30, au moment où Rolland devient un « compagnon de route » du Parti Communiste, tandis que Schickele garde toute sa lucidité face aux idéologies.

Nous analyserons l’itinéraire des deux écrivains engagés des années 1900 jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Hitler en 1933.

Lina Villate Torres

Les représentations littéraires de la contagion chez Thomas Mann, Albert Camus, Gabriel García Márquez et Philip Roth, thèse de doctorat de littérature comparée sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, sujet déposé en septembre 2013.

Plus encore que la maladie, ce qui est redouté c’est la contagion, la transmission du mal. De manière plus générale, ce qui inspire la crainte est le fait que des choses puissent passer d’un individu à un autre individu et entrainer des effets d’ensemble considérables, et que cela ne puisse être soumis à aucune forme de contrôle, que celle-ci soit le fait de l’autorité médicale ou de grandes figures d’ordre. Le phénomène contagieux suppose, en effet, que l’altération du sujet est transmissible à grande échelle. L’effet d’entraînement irrémédiable qui caractérise les épisodes épidémiques sert également à décrire les effets induits par les représentations, notamment dans la fiction. De fait, la contagion interroge plus particulièrement l’impact social de cette dernière ainsi que ses représentations. Á partir des romans La peste d’Albert Camus, L’amour aux temps du choléra de Gabriel García Márquez, La Montagne magique de Thomas Mann et Némésis de Philip Roth ; il s’agit d’interroger d’une part la manière dont un événement individuel (la maladie) s’articule à un processus collectif; et d’autre part les effets induits par le discours littéraire.

Susanna Werger

Le Caractère destructeur de l'art: Musiques et Performances des Avant-Gardes autour des deux conflits mondiaux,

thèse de doctorat sous la direction du Prof. Pascal Dethurens, sujet déposé en septembre 2012, en cotutelle avec l'université de Heidelberg


Cette thèse se présente comme un travail transdisciplinaire, unissant des sujets et aspects méthodiques de la littérature comparée et de la musicologie.Dans ce travail de recherche, il sera question des manifestes d'avant-gardes du début du 20ème siècle ainsi que de leur influences esthétiques sur la musique et la performance, à savoir le théâtre, les « Soirées » des avant-gardistes, l'activisme politique. En ce qui concerne le corpus de mon projet, j'utiliserai les textes (manifestes, littéraires), les compositions et les témoignages de représentations théâtrales, écrits par des figures principales du futurisme, dadaïsme et surréalisme de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Russie, du Portugal et de la Suisse. Ceux-ci seront traités en fonction de leur pertinence vis-à-vis de la question de la destruction et de la violence dans l'art.

Il s'agira de démontrer comment s'est développée une dynamique destructrice dans le caractère, la rhétorique et dans l'activisme artistique de la période de l'Entre-deux-guerres dans toute l'Europe, à partir des pays cités ci-dessus.

Dans ce travail, j'étudierai trois formes d'expression différentes : la littérature, la musique et la performance. Le choix d'auteurs de manifestes s'explique par la pertinence de leur rôle au sein des différents mouvements d'avant-gardes de cette époque. Les textes littéraires ont été choisi selon leur contenu, leur expression et rhétorique destructeur, mais aussi selon des critères esthétiques, notamment l'harmonie entre la forme, le style et le contenu, ainsi que la réception posthume.

J'analyserai au début les manifestes et les textes les plus polémiques en fonction de leur esprit novateur et leur portée esthétique et sociale. Il s'agit des écrits de F. T. Marinetti, L. Russolo, F. B. Pratella, T. Tzara, G. Apollinaire, A. Breton, de la poésie de F. Pessoa et son « hétéronyme » Álvaro de Campos, les poèmes de V. Maïakovski, ainsi que les opinions de A. Artaud sur le théâtre.

Dans la partie consacrée à la musique, trois systèmes de composition avant-gardiste seront analysés : la poésie sonore, durchkomponiert, dans la Ursonate de K. Schwitters. Puis, les compositions de É. Satie, spécialement Parade, vues à travers le prisme de son époque et son patrimoine musical chargé, seront discutées. Nous mettrons en relief la manière autonome dont Satie compose pendant ces années d'avant-gardisme omniprésent. Il sera par ailleurs question des idées de F. Pratella, F. Casavola et L. Russolo en ce qui concerne l'orchestre futuriste, ainsi que l'analyse de certaines de leurs œuvres, par exemple les Futurlieder de Casavola.

Le troisième champ thématique englobe les différents types d'expression que l'on regroupe aujourd'hui sous la notion de performance. En plus des lieux de représentation les plus communs, comme les théâtres, les cabarets, les cafés et le cirque, il sera intéressant d'examiner des lieux alternatifs comme les maisons privées où se déroulent les « Soirées » artistiques. En outre, la mise en scène du corps humain et son potentiel performatif feront partie de ce champ thématique. Dans « L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique », W. Benjamin souligne le rôle de l'individu dans des conflits armés ainsi que la dissolution de l'individu dans la masse, qui, elle-même, agira de manière autonome et surtout auto-destructrice.

La rue, pour finir, se présente comme lieu de rencontre pour la population des villes modernes, souvent citées dans les manifestes et textes étudiés. En tant qu'utopie urbaine, la rue offre un espace d'expression artistique et politique idéal. Pour illustrer ce rôle, nous traiterons des manifestations futuristes du nord de l'Italie (par exemple Milan, Trieste) vers 1909 et 1910 ainsi que des tentatives de mobilisation politique des surréalistes.



HABILITATIONS À DIRIGER DES RECHERCHES (Soutenues)

Habilitation de M. Patrick Werly, le 21 novembre 2014 à 9h

L'Institut de littérature comparée se réjouit d'annoncer que M. Patrick Werly (Université de Strasbourg) a soutenu son Habilitation à diriger des recherches le vendredi 21 novembre 2014 à partir de 9 h, à la Faculté des Lettres de l’Université de Strasbourg, Le Portique, côté rue, salle 409 (14, rue René Descartes 67000 Strasbourg)

 Le dossier avait pour titre

Poésie et conversion : écrire et filmer pour « changer la vie », pour traverser le langage et l’image

et il comprenait un ouvrage inédit intitulé : La Terre seconde d’Yves Bonnefoy ou le symbole repris à la religion.

 

Le jury était composé de :

 

M. Guy Ducrey (Professeur à l’Université de Strasbourg, Président du jury)

Mme Michèle Finck (Professeur à l’Université de Strasbourg, garante)

M. Daniel Lançon (Professeur à l’Université Stendhal Grenoble 3)

M. Jean-Yves Masson (Professeur à l’Université de Paris-Sorbonne)

M. Patrick Née (Professeur à l’Université de Poitiers)

M. Jérôme Thélot (Professeur à l’Université de Lyon)

Britta Benert, Maître de conférences, HDR

Britta BENERT, maître de conférences HDR

Langue et littérature allemandes /littératures comparées

EA 1337 « Configurations Littéraires » 

 

 

Co-éditrice, avec R. Grutman (University of Ottawa) et K. A. Knauth (Universität Bochum), de la collection poethik polyglott, LIT-Verlag, Berlin

Dernière parution : K. Alfons Knauth, Ping-hui Liao (éds.),

Migrancy and Multilingualism in World Literature, 2016.

 

 

 

ESPE de l’Académie de Strasbourg

UNIVERSITE DE STRASBOURG

141 avenue de Colmar

F- 67100 Strasbourg

Tél. + 33 3 88 43 82 00

britta.benert@unistra.fr

 

 

 

 

PRESENTATION DE LA RECHERCHE

 

Le fil rouge de mes travaux est l’interrogation des catégorisations, à la fois indispensables à notre orientation et piètres béquilles de la pensée. Dans ma thèse de littérature comparée (Contribution à l’invention d’une nouvelle esthétique au tournant du siècle : Rachilde et Lou Andreas-Salomé, Paris III, 1999, dir. S. Michaud), en étudiant l’œuvre romanesque des deux auteurs sous l’angle de l’adolescence, j’ai ainsi commencé à réfléchir aux limites que constituent les démarcations par tranche d’âge ainsi que celles des identités sexuelles ; je me suis également interrogée sur l’inscription des deux auteurs dans les discours nationaux, alors en plein essor, et sur les possibles répercussions esthétiques de ces derniers. Les travaux que j’ai consacrés à  Tomi Ungerer prennent appui sur mon lieu d’affectation, l’ESPE, que j’intègre en 2002 ; l’œuvre d’Ungerer m’a incitée à réfléchir à d’autres entités souvent figées et essentialisées, dont les contours seraient au contraire mouvants et/ou aux identités complexes : la littérature de jeunesse, les zones de contact (par ex. l’Alsace), la langue.

Avec mon habilitation (‘Je n’ai pas de langue maternelle. J’ai simplement plusieurs langues fraternelles’ (Tomi Ungerer, 1996).  L’Altérité linguistique en question, Université de Strasbourg, 2013, garant : G. Ducrey), je suis à la fois revenue au contexte idéologique 1900 (notamment avec Lou Andreas-Salomé, en questionnant son lien à la littérature de jeunesse, et celui, non moins ambivalent, à ses différentes langues) et aux écrivains contemporains (Vassilis Alexakis, Marica Bodrožić, Nancy Huston, Denis Lachaud, Yoko Tawada) que je tente de lire, selon ma vision de la littérature comparée, dans un double mouvement d’analyse rapprochée des textes et de remise en contexte  historique, social et culturel.   

 

Mots clés de la recherche : Littérature comparée, littératures européennes (XIXe-XXIe siècles) ; littérature de jeunesse ; écriture féminine ; altérités linguistiques (problématique du contact interculturel, bilinguisme et diglossie littéraires, auto-traduction) ; didactique de la littérature /didactique du bi-plurilinguisme ; identité/altérité ; interculturalité ; adolescence ; enfance ;  migration

                        

 

PUBLICATIONS

 

Ouvrages

 

1 -  (direction). Paradoxes du plurilinguisme littéraire 1900 : réflexions théoriques et études de cas. Bruxelles : Peter Lang, coll. « Nouvelle poétique comparatiste », 2015, 273 pages.

2 - Une lecture de Im Zwischenland. Le paradigme de l’altérité au cœur de la création romanesque de Lou Andreas-Salomé. P.I.E. Peter Lang, Bruxelles, coll. « Nouvelle poétique comparatiste », 2011, 157 pages.

3 - (direction avec Philippe Clermont). Contre l’innocence. Esthétique de l’engagement en littérature de jeunesse. Francfort/Main, Berne : Peter Lang, coll. Kinder-und Jugendkultur, -literatur und – medien. 2011, 456 pages.

4 - (direction avec Christine Hélot, Sabine Ehrhart et Andrea Young). Penser le bilinguisme autrement. Francfort/Main : Peter Lang, coll. Kolloquium Fremdsprachenunterricht KFU, 2008, 228 pages.

 

Editions critiques

 

5 - Die Stunde ohne Gott und andere Kindergeschichten (1922), par Lou Andreas-Salomé. Réédition annotée et préfacée. Taching am See : MedienEdition Welsch. En cours.

6 - Im Zwischenland. Fünf Geschichten aus dem Seelenleben halbwüchsiger Mädchen (1902), par Lou Andreas-Salomé. Réédition annotée et préfacée. Taching am See : MedienEdition Welsch, 2013, 455 pages.

 
Articles et chapitres publiés dans des ouvrages

 

7  - (avec Romana Weiershausen) « Une cosmopolite sur les chemins de traverse : Lou Andreas-Salomé » [Introduction], colloque international organisé les 9-10-11 février 2017 à l’Université de Strasbourg, publication prévue.

8 - (avec Mateusz Chmurski et Luba Jurgenson) « Ecrire au féminin, penser (entre) les langues, un double exil ?Altérité linguistique dans la création littéraire des femmes (1875 – 2015)ais ut sur la littérature actuelle (dite migrante), les pcritent colloque s'ration avec Mateusz CHMURSKI, docteur , EA, etc. se [Introduction], Journée d’étude organisée les 1er et 2 décembre 2016, à l’Université de Strasbourg, publication prévue.

9 -  « ‘Qui est ce moi passé sous silence ?’ L’écriture intime chez Anise Koltz. L’exemple de Lune Noircie », Journée d’étude organisée par Michèle Finck, le 24 novembre 2016,  à l’Université de Strasbourg .

10 -  (avec Philippe Clermont). « Langues et littérature de jeunesse » [Introduction], workshop organisé dans le cadre du XXIe Congrès ICLA/AILC, Vienne, 21 au 27 juillet 2016, publication prévue (direction d’ouvrage, en collaboration avec Philippe Clermont, LIT, coll. « poethik polyglott »).

11 - « Philosophie du langage dans « Le Hollandais sans peine », communication au workshop « Langues et littérature de jeunesse » dans le cadre du XXIe Congrès ICLA/ l’AILC, Vienne, 21- 27 juillet 2016, publication prévue (direction d’ouvrage prévue  en collaboration avec Philippe Clermont, LIT, coll. « poethik polyglott »). 

12 - « Nancy Huston und Marica Bodrožić, zwei Autorinnen der Migration ? Überlegungen zu ihrer Rezeption in Deutschland und Frankreich, mit besonderem Augenmerk auf Nord perdu (1998) und Sterne erben, Sterne färben. Meine Ankunft in Wörtern (2007), Christian Rink (éd.), « Migration in Deutschland und Europa. Interkulturalität – Multikulturalität – Transkulturalität, Frank & Timme, à paraître.

13 - « Le Pays Intermédiaire saloméen : un lieu entre expérience de l’angoisse et libération créatrice », Rosina Neginsky, Luba Jurgenson, Marthe Segrestin (éds.), L’angoisse dans les symbolismes européens, Cambridge Scholars Publishing, à paraître.

14 - « Überlegungen zu Lou Andreas-Salomés Im Zwischenland (1902) », Mateusz Chmurski, Ewa Paczoska, Izabela Poniatowska (éds.), Teksty doswiadczenia.Doswiadczenie tekstu [textes de l’expérience, expérience du texte] 2 vol. Varsovie, Wydawnictwa Uniwersytetu Warszawskiego, à paraître.

15 - « Babel en littérature. Esquisse définitionnelle et réflexion sur les implications esthétiques, politiques et identitaires du plurilinguisme littéraire », in Christine Hélot, Jürgen Erfurt (éds.), Education bilingue en France : Politique linguistique, modèles et pratiques, Peter Lang, sous presse.

16 - « ‘poethik polyglott’ : l’exemple de Tomi Ungerer », Patrizia Noel Aziz Hanna et Levente Selaf (éds.), The Poetics of Multilingualism - Poétique du plurilinguisme, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scolar Publishing, p. 221-232 (sous presse).

17 - « Plurilinguisme et Migrations dans Nord Perdu de Nancy Huston », Carnets : revue électronique d’études françaises, IIe série, n° 7, mai 2016, p. 28-41.

18 - « Paradoxes du plurilinguisme 1900 [introduction] B. Benert (ed.), Paradoxes du plurilinguisme littéraire 1900 : réflexions théoriques et études de cas, Bruxelles :  Peter Lang, coll. « Nouvelle poétique comparatiste », 2015, p. 11-29.

19 - « Lou Andreas-Salomé et ses langues », in B. Benert (éd.), Paradoxes du plurilinguisme littéraire 1900 : réflexions théoriques et études de cas, Bruxelles :  Peter Lang, coll. « Nouvelle poétique comparatiste », 2015, p. 157-170.

20 - « Jeux de décomposition et de renversement d’identités dans J’apprends l’allemand de Denis Lachaud », in Philippe Clermont, Laurent Bazin, Danièle Henky (éds.), Esthétiques de la distinction : gender et mauvais genre en littérature de jeunesse, Peter Lang, coll. Kinder-und Jugendkultur, -literatur und – medien, 2013, p. 177- 190.

21 - « Apprentissages des langues et accent : de la douce illusion d’une maîtrise de la langue (à partir de textes autobiographiques d’Elias Canetti, Nancy Huston et Tomi Ungerer) », in Yves Clavaron, Jérôme Dutel et Clément Lévy (éds.), L’Etrangeté des langues, Presses Universitaires de Saint-Etienne, 2011, p. 59-68.

22 - « Lou Andreas-Salomé : un engagement esthétique dans l’écriture pour la jeunesse ? », in Britta Benert et Philippe Clermont (éds.), Contre l’innocence. Esthétique de l’engagement en littérature de jeunesse, Peter Lang, coll. Kinder-und Jugendkultur, -literatur und – medien, 2011, p. 103-118.

23 - « Lou Andreas-Salomé, eine vielsprachige Autorin ?“, in Ursula Welsch (éd.), Lou Andreas-Salomé (1861-1937). Ihr zur Feier, MedienEdition Welsch, Taching am See, 2011, p. 51-74.

24 - « ‘Ce poème je ne vais pas vous le traduire’ : plurilinguisme et (in-)traduction chez Tomi Ungerer », in Alfons K. Knauth (éd.), Translation & Multilingual Literature. Traduction & Littérature Multilingue, Lit, Berlin, Munster, Vienne, 2011, p. 145-159.

25 - « ‘Je n’ai pas de langue maternelle. J’ai simplement plusieurs langues fraternelles’. Le plurilinguisme vu par Tomi Ungerer et ses implications pour la question de la traduction », in Lieven D’hulst, Reine Meylaerts (éds.), La traduction dans les cultures plurilingues, Artois Presses Universitaires, coll. « Traductologie », 2011, p. 139-147.

26- « ‘Le côlon de la France’ : Tomi Ungerer et la question des langues en Alsace », in Dominique Huck et Thiresia Choremi (éds.), Parole(s) et langue(s), espace et temps. Mélanges offerts à Arlette Bothorel-Witz, Université de Strasbourg, 2010, 185-192.

27 - (avec Christine Hélot), « Littérature de jeunesse et plurilinguisme. A la rencontre de deux auteurs polyglottes en formation bilingue : Tomi Ungerer et Ernst Jandl », in Sabine Ehrhart, Christine Hélot, Adam Le Nevez (éds.), Plurilinguisme et Formation des enseignants : une approche critique/Plurilingualism and Teacher Education : A Critical Approach, Francfort/Main : Peter Lang, collection Kolloquium Fremdsprachenunterricht KFU, 2010, 115-143.

28 - « Das Elsass, eine Kultur des « Dazwischen » ?, in Dieter Heimböckel, Irmgard Honnef-Becker, Georg Mein, Heinz Sieburg (éds.), Zwischen Provokation und Usurpation. Interkulturalität als (un)vollendetes Projekt der Literatur-und Sprachwissenschaft, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 2010, p. 359-373.

29 - « Vielsprachige Autoren gestern und heute, Gefangene im Zwischenland ? », in Peter Hanenberg, Isabel Capeloa Gil, Filomena Viana Guarda, Fernando Clara (éds.), Kulturbau. Aufräumen, Ausräumen, Einräumen, Peter Lang, coll. Passagem, 2010, p. 37-46.

30- (avec Christine Hélot) « Traduction et altérité », Neohelicon. Acta Comparationis Litterarum Universarum, 36 (2009) 1 : 117-129.

31 - « Comparatisme et identité régionale : le cas de l’Alsace dans le discours littéraire », in Eduardo F. Coutinho (éd.), Identities in Process : Studies in Comparative Literature, Rio de Janeiro, Aeroplano Editora, 2009, p. 91-101.

32 - « ‘A l’école il y a deux maîtres’. L’enseignement bilingue en Alsace : l’héritage culturel en question », in Christine Hélot, Britta Benert, Sabine Ehrhart et Andrea Young (éds.), Penser le bilinguisme autrement, Francfort/Main, Peter Lang, collection Kolloquium Fremdsprachenunterricht KFU, 2008, p. 41-58.

33 - (avec Philippe Clermont) « Littérature de jeunesse : une écriture spécifique ? », in Philippe Clermont (éd. ), Enseigner la littérature de jeunesse – Culture(s), valeurs et didactique des œuvres, édition du Scéren, CRDP de l’Alsace, 2008, p. 41-66.

34- (avec Christine Hélot), « Tomi Ungerer : homo viator. Trois langues et quatre récits pour penser la notion d’identité », Grenzgänge. Beiträge zu einer modernen Romanistik, 14. Jahrgang (2007), H. 27, Leipziger Universitätsverlag, 2007, 167-188.

35 - « Tomi Ungerer traducteur de lui-même. Analyse de la manière dont l’histoire alsacienne se livre à un public français, puis allemand ». Actes choisis du colloque Stéréotypes et prototypes nationaux en Europe, Forum des langues européen, Institut hongrois à Paris, 4 et 5 novembre 2005, 2007, p. 28-40.

36- (avec Christine Hélot), « Comment penser la notion d’interculturel dans la formation des enseignants du premier degré en France ? Analyse de trois notions : l’étranger, la rencontre, l’autre », Formation et pratiques d’enseignements en questions. Revue des HEP, Suisse Romande et Tessin, numéro thématique N° 4-5, ‘Approches interculturelles dans la formation des enseignants : Impact, stratégies, pratiques et expériences’, 2006, p. 77-102.

37 - « L’enseignement de l’allemand à l’école primaire en Alsace : analyse des écarts culturels ensituation de communication pédagogique », in Christine Hélot, Elisabeth Hoffmann, Marie-Louise Scheidhauer, Andrea Young (éds.), Ecarts de langues, écarts de cultures : A l’école de l’Autre, Peter Lang, coll. ‘Sprache, Mehrsprachigkeit und Sozialer Wandel’, 2006, p. 125-139.

38 - « Plurilinguisme littéraire : le cas Franz Kafka. Questions de réception », in Yves Clavaron et Bernard Dieterle (éds.), Métissages littéraires. Actes du XXXIIe Congrès de la Société française de Littérature Générale et Comparée, Publications de l’Université de Saint-Etienne, 2005, p. 389-396.

39 - « Quels sont les obstacles à l’acquisition de la langue allemande en Alsace ? », in Joëlle Aden (éd.), De Babel à la mondialisation : apport des sciences sociales à la didactique des langues, CNDP-CRDP de Bourgogne, coll. ‘Documents, actes et rapports pour l’éducation’, 2005, p. 197-210.

40 - « Traduttore traditore ? Sur la réception d’auteurs plurilingues s’autotraduisant », Cédérom des Cinquante ans de l’Association Internationale de littérature Comparée, Université de Venise, 22-25 septembre 2005.

41 - « Fratries dans l’œuvre romanesque de Rachilde et Lou Andreas-Salomé », in Florence Godeau et Wladimir Troubetzkoy (éds.), Fratries. Frères et Sœurs dans la littérature et les Arts de l’Antiquité à nos jours, Editions Kimé, 2003, p. 233-243.

42 - « Adolescences chez Rilke et Lou-Andreas-Salomé », in Stéphane Michaud et Gerald Stieg (éds.), Rilke et son amie Lou Andreas-Salomé à Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle/Bibliothèque Nationale, 2001, p. 41-61.

 

Traduction

 

 43 - « Kind und Kunst [L’enfant et l’art] », Das literarische Echo, par Lou Andreas Salomé, traduction de l’allemand, in Nathalie Prince, La littérature de jeunesse. Pour une théorie littéraire, A. Colin, 2015, p. 212-214.

 

Marie-France David-de Palacio, Professeur

Latinité et modernité (1850-1930) : affinités et convergences, Habilitation à diriger des recherches (Coord. Prof. Guy Ducrey), soutenue à l'université de Strasbourg (Institut de littérature comparée) le 12 novembre 2006
Marie-France David-de Palacio est Professeur de littérature comparée à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest)

Olivier Goetz, Maître de conférences, HDR

Le Geste comme "objet spectaculaire", Habilitation à diriger des recherches (Coord. Prof. Guy Ducrey) prévue pour le 6 décembre 2013 à 13h45
Olivier Goetz est maître de conférences en Arts du spectacle à l'université Paul-Verlaine de Metz

Nathalie Prince, Professeur


Madame Nathalie Prince, maître de conférences en littérature comparée à l'université du Maine (Le Mans) a soutenu avec succès son Habilitation à diriger des recherches le

vendredi 21 octobre 2011, Le Portique, Salle 409, de 14h à 18h, et sous le titre

De la décadence de l'art à l'enfance de l'art

Le jury était constitué des Professeurs

– Marie-France David-de Palacio (Université de Brest Bretagne Occidentale, rapporteur)
– Mireille Dottin-Orsini, université de Toulouse Le Mirail (Littérature comparée)
– Véronique Gély, université de Paris IV-Sorbonne (Littérature comparée)
– Joëlle Prungnaud, université Charles-de-Gaulle Lille III (Littérature comparée, rapporteur)
– Eléonore Reverzy, université de Strasbourg (Littérature française, rapporteur)
– Guy Ducrey, université de Strasbourg (Littérature comparée, garant de l'HDR)

HABILITATIONS À DIRIGER DES RECHERCHES (en cours)

Esa Christine Hartmann

Esa Christine Hartmann, Dialogue poétique sur deux versants : Saint-John Perse, Rainer Maria Rilke, Hugo von Hofmannsthal, Habilitation à diriger les recherches, sous la direction de Madame le Professeur Michèle Finck, déposée en 2014.


Un dialogue entre poètes peut adopter de multiples formes : échanges épistolaires, collaborations poétiques, emprunts intertextuels, articles critiques – autant d’hommages qui créent et attestent un lien d’amitié, d’admiration ou d’imitation entre poètes contemporains. Ce dialogue peut parfois transgresser les frontières linguistiques, et, souvent, l’hommage rendu à un poète se transforme en un défi de traduction.

La réception de l’œuvre poétique de Saint-John Perse par deux des plus grands poètes de langue allemande de sa génération, R. M. Rilke et H. v. Hofmannsthal, pourrait illustrer un tel compagnonnage translinguistique. En effet, un poème de jeunesse de Saint-John Perse, Images à Crusoé (1909) fut traduit, en 1925, par l’auteur des Elegies. Par la suite, cependant, Rilke renonça, en faveur de Walter Benjamin, à la traduction du fameux poème Anabase (1924), auquel Hugo von Hofmannsthal consacra à son tour une préface.

Or, fort curieusement, ces témoignages d’hommage, oubliés aujourd’hui, n’avaient paru dans aucune publication officielle. L’unique traduction en langue allemande faisant autorité de nos jours provient de Friedhelm Kemp (Saint-John Perse. Das Dichterische Werk, Munich, Heimeran Verlag, 2 volumes, 1978), et, dans l’édition de la Pléiade de ses Œuvres complètes (1972), Saint-John Perse, qui y annote lui-même ses poèmes, ne mentionne qu’en une petite note bibliographique l’existence de la traduction de Rilke d’Images à Crusoé (« tirage privé, hors commerce » en dit-il seulement, p.1349). Quelles sont les raisons de ce silence ?

En dehors de cette problématique génétique, cherchant à élucider les mystérieuses circonstances de création, d’édition et de réception d’une traduction et d’une préface, une deuxième perspective, comparatiste cette fois-ci, s’ouvre à nous. Cet hommage rendu à l’œuvre persienne aurait-il conduit, chez Rilke comme chez Hofmannsthal, à une appropriation intertextuelle de l’imaginaire persien, reproduit dans les œuvres poétiques des deux poètes autrichiens ? Y aurait-il un écho secret, une réminiscence lointaine de certaines métaphores persiennes, ou encore, à un niveau rythmique et prosodique, du souffle épique animant Anabase ?

Enfin, nous pourrions lire la traduction de Rilke, et peut-être même la préface de Hofmannsthal, comme un art poétique de leurs propres œuvres. Cet art poétique ne révélerait-il pas aussi, en filigrane, une esthétique de la réception des œuvres persiennes ? Et sans doute, en explorant davantage encore les profondeurs de la création, au cas où nous aurions la chance de retrouver les manuscrits de la traduction de Rilke, pourrions-nous les comparer aux manuscrits de sa propre œuvre poétique (qui fut menée, vers la fin de sa vie, en langue française), afin d’y retrouver certains procédés scripturaux marquants, certains éléments de sa poétique créatrice.

A la découverte de ce corpus d’étude, les questions qui se posent lors de notre enquête avant-textuelle à la recherche de documents et manuscrits, perdus ou enfouis dans les archives des poètes, sont certes multiples. Notre étude se proposera de mettre en lumière le travail d’hommage, oublié ou volontairement occulté, que Rilke et Hofmannsthal vouèrent à Saint-John Perse. Grâce à la richesse de ce dialogue poétique, nous espérons pouvoir jeter un nouveau regard sur les œuvres de deux grands poètes de langue allemande, et, sur l’autre versant de cette aventure de réception, sur les poèmes de Saint-John Perse.

 

Publications :

 

Monographies :

 

- Esa Christine Hartmann, Les manuscrits de Saint-John Perse. Pour une poétique vivante, Paris, L’Harmattan, coll. « Critiques littéraires », 2007, 500 p.

 

Compte rendu de l’ouvrage par Renée Ventresque, dans Genesis, Revue internationale de critique génétique, n°29/08, Paris, CNRS / ITEM / Editions des archives contemporaines, juillet 2009, pp.175-176 ;

paru également dans Souffle de Perse, n° 13, Publication de la Fondation Saint-John Perse, mars 2008, pp.130-134.

 

Articles (23) :

 

- « Manuscrits », Dictionnaire de Saint-John Perse, C. Mayaux et M. Sacotte (éd.), Paris, Gallimard, à paraître.

 - « La « fièvre philomatique » de Rimbaud. Une lecture génétique des listes de vocabulaire allemand », Rimbaud, "littéralement et dans tous les sens", Rencontres 34, Etudes dix-neuviémistes, Paris, Classiques Garnier, août 2012, pp. 141-158.

 - « Métaphores en marge : L’invention iconique de Saint-John Perse », Souffle de Perse, n° 15, Publication de la Fondation Saint-John Perse, décembre 2011, pp. 135-149.

 - « Du rêve cosmique à la révolution métaphysique : Rimbaud et Saint-John Perse », Parade sauvage, Revue d’études rimbaldiennes, n° 22, octobre 2011, pp.11-21.

 - « L’illumination lointaine des tablettes d’argile. Le statut de l’intertexte mésopotamien dans la genèse de Vents de Saint-John Perse », Genesis, Revue internationale de critique génétique, n°31/10, Paris, CNRS / ITEM, 2010, pp.123-135.

 - « Poésie et vérité. Une lecture des manuscrits du Discours de Stockholm », Saint-John Perse, 1960-2010 : Les 50 ans d’un prix Nobel, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°6, Paris, L’Harmattan, décembre 2010, pp. 65-78.

 - « La fabrication du Discours de Stockholm », Souffle de Perse, hors-série n° 1, Publication de la Fondation Saint-John Perse, décembre 2010, pp. 155-171. (Première publication dans Souffle de Perse, n° 14, décembre 2009, p. 109-124).

 - « La fabrication du Discours de Stockholm », Souffle de Perse, n° 14, Publication de la Fondation Saint-John Perse, décembre 2009, pp. 109-124.

 - « Traduction, interprétation et critique. Les traductions anglaises et allemandes des poèmes de Saint-John Perse à l’épreuve de l’imagination créatrice », Saint-John Perse et l’écho des langues. Poésie et traduction, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°5, Paris, L’Harmattan, octobre 2009, pp.233-299.

 - « Créations "dans les blancheurs d’archives inédites" : Réflexions sur la genèse des emprunts dans l’écriture de Vents », Saint-John Perse, de Sumer aux îles solitaires. Poésie et anthropologie, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°4, Paris, L’Harmattan, à paraître.

 - « Une autre mer au loin s’élève’ : Parfums, paysages et poétiques méditerranéens dans l’œuvre de Saint-John Perse », Saint-John Perse : Atlantique et Méditerranée, Actes du colloque international de Tunis, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°3, Paris, L’Harmattan, décembre 2007, pp. 277-286.

 - « "De grandes œuvres, feuille à feuille" : Vents et la naissance mythique de l’écriture », Saint-John Perse et la mantique du poème, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°2, Paris, L’Harmattan, décembre 2006, pp. 249-264.

 - « Poésie de la braise : parcours de Chronique et Chant pour un équinoxe », Saint-John Perse et la mantique du poème, La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°2, Paris, L’Harmattan, décembre 2006, pp. 91-139.

 - « ‘Transmutation mûrie d’une gloire automnale’ ou ‘écho demeuré sans réponse’ ? Les réminiscences persiennes chez Pierre Torreilles », La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°1, Paris, L’Harmattan, décembre 2005, pp. 193-207.

 - « Vers un renouveau philologique : Saint-John Perse et la critique génétique », La nouvelle anabase, Revue d’études persiennes, n°1, Paris, L’Harmattan, décembre 2005, pp. 161-170.

 - « ‘Cette contradiction latente qui règne au coeur de tout poème’ : a contradição, principio criador nos manuscritos de Saint-John Perse », Manuscrítica, Revista internacional de crítica genética, 2005.13., São Paulo, Annablume, pp.293-319.

 - « Le poème Oiseaux, une œuvre de circonstance ? », Souffle de Perse, n° 11, Publication de la Fondation Saint-John Perse, mars 2005, pp.48-62.

 - « Les réminiscences persiennes dans Où se vient amarrer le bleu », Lectures de Pierre Torreilles, Approches critiques, Sergio Villani et Paul Perron (éd.), New York / Ottawa / Toronto, Legas, 2004, pp.97-106.

 - « ‘Le dix-neuvième siècle à l’extrême’ : désirs décadents et vicissitudes de la modernité dans A rebours de J-K. Huysmans », Romance Notes, Volume XLIV, Number 2, Winter, 2004, University of North Carolina Press, pp.119-131.

 - « ‘A la recherche d’une variante perdue’ : La mémoire à l’œuvre sur les manuscrits de Saint-John Perse », Genesis, Revue internationale de critique génétique, n°23/04, Paris, CNRS / ITEM / Jean-Michel Place, août 2004, pp.79-92.

 - « Pour une poétique vivante : genre et création chez Saint-John Perse », Question de genre, Catherine Soulier et Renée Ventresque (éd.), Presses universitaires de Montpellier, mai 2003, pp.57-82.

 - « Mort et renaissance de la parole poétique dans le poème Neiges », Souffle de Perse, n° 10, Publication de la Fondation Saint-John Perse, novembre 2002, pp.45-58.

 - « Histoire d’une traduction », Souffle de Perse, n° 9, Publication de la Fondation Saint-John

 

 

Mireille Brangé, Professeur agrégé en lettres modernes à l'université Paris 13

Mireille Brangé, PRAG en Lettres Modernes à Paris 13, ancienne élève de l’École Normale Supérieure  de la rue d’Ulm,  est docteur en littérature générale et comparée.

Titre provisoire de l'Habilitation à diriger des recherches:

Littérature et cinéma. Scénarios d'écrivains, Italie-France, de 1908 à 1940

Le travail envisagé porte sur la publication de scénarios d’écrivains entre 1908 et 1940 en France et en Italie qu’ils aient été tournés ou non, effectivement destinés à l’être ou adoptant une apparence de scénario cinématographique.

Dans la légitimation du cinéma comme expression culturelle puis comme art, la contribution des  écrivains ne fut pas mince, en défendant le cinéma, en lui accordant un regard critique et des positions dans la grande presse autant que dans les premiers journaux spécialisés. La publication, en revues cinématographiques ou littéraires, ou en volume, de leurs scénarios, écrits normalement destinés à être abolis dans un films,  jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale permet un double regard : sur le rôle des écrivains dans ce processus de légitimation à travers la place donnée à leurs scénarios dans le système éditorial, sur la place qu’eux-mêmes leur concèdent dans l’idée qu’ils se font de leur œuvre ; en somme, en les lisant  comme autant de signaux envoyés non seulement à l’industrie cinématographique, mais aussi et toujours à leurs pairs.

Les travaux de Mireille Brangé  portent sur les rapports entre littérature, théâtre et cinéma, ainsi que sur l’histoire des idées dans les domaines français, italien et germanique de 1900 à 1940.

Elle travaille en particulier sur les rapports des écrivains avec le cinéma et le théâtre au XXème siècle, sous les angles des problèmes d’articulation, théorique et pratique, entre les trois arts  et d’intermédialité. Mais aussi d’adaptation et d’auto-adaptation, d’histoire intellectuelle (démocratisation culturelle) et de critique.

Elle a également consacré plusieurs études à Jean Prévost et au milieu de la Nrf.

 Co-porteuse, avec Françoise Palleau (PR, Littératures anglophones, Pléiade) d’une des 5 structures fédératives de Paris Nord (Programme « Délivrez-nous du livre ! » - financement 2014-2018 http://livrelibre.hypotheses.org)

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